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Open d’Australie, le bilan : Djokovic ou l’implacable machine à gagner, jusqu’à quand ?

Le neuvième sacre à Melbourne pour Novak Djokovic. Le 18e en Grand Chelem. Des chiffres faramineux (crédits : Reuters)

Pour la dernière fois de cette quinzaine, nous revenons sur l’Open d’Australie dans VL Média. Cette fois retour sur le neuvième sacre de Novak Djokovic à Melbourne. Auteur d’une finale parfaite contre Medvedev, le Serbe a su encore une fois poser un défi psychologique et tactique qui semble insurmontable pour tout le circuit, et ce malgré les polémiques qui peuvent l’entourer. Une question se pose désormais, ses perspectives d’avenir dans cette fabuleuse chasse aux records dans laquelle il s’est lancé.

Encore une fois, le patron a triomphé. Encore une fois le patron a démontré sa supériorité dans tous les domaines. Après 15 jours de compétition, celui que tout le monde voyait être terrassé à un moment ou un autre par sa blessure aux abdominaux déclenchée durant le troisième tour contre Taylor Fritz, a finalement réussi à mettre tout le monde d’accord. A force de combat intérieur contre lui-même, le Serbe a su franchir les tours avec plus ou moins de difficultés pour finalement réaliser la prestation parfaite en finale. Ce Djokovic-là toujours sur un fil a su trouver les capacités de ne pas y tomber, pour réussir à mettre KO les adversaires. Au point de se demander jusqu’à quand l’homme qui ne perd pas une finale à Melbourne, sera capable de continuer à élever son niveau de jeu, face à l’adversité, qui aura prise différentes formes. Car le Serbe aura tout combattu durant le tournoi. Sa blessure, les polémiques médiatiques et les adversaires sur le court. Le n°1 mondial qui va bientôt s’approprier, le record de semaines passées sur le trône dans toute l’histoire du tennis (311 semaines), semble plus que jamais inépuisable, avec une résilience physique et mentale ahurissante. A défaut d’avoir gagné en popularité, il a encore une fois su démontrer son côté infaillible, notamment en finale face à Medvedev en le désossant, alors que celui-ci restait sur 20 victoires consécutives et 12 face au top 10 (7-5, 6-2, 6-2). La force ultime d’une machine à gagner qui pose en permanence des problèmes absolus pour les adversaires.

Le “Djoker” et l’équation à quatre inconnues, ou le modèle idéal pour dérouter la concurrence

Si Djokovic est au sommet depuis presque dix ans maintenant, enchaînant 16 titres du Grand Chelem sur la période, ce n’est pas forcément car il dispose d’un talent technique au-dessus de la moyenne, comme Federer par exemple. Le Serbe joue plutôt sur sa capacité à dérégler les adversaires dans plusieurs domaines. Par la pression mentale tout d’abord qu’il arrive à leur imposer dans le rapport de force. Une pression sur et en dehors du court. Lorsque le n°1 mondial déclare au sortir de sa demi-finale “Que la Next Gen a encore énormément de travail à effectuer avant ne serait-ce que de pouvoir le titiller”, ceci pourrait être perçu comme une phrase teintée d’arrogance. Mais il s’agit plutôt ici une manière de mettre la pression sur son futur jeune adversaire finaliste qui aura tout à prouver. A 17 Grand Chelem ou 18, la carrière de Djokovic est déjà exceptionnelle. Passer en revanche de zéro à un titre majeur cela change une vie, pour Tsitsipas ou Medvedev. Le cap ultime à franchir. Et par cette déclaration bien sentie, en arrivant sur le court, Medvedev a ressenti toute la pression de jouer une finale de Grand Chelem, avec un statut de presque favori. Au point face à ses difficultés d’en casser plusieurs raquettes à la fin de la deuxième manche. Lors de sa précédente finale contre Nadal à l’US Open 2019, il était arrivé bien plus décomplexé pourtant. Psychologiquement et médiatiquement, Djokovic a su viser juste contre un joueur qui semblait pourtant avoir appris la patience et la sérénité ces derniers mois.

