À la uneCinéma

Interview – Jean-Philippe Puymartin : “Beaucoup de gens pensent qu’il suffit de lire un texte”

Jean-Philippe Puymartin est un acteur, directeur artistique et réalisateur français. Il est connu pour être la voix française régulière de Tom Hanks et Tom Cruise. Il est aussi la voix de Timon dans les films Le Roi Lion et du Shérif Woody dans la saga Toy Story.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours avant le doublage ? 

C’est un parcours de comédien un peu classique… j’ai fait le conservatoire de Strasbourg de 16 à 17 ans à peu près, et dès que j’ai eu mon bac, je suis monté à Paris. Je suis rentré au cours Florent d’abord puis en même temps à l’école de la rue Blanche. L’année suivante, je suis rentré au conservatoire national, j’ai passé trois ans là-bas sous la direction de Michel Bouquet qui était mon professeur principal. Je n’ai pas complètement fini mon conservatoire, je n’y ai passé que deux ans et demi parce que j’ai été engagé à la Comédie-Française avant d’en sortir. Au bout d’un an de conservatoire, j’ai fait une pièce de théâtre « Deburau » de Sacha Guitry, où j’avais le deuxième rôle avec Robert Hirsch, et elle a eu un énorme succès. Grâce à ça, il y a plein de gens de la Comédie-Française qui m’ont vu et quand ils ont cherché quelqu’un pour une pièce, ils m’ont fait passer un concours et puis j’ai été engagé. J’ai passé 14 ans à la Comédie-Française et ensuite je suis parti aux États-Unis. Je me suis mis à faire du doublage dans les années 86-87 car je n’étais pas payé suffisamment à la Comédie-Française, en tout cas par rapport à ce que j’entreprenais. Je faisais un documentaire sur la Comédie-Française (en tant que réalisateur) et on le tournait en 35 mm avec des bouts de pellicules que mon chef opérateur récupérait de ses pubs. On a fait ça pendant un an, mais ça m’a coûté très cher et je devais payer la monteuse du film par semaine ce que moi je gagnais par mois à la Comédie-Française donc très vite j’ai eu des problèmes. C’est donc comme ça que j’en suis arrivé à faire du doublage, et j’ai vite rencontré Tom Hanks sur mon chemin, sur un film qui s’appelait « Punchline ». J’ai fait un essai sur ce personnage, sur cet acteur, sur ce film et on m’a pris… depuis j’enchaîne les Tom Hanks.

Depuis la fin des années 1980, vous avez une grande activité de doublage. Vous êtes la voix française régulière de Tom Hanks et Tom Cruise. Comment un comédien faisant du doublage est-il choisi, et suit-il la carrière d’un acteur ?

Ça dépend, c’est vrai que c’est deux acteurs que je suis régulièrement ! Tom Cruise, je l’ai fait une première fois dans un film qui s’appelait « Entretien avec un vampire »,il y a très longtemps. Yvan Attal l’a doublé sur 5 films et je l’ai retrouvé sur « Le dernier samouraï », il y a plus de 20 ans maintenant.

Je pense que les gens s’habituent à une voix française sur un acteur, donc si ça colle bien je pense que ça peut durer. Mais cela ne m’a pas empêché de passer plusieurs essais sur Tom Hanks, j’ai dû passer 5-6 essais en 30 ans car on me disait « là il a grossi, là il a vieilli… » (rires). On est propriétaire de rien bien évidemment, tout peut changer, évoluer… il y a des voix qui n’évoluent pas de la même façon en français que dans la langue originale. Ce que je trouve intéressant, c’est que dans le métier du doublage, il faut vraiment être un acteur. Beaucoup de gens pensent que c’est facile et qu’il suffit de lire un texte et on est très loin de ça. Il faut pouvoir assimiler cette technique qui est compliquée.

Avez-vous déjà rencontré un de ces acteurs ?

J’ai rencontré deux fois Tom Hanks qui est un type adorable ! J’ai vécu trois ans à Los Angeles et j’avais été invité en studio sur le mixage d’Amistad. En studio, il y a toujours ces endroits où on se retrouve pour prendre le café, et Tom Hanks était là, une personne que je connaissais nous a présenté. Il est très grand, il fait une tête de plus que moi, il me regarde et me dit « Oh, my french voice » (rires). Il est très sympa, on a parlé 5-10 minutes comme ça et six mois plus tard il m’a invité à venir le voir sur son tournage de « La ligne verte ». J’ai également croisé Tom Cruise, moins régulièrement, je l’ai vu deux fois mais en coup de vent. Je l’ai croisé à l’occasion de sorties de films à Paris. En tout cas, ce sont deux acteurs différents mais absolument géniaux l’un et l’autre et ce qui m’intéresse c’est justement la différence, c’est ça qui est passionnant pour un acteur, le fait d’être totalement transparent à un autre personnage et à un autre acteur, carrément.

