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Isolement, précarité… les étudiants très mal en point depuis 1 an

Manifestation étudiante du mercredi 20 janvier 2021 à l'appel de nombreuses associations étudiantes, devant le ministère chargé de l'enseignement supérieur

Crédit : VL Media/BOUZIT Rachid

“C’est dur d’avoir 20 ans en 2020”

Emmanuel Macron ne croit pas si bien dire lorsqu’il a prononcé ces mots dans son allocution mi-octobre. La crise sanitaire tout d’abord, a fait de gros dégâts psychologiques. Les étudiants ont en effet vus leurs cours perturbés : en présentiel avant la crise puis en distanciel, puis de nouveau en présentiel une semaine sur deux à la rentrée et de nouveau en distanciel depuis le reconfinement en novembre. Les réseaux sociaux étant l’un des seuls refuges pour ces étudiants isolés, le #étudiantsfantômes a rapidement fait surface et été utilisé plus de 60 000 fois depuis son lancement début janvier 2021 par des étudiants étudiants en première année. Criminaliser une jeunesse n’a donc pas arrangé les choses, bien au contraire. Cette situation de mal-être a été accentué par la rupture brutale des relations sociales entre étudiants. Les cafés, restaurants ou encore les cinémas étant fermés, les jeunes ont vu confinements et couvres-feu les assommer, réduisant leurs relations sociales au virtuel (réseaux sociaux, textos…). Cette situation est davantage préoccupante pour les étudiants précarisés par les crises que traverse la France. Et comme si ce n’était pas assez difficile, de nombreux intervenants, à la télévision entre autres, n’ont cessé de mettre l’accent sur l’indiscipline (fantasmée) des jeunes étudiants. S’il est vrai que certains étudiants ont cédé à la tentation de se rejoindre et danser sans distanciation ni masques, ils ne restent qu’une minorité. Cette réalité est d’autant plus vrai que beaucoup d’étudiants se sont retrouvés loin de leur famille, esseulés en province ou dans les autres métropoles pour suivre leurs cours dans leur petit appartement. La crise sanitaire a donc été le point de départ du mal-être étudiant, et a entraîné une crise économique sans précédent pour ces derniers.

Une crise sanitaire mais surtout économique qui touche les étudiants

La crise sanitaire et par ricochet économique plonge de nombreux étudiants dans la précarité. Le constat est saisissant : le nombre d’étudiants précaires a triplé en 2020 et près de 20% des étudiants vivent désormais sous le seuil de pauvreté. Selon Brut, trois étudiants sur quatre seraient précaires en France, cela étant essentiellement dû à la perte des petits jobs sur lesquels comptaient beaucoup d’étudiants vivant seuls dans un appartement. Si certains tombent dans le désespoir, d’autres vont jusqu’à (tenter de) se suicider. Une étude du Centre National de Ressources et de Résilience (CN2R) montre que 11,4% des 70 000 étudiants interrogés ont pensé au suicide. Les exemples ne manquent pas : suicide à HEC en avril, en mai à La Rochelle Université, en août et en septembre en Nouvelle-Calédonie, puis à l’IEP de Toulouse ou Montpellier par deux fois. Dernier exemple en date, celui d’une étudiante en médecine à Paris, ce mercredi 13 janvier 2021. Endeuillée, la communauté estudiantine se sent clairement laissée à l’abandon. “Nous restons 24h/24h, 7j/7 dans nos chambres universitaires mesurant les mêmes dimensions qu’une cellule de prison, cependant avec le Wi-Fi (…) Il est vital de laisser les écoles ouvertes mais les universités et les étudiants semblent secondaires. Nous sommes alors, disons-le, laissés sur le bord de la route” explique Romain Narbonnet, en réaction à la tentative de défénestration d’une de ses camarades à Lyon ce mardi 12 janvier 2021.

Une organisation laborieuse des universités

Les conditions de vie des étudiants se sont considérablement dégradées à cause de la crise sanitaire. A commencer par les conditions sanitaires et pédagogiques au sein des universités. Dès le mois de septembre, les signaux d’alarme étaient enclanchés tant les universités ont mal appréhendé la rentrée. Des élèves collés dans les couloirs, des masques mal portés… bref, les gestes barrière n’étaient clairement pas au rendez-vous dans les universités françaises.

