Tandis que le projet de loi de réforme ferroviaire a été voté mardi par les sénateurs, les cheminots entameront ce mercredi soir leur 30e journée de grève. Jeudi, les syndicats se retrouveront pour déterminer la suite de leur mouvement.

Trois épisodes de grève d’ici fin juin et la boucle est bouclée ? Après avoir enchaîné 29 jours de grève depuis avril contre la réforme ferroviaire, certains syndicats songent à poursuivre la mobilisation jusqu’aux grandes vacances, dans l’hypothèse où le gouvernement maintient son projet. Mais pour les cheminots, cette lutte leur coûte cher.

« Je fais des sacrifices, je ne mange plus que des pâtes et je me ferai moins plaisir en vacances », explique ainsi Dylan, syndiqué SUD Rail. Ce jeune homme de 24 ans est prêt à poursuivre la lutte coûte que coûte. A ses côtés, sa mère, 22 ans de carrière à la SNCF dans les ressources humaines, semble également déterminée : « Nous ne sommes pas à 500 euros près. Qu’on soit à -500, -1000, on ira négocier avec nos banquiers. »

Un mouvement qui peut durer

La question de « l’après » juin commence à se poser de plus en plus sérieusement pour les syndicats, jusqu’à présent unis contre le gouvernement. Les différentes organisations représentatives à la SNCF (CGT, Sud Rail, CFDT, Unsa) sont en effet parvenues à rester soudées… pour des raisons stratégiques, selon Dominique Andolfatto, professeur de sciences politiques à l’Université de Bourgogne. « A la fin de l’année, il y aura des élections professionnelles dans l’entreprise, rappelle ce spécialiste des mouvements syndicaux. Les syndicats font l’hypothèse que le premier à quitter la grève sera sanctionné dans les urnes ». Les élections permettent de déterminer le nombre de postes de représentants alloués à chaque syndicat, ainsi que les moyens qui vont avec.

Pour Jean Calvary, élu CGT de Paris-Montparnasse, « le fait que les syndicats soient unis depuis plus de deux mois montre que le problème de la réforme de la SNCF est sérieux. La poursuite de la grève n’est donc pas liée à l’échéance des élections professionnelles. Le gouvernement ne s’attendait pas à ce que cela dure aussi longtemps ». La CGT est loin de considérer le combat comme terminé. « Vu les enjeux, on ne peut pas lâcher comme ça, affirme Jean Calvary. Même si par malheur le gouvernement arrivait à ses fins avec l’ouverture à la concurrence, nous demanderions le retour à une entreprise ferroviaire unique. C’est une bataille de longue haleine. »

Une nouvelle négociation à venir

D’autant plus que le vote de la loi ne fermera pas toutes les possibilités de négociation. Avec l’ouverture à la concurrence, les syndicats et les organisations patronales vont devoir négocier une convention collective pour le secteur ferroviaire, qui définira les principaux droits pour tous les futurs salariés français du rail, qu’ils travaillent à la SNCF ou à Deutsche Bahn par exemple. Ainsi, les rémunérations minimales de branches, les questions de prévoyance ou encore les garanties sociales (billets gratuits pour les cheminots) feront partie, entre autres, des discussions. A l’issue des négociations, les syndicats comptent bien obtenir le plus de garanties possibles pour tous les salariés.