Vous êtes aussi la voix de Timon dans les films Le Roi Lion et du Shérif Woody dans la saga Toy Story. Pour parler de Toy Story, le fait que Woody le cowboy et Buzz l’Éclair se quittent dans Toy Story 4, cela a été douloureux pour de nombreux fans, pour vous aussi ? Ce sont quand même deux amis d’une saga mythique qui se quittent.

Toy Story 4, affiche

Oui, je suis les histoires de la même façon que tout le monde. Je trouve que Toy Story est une saga absolument incroyable, à chaque fois on se dit « mais qu’est-ce qu’ils peuvent faire de mieux la prochaine fois… », et la prochaine fois, c’est encore plus étonnant, on est complètement chamboulé, c’est formidablement fait et réalisé. Les scénarios sont incroyables, ça parle autant aux petits qu’aux grands, et oui j’ai été troublé, je me dis « mais qu’est-ce qu’il va se passer ensuite ?» (rires).

Comment développez-vous une voix pour un personnage comme Woody ?

Moi je ne développe pas, j’essaye d’être le plus proche possible de l’original. Tout cela avec mes moyens, ma voix, mais j’essaye de coller le plus possible à ce que je vois et ce que je ressens de l’original.

Le fait que certaines boîtes recrutent des voix off de stars, ce n’est pas un problème pour les spécialistes comme vous ?

Non, ce n’est pas un problème, c’est une nouveauté. C’est souvent très heureux, il y a des choix qui sont absolument superbes et il y en a d’autres qui sont moins évidents ; il y a de tout, mais ça fait partie du jeu. Je pense que c’est une chose qui est initiée au départ par les Américains, c’est eux qui lancent la chose comme ça et ça se répercute ici comme ça se répercute un peu dans tous les pays.

Quel est le système de rémunération dans le milieu du doublage ?

Il y a des tarifs syndicaux qui ont été fixés il y a quelques années déjà et pour l’instant, ils n’ont pas bougé. En général nous sommes payés au nombre de lignes.

Le doublage a-t-il évolué depuis que vous avez commencé ?

Oui, énormément ! On parle toujours de boucles, une boucle est un morceau d’une minute du film, on les numérote de 1 jusqu’à 1000 par exemple, sur un film de 2 h il peut y en avoir 120, 130, etc. Maintenant une boucle ça ne correspond à rien physiquement parce qu’on est sur un support numérique, on va d’un bout du film à l’autre en même pas une seconde, on fait ce qu’on veut, quoi. On repère des numéros de ce qu’on appelle des boucles, mais au départ, moi, j’ai connu les vraies boucles, c’était des morceaux de fil qui étaient montés en boucles et ça durait environ une minute. On mettait la première boucle du film, c’était souvent du 35 mm, on la chargeait sur des machines et ça faisait une boucle. C’est-à-dire que le film passait, cette séquence passait et il fallait parler au moment où ça passait sur le truc et si on loupait le moment il fallait attendre que ça repasse une minute après. Donc effectivement ça a beaucoup bougé, les machines ont énormément changé, et le son aussi, puisque tout d’un coup, on s’est mis à voir le son, chose qu’on ne voyait pas avant, on l’écoutait seulement. On avait une bande de son qui était marron puis on passait sur une machine et à l’oreille, on faisait couper à l’endroit qu’il fallait ; il y avait des gens très talentueux qui arrivaient à couper avec précision au moment exact. On coupait vraiment une sorte de ciseau et aujourd’hui le son on le voit, on l’agrandit… les techniques ont énormément évolué.

Exemple d’un écran de doublage avec une bande rythmo

À votre avis, comment pourrait évoluer l’industrie du doublage en France ?

Je ne sais pas, je trouve que l’on est arrivé à un degré de fabrication et de précision important. On a un gros avantage sur tous les autres pays qui ne se sont pas mis à notre système qui est la bande rythmo, sur lequel le texte est écrit et passe sous l’image et on doit le dire à un certain endroit. Il y a une précision là-dessus qui est vraiment formidable, on arrive à faire des choses que beaucoup d’autres pays ne font pas ou beaucoup moins bien. Mais il y a sûrement des choses qui vont encore évoluer dans les techniques, mais je n’ai pas vraiment de vision là-dessus.

Related posts
À la uneSéries Tv

Les Simpson renouvelés pour une saison 33 et 34

À la uneFranceMédias

Des journalistes BFMTV et leurs consultants santé verbalisés dans un restaurant clandestin

À la uneÉtudiantFemmesFrance

Carrefour s’engage contre la précarité menstruelle

À la uneActualitéFrancePolitique

Gérald Darmanin annonce la dissolution de Génération identitaire

Retrouvez VL. sur les réseaux sociaux