« Paris capital de la mode, c’est toujours vrai ». Et c’est Loïc Prigent qui le dit. Ainsi, mardi 27 février s’est ouverte la semaine de la mode la plus importante de la saison : le prêt-à-porter femme automne/hiver 2018-2019.
Parmi les centaines de défilés, il est parfois dur d’y voir clair. Petit récapitulatif.

Balmain

Inspiration : 2050
Les nouveautés : Néon, PVC holographique, paillettes, tissus transparents irisés, effet métallique,  matières fluides qui semblent dégouliner…
Veste qui rappelle les tailleurs de Chanel, jean larges troués, pantalons matelassés, longs manteaux en jean et laine, ensemble complet en jean. Explosion de couleurs : bleu électrique, vert, jaune… 
Ce qui n’a pas changé : les mêmes vestes à épaules rembourrées, les rayures, les paillettes, les robes courtes et structurées.
En bref : les effets de néons et vêtements holographiques ne sont pas une révolution puisqu’ils étaient déjà présents lors des collections de printemps/été, chez Maison Margiela par exemple. Mais chez Balmain, c’est plutôt inattendu. Qu’importe, Oliver Rousteing propose une collection plus joyeuse que les précédentes. En ces temps où la création est soumise au dictat de l’économie et de la rentabilité, cela fait du bien de voir que les créateurs prennent toujours un plaisir sincère à créer.
« J’ai envie de dire que je me suis amusé même, mais je ne le dirai pas, car on sait tous que s’amuser n’est pas permis dans la mode », dixit l’intéressé.

Dior

Inspiration : Mai 1968
Les nouveautés : pour cette collection, l’Italienne a fait appel à ses racines et au savoir-faire des femmes de sa région. Broderies, laçages, et même crochés font leur apparition sur le podium. L’esthétique rappel celui du début des 70’s, motifs fleuris, robes longues et légères, logo peace & love sur un pull…
Le style se fait un peu plus tom boy avec des imprimés à carreaux, des vestes et pantalons oversized.
Ce qui n’a pas changé : L’engagement. Comme toutes ses collections depuis qu’elle est arrivée chez Dior, Maria Grazia Chiuri met un point d’honneur à faire de la mode de qualité, certes, mais qui véhicule un message. Féministe si possible.
Ainsi après le T-shirt « We should all be feminist », le pull de la première silhouette annonce un nouveau slogan, en plein #metoo : « C’est NON, NON, NON et NON ! ». Il fait en fait écho à une collection de la maison datant de l’époque de Marc Bohan.
En bref : Une collection un peu plus personnel, mais toujours empreinte d’une volonté de faire de la mode un porte-voix.

Lacoste

Inspiration : Save our Species
Les nouveautés : Hommage à l’écologie et à l’humanisme des fondateurs de la marque. L’iconique logo crocodile laisse sa place à dix espèces en voies de disparition, pour alerter sur le désastre écologique que nous sommes en train de vivre.
Ce qui n’a pas changé : Les vestes de survêtement, les sweats oversized, les polos, dont les motifs et couleurs prennent des inspirations 80’s époque où Lacoste prend d’assaut les rues et se démocratise.
En bref : Un show en partenariat avec l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature où la mode se met au service de la nature. Motifs  »feuille », marrons, verts kakis ou forêts, veste en laine, parkas épaisses… L’esthétique du show oscille entre streetwear 80’s et vibe montagnarde.

 

Saint Laurent

Inspiration : Le défilé Opéra Russe de 1976
Les nouveautés : Le Noir. La collection originale était une explosion de couleurs chaudes et profondes, ici Anthony Vaccarelo adapte est  »monochromise ».
Si les chapkas sont toujours là mais réinventées, alors les shorts très shorts sont pour le coup une vraie nouveauté.
Ce qui ne change pas : Le travail des vêtements. Notamment des hauts puisque la majorité des mannequins portent des shorts, plutôt simples. On retrouve les vestes en fourrures, les capes, le velours, les blouses, les broderies et les turbans.
Les hommes ont aussi droit à leur réinterprétation de la collection, bien qu’étant exclusivement féminine a l’époque. Ainsi, costumes qui brillent, chemise brodée et velours noirs remplissent leur vestiaire.
En bref : Un défilé à l’hommage subtil, mix entre le style rock et un peu dark qu’a désormais la maison et des clins d’œil à l’un des défilés préféré du fondateur de la maison.
Ceux et celles qui savent, savent et pour les autres…

Simon Porte Jacquemus

Inspiration : Le souk
Les nouveautés : La collection entière est une nouveauté, puisque Jacquemus est une marque toute fraîche, toute neuve. Son créateur n’en est donc pas encore à réinventer ses propres collections.
Des couleurs chaudes, jaunes, marrons, orange pour rappeler le soleil du Maroc (où le créateur à dessiner la collection), des coupes sensuelles, près du corps, des drapés qui font penser