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On a vu pour vous… En thérapie, psychanalyse en version française

Énième adaptation de la série israélienne Betipul, En thérapie lui est fidèle sur la forme mais se l’approprie totalement sur le fond. 

C’est quoi, En thérapie ? Le psychothérapeute Philippe Dayan (Frédéric Pierrot) reçoit ses patients dans son bureau, à côté de son appartement. La chirurgienne Ariane (Mélanie Thierry) consulte le lundi ; Adel (Reda Kateb), agent de la BRI le mardi ; la jeune nageuse Camille (Céleste Brunnquell) le Mercredi ; un couple en crise (Clémence Poésy et Pio Marmaï) le Jeudi ; le Vendredi, Dayan se rend chez sa collègue Esther (Carole Bouquet) pour débriefer les séances de la semaine. Au lendemain des attentats de Novembre 2015, tous ont des problématiques personnelles mais certains sont aussi affectés par les événements. 

Créée en 2005 par l’israélien Hagai Levy, Betipul a déjà fait l’objet d’une quinzaine d’adaptations, dont En analyse aux États-Unis. Pour Arte, Eric Toledano et Olivier Nakache et les scénaristes David Elkaïm, Vincent Poymiro (qui ont écrits les 35 épisodes), Pauline Guéna, Alexandre Manneville et Nacim Mehtar, se sont attelés à la version française intitulée En Thérapie.
Disons-le tout de suite, c’est une réussite : l’équipe trouve une marge de manœuvre suffisante pour rester fidèle à de nombreux éléments de la série d’origine tout en s’appropriant le récit et les personnages pour les enrichir et offrir une autre grille de lecture. 

A lire aussi : On a revu In treatment / En analyse, huis clos psychothérapeutique

Évidemment, En thérapie est calquée sur la construction de la série israélienne : des cycles de cinq épisodes d’une petite trentaine de minutes couvrant une semaine de consultations, avec les entretiens du psychiatre et de ses patients puis les échanges entre Dayan et sa propre analyste. Une structure qui développe le récit sur deux axes :  l’ensemble des séances successives de tous les patients et celles d’un seul personnage d’une semaine à l’autre.

Ces personnages partagent avec ceux de Betipul de grandes caractéristiques, tout en s’en éloignant pour s’inscrire dans leur propre histoire. Nous suivons donc ces cinq patients : Ariane, jolie chirurgienne engluée dans un marasme amoureux, fait un transfert sur son psychiatre ; Adel, agent de la BRI intervenu lors des attentats du Bataclan, souffre depuis de crises de panique  ;  Camille, jeune championne de natation, a été victime d’un accident de la route ; le couple formé par Leonora et Damien traverse une crise alors qu’ils attendent un enfant. Quant au Dr Dayan, il consulte Esther, une collègue et ancienne amie qu’il n’a pas vue depuis une dizaine d’années, afin d’évoquer la manière dont son travail l’affecte mais aussi ses propres difficultés personnelles et conjugales.

Adel, le patient du Mardi, face à son psychiatre

Tous les acteurs sont excellents et jouent sur toute la palette des émotions de leurs personnages. On retiendra toutefois plus particulièrement la performance intense de Reda Kateb et celle de Frédéric Pierrot. Présent dans toutes les scènes, il traduit les pensées, le ressenti et le mal-être du Dr Dayan parfois à travers un simple regard ou une mimique : il est tout simplement parfait. 

On devine que l’exercice est d’autant plus délicat que En thérapie est une série intimiste, introspective et cérébrale. A de très rares exceptions près, on ne quitte jamais le bureau d’un des psychiatres, le monde extérieur n’étant entraperçu que par une fenêtre : c’est un huis-clos ancré dans l’espace psychanalytique, hors du temps et protégé. Tout ce qui se passe dans le cabinet reste dans le cabinet, toute parole peut y être dite et doit être entendue. Il n’y a aucune scène d’action « physique », tout est statique : la progression des différentes intrigues repose exclusivement sur les dialogues et sur les mots… ou sur les non-dits et les silences. Ce qui est verbalisé et ce qui ne l’est pas doit être interprété par le psychiatre – et par le spectateur. 

Les patients viennent consulter pour une problématique qui leur est propre. Mais à chaque fois, la vraie raison est ailleurs, cachée plus profondément. C’est le cas pour le couple de Leonora et Damien, la grossesse révélant la dynamique de leur relation ; Camille est envoyée par une assurance pour obtenir un certificat après un accident de la route mais son histoire est beaucoup plus complexe ; le SSPT de Adel occulte un autre événement douloureux et refoulé ; et même Dayan n’est pas forcément conscient des raisons qui le poussent à consulter Esther. Tous les arcs narratifs sont intéressants, solides et bien écrits – on trouvera certainement l’un d’eux plus passionnant que les autres, mais c’est une question de sensibilité personnelle.

Ariane s’allonge sur le Dayan. Euh, le divan ! Lapsus freudien

Dans tous les cas, En thérapie réussit un tour de force : prendre un concept à bras le corps et se l’approprier en l’adaptant à un contexte spécifique. L’histoire se déroule en effet à un moment précis : au lendemain des attentats de Novembre 2015 qui ont ensanglanté la capitale et traumatisé tout le pays. La tragédie s’est déroulée à deux pas du cabinet de Dayan, certains personnages y ont été confrontés directement et d’autres pas, mais tous sont  marqués d’une manière ou d’une autre. Les séances mettent en lumière la parentalité, le suicide, la sexualité, l’obsession amoureuse ou les blessures d’enfance mais aussi un traumatisme collectif susceptible d’affecter tout un chacun. 

Ici, ce sont les attentats – sujet puissant et toujours prégnant, surtout au sortir du procès qui s’est tenu fin 2020. Mais d’une certaine manière, En thérapie fait aussi écho à la crise sanitaire, économique et sociale qui nous frappe de plein fouet. Quand 6 français sur 10 estiment avoir été touchés psychologiquement par la crise du covid, En thérapie résonne étrangement et nous renvoie le reflet d’une société fragilisée par quelque chose qui nous dépasse. Une image perturbante, qui n’en est que plus pertinente. 

Adaptation de la série israélienne Betipul, En thérapie en reprend le format, la mise en scène épurée et les grands traits des personnages, mais elle s’en empare pour construire son propre récit. Cinq histoires ou cinq parcours de vie intenses, intelligemment écrits et brillamment interprétés. Et une série qui, bien que se déroulant au lendemain des attentats de 2015, fait aussi écho à la crise actuelle – fût-elle d’un autre genre.  

En thérapie (ARTE)
35 épisodes de 30′ environ. 
Sur ARTE.TV à partir du 28 Janvier ; diffusion sur Arte à partir du 4 Février.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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