Les cours ayant été dispensés en présentiel jusqu’au mois de novembre, ils ont depuis le reconfinement été dispensés en distanciel. Les examens du premier semestre se sont déroulés en présentiel pour beaucoup d’étudiants, à la demande du ministère chargé de l’enseignement supérieur. Certains sont soulagés de retrouver le chemin des amphithéâtres pour y passer leurs examens : “On est dans de réelles conditions, on n’a pas de problèmes de connexion, ni d’internet, d’ordinateurIl y a moins de soucis de triche aussi, nous avons 100% d’égalité de chances (…) l’inconvénient est qu’on peut être contaminé par le Covid-19 même si on respecte les conditions sanitaires. On était beaucoup, on était 150 ! Et il y en a qui enlèvent le masque” confiait une étudiante de l’université de Cergy à France Info. En revanche, ces mesures n’étaient pas sans déplaire à nombre d’étudiants. En effet, de nombreux rassemblements d’étudiants ont eu lieu contre les partiels en présentiel. Il s’agit non seulement pour eux d’un enjeu de sécurité vis à vis du virus, mais aussi (et surtout) d’enlever un poids sur les épaules des étudiants qui sont rentrés auprès de leurs proches en province voire en outre mer, et qui devaient donc revenir pour passer leurs examens dans leur université. Les étudiants de la Sorbonne Université ont ainsi fait grand bruit devant les locaux de leur université et été sévèrement réprimés par les policiers.

A lire : La révolte des étudiants de la Sorbonne continue

Concilier sécurité et confort étudiant d’antan relève donc du dilemme : certains (étudiants) sont contre la réouverture des universités pour des raisons sanitaires et d’autres sont au contraire pour, car c’est parfois le seul endroit où les étudiants, pour beaucoup cloîtrés dans leur (petit) appartement, retrouvent un lien social avec le monde extérieur. Les étudiants en première année qui figurent parmi eux ont ainsi certainement été soulagés d’apprendre que leurs travaux dirigés (TD) se dérouleront en présentiel une semaine sur deux à partir du lundi 25 janvier prochain, conformément aux annonces de Frédérique Vidal (ministre chargée de l’enseignement supérieur).

Des solutions pour soutenir les étudiants

Si les conditions de vie des étudiants sont donc très loin d’être optimales, ils ont malgré tout des solutions qui s’offrent à eux pour amortir le choc. Un élan de solidarité s’est mit en place, avec de nombreuses initiatives. A commencer par les associations d’étudiants qui aident les plus précaires d’entre eux, notamment via des distributions de colis alimentaire. Elles se retrouvent avec énormément d’étudiants à aider depuis la rentrée 2020 “Ils ont perdu leur emploi, leur stage, leur service civique. Le collectif sans faim essaie d’organiser une distribution une fois par semaine à Amiens, mais on n’arrive pas à répondre à la demande“. Frédérique Vidal a annoncé l’augmentation de la bourse pour le (seul) mois de décembre. Mais c’est surtout la baisse des tarifs des repas proposés par les Crous de 3,30 euros à 1 euro qui a énormément aidé les étudiants boursiers. Couvre-feu oblige, les repas sont désormais à emporter, mais restent au même tarif de 1 euro pour les boursiers. Quant aux universités, elles mettent à disposition des étudiants des psychologues, de plus en plus sollicités, pour les aider à mieux appréhender leur situation. Frédérique Vidal a annoncé ce 14 janvier 2021 le doublement du nombre de psychologues ainsi que de nouveaux personnels sociaux afin de faciliter les aides d’urgence pour les étudiants. De nouvelles initiatives ont fait leur apparition à l’image du kit de survie lancé par des étudiants lyonnais, pour faire face à la précarité étudiante et redonner le sourire aux plus atteints par les crises crise que traverse la France.

A lire aussi : Lyon : deux étudiants lancent un kit de survie pour étudiants

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Rédacteur VL Media et gérant du compte Instagram @_lyon_newspage_
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