Medvedev frustré face à Novak Djokovic. Chose rare ces dernières semaines (crédits : USA Today Sports)

La patience voilà pourtant le mot-clé pour espérer disposer d’un Novak Djokovic en pleine forme aux meilleurs des trois sets gagnants. Car le Serbe sait faire dérailler les adversaires tactiquement. Comme un mur qui relance tout. Hier Medvedev a passé 100% de première balle sur son premier jeu de service. Des premières souvent aux alentours des 210 km/h. Toutes renvoyées par Djokovic pourtant. Qui a en plus breaké, mené 3-0 d’entrée et porté un coup au moral au Russe. Le nonuple vainqueur de Melbourne a su réduire, Medvedev a seulement 30% de secondes balles. Impossible de s’en sortir ainsi face au meilleur joueur du monde. L’homme aux 18 titres du Grand Chelem n’est pas le plus beau joueur à voir jouer, soit, mais il est le plus efficace. Avec un service qui progresse d’années en années (plus de 100 aces sur ce tournoi), avec un revers toujours aussi diabolique, battre un Djokovic en forme sur dur nécessite de réaliser le match parfait pendant 3h au mieux, 5h au pire.

Et lorsque la première manche est perdue, bon nombre de joueurs se découragent n’étant pas prêt à tenir l’exigence d’un combat physique et mental aussi élevé, à une telle intensité. Car contrairement à Nadal qu’il faut en permanence agresser pour déborder, la mission face au Serbe, consiste d’être parfait, de ne pas faire d’erreurs et de ne pas lui ouvrir des angles car celui-ci renvoie tout. Une tâche encore plus complexe. Peu sont capables de le réaliser, surtout en fin de tournoi, après avoir déjà dû sortir plusieurs grandes performances de qualité. La finale d’hier ne vient donc que renforcer, une fois encore, la marge de Djokovic sur la concurrence dans le domaine tactique, physique et psychologique. Ainsi il est légitime de se demander jusqu’où peut-il aller alors que le “Djoker” a remporté un tournoi, qu’il a passé selon ses dires, la moitié du temps avec une déchirure musculaire.

Dans la course aux records de GC, Djokovic joue contre lui-même et contre le temps perdu

Avec ce 18e titre, Novak Djokovic vient renforcer deux tendances importantes, dans cette course face à Federer et Nadal, tous deux à 20 titres du Grand Chelem. La première c’est que depuis deux ans et demi, le circuit masculin est un véritable duopole entre le Serbe et l’Espagnol. Sur les 11 derniers tournois majeurs, 10 ont été remportés par les deux hommes avec six titres pour Djokovic et quatre pour Nadal, contre un seul pour Dominic Thiem. Les deux hommes se sont aussi partagés continuellement la place de n°1 mondial. Federer semblant avoir été mis hors jeu dans ces deux domaines, hormis à Wimbledon qu’il était à un point de remporter. Même si avec un an sans jouer on peut douter de sa compétitivité à son retour. Cette course-là aux records de Grand Chelem semble donc pour le moment se jouer entre le Serbe et l’Espagnol. A 34 et 35 ans, les deux joueurs sont toujours des montagnes, des Everest à franchir en trois sets gagnants. Et lorsque l’un est battu, il devient impossible pour le reste du peloton de terrasser le deuxième.

Le second constat pour Djokovic, est sa marge sur surface dure. Avec 12 titres sur ses 18 glanés sur cette surface (9 Open d’Australie et 3 US Open), le natif de Belgrade est l’un des meilleurs joueurs de tous les temps sur cette surface. En étant aussi complet, il a démontré encore une fois qu’il possède une marge d’importance, y compris sur Rafael Nadal qui ne l’a pas battu ni même pris un set sur cette surface depuis 8 ans. Djokovic peut donc légitimement espérer remporter 2 titres par an, et même trois, puisqu’il est malgré tout tenant du titre à Wimbledon. Mais le Serbe ne dispose pas non plus d’autant d’années devant lui pour rattraper Nadal et doit donc éviter de laisser passer les occasions quand elles se présentent à lui. Car l’Espagnol s’annonce encore intouchable à Roland Garros comme depuis 15 ans.

Et si Melbourne réussi parfaitement à Djokovic, on ne peut en dire autant de New York, ou il ne s’est imposé “que” trois fois, soit un reprise de moins que Nadal, alors qu’il est pourtant incontestablement un meilleur joueur de dur que son rival. Il devra pour cela éviter les écueils qui l’ont privés de tant de titre à New York. Positionné en fin de saison, Djokovic arrive en effet souvent blessé (comme en 2019), où se met une pression excessive pétant parfois les plombs (comme en 2014, 2016, 2020), avec des rencontres totalement ratées à des stades de la compétition ou il s’avançait en favori. En effet, avec la concurrence qui progresse pas à pas, chaque majeur sur dur qui n’est pas gagné par Djokovic est du temps perdu dans sa quête face à Nadal. Depuis 2017, le Serbe est même à l’équilibre complet aux nombres de titres en Grand Chelem face à Nadal. Pour l’homme obsédé par les records et qui a annoncé que les majeurs seraient définitivement sa seule priorité, le temps presse alors qu’il aura 34 ans en mai prochain.

Djokovic ou Nadal. Lequel sera bientôt le détenteur du nombre de titres en Grand Chelem ? (crédits : France Bleu)
La concurrence où le sentiment de grimper un escalier sans fin

Malgré la démonstration d’hier de Djokovic dans tous les domaines, après une gestion du tournoi qui pouvait sembler chaotique de l’extérieur, mais bien maitrisée en interne, il paraît pourtant indéniable que la concurrence, est proche. Les Medvedev, Tsitsipas, Zverev ont trouvé une vraie régularité, une vraie fiabilité en Grand Chelem. Sans oublier un Dominic Thiem usé qui certes a disparu face à Dimitrov mais qui reste un énorme poil à gratter pour Djokovic et Nadal. Le Serbe sait que ces hommes-là peuvent à court terme, les dominer ce qui explique aussi l’énorme coup de pression qu’il a mis à la “Next Gen” avant cette finale. Ces derniers prennent de l’expérience et même si Medvedev a raté sa finale, ceci n’enlève rien de ce qu’il a produit ses derniers mois. De plus ils vont arriver bientôt à un âge où leur potentiel physique sera à son maximum (25-30 ans). Hormis sur gazon ou personne parmi la jeune génération ne semble encore avoir la main verte, sur dur et sur terre battue des barrières se sont brisées. Tsitsipas qui renverse Nadal en étant mené deux sets à zéro en est la preuve.

Désormais pour pouvoir inquiéter Novak Djokovic, la mission consistera probablement à perdre moins d’influx d’énergie, sur le plan physique et mental dans les premiers tours. Afin d’arriver en forme optimale au moment de devoir faire face au Serbe mais aussi à Nadal, les deux statues du colosse à déboulonner. Afin également de se mettre moins de pression face à ce duo, et bientôt trio au retour de Federer, celui qui cannibalise le tennis depuis 15 ans. Car si la passation de pouvoir aura sûrement lieu bientôt, il ne faut pas douter une seule seconde que Djokovic ne lâchera pas le morceau, quitte à prioriser certains évènements. Ce dernier est en effet lancé dans une course aux records qu’il souhaite remporter plus que tout. Parti avec des handicaps et du retard, Djokovic qui carbure désormais au super n’a qu’une mission : continuer à dérouter les adversaires pour griller la politesse à Nadal avant probablement de passer la main à la génération suivante qui toque de plus en plus fort à la porte. Et pour Djokovic la faim de victoires en justifie plus que jamais tout les moyens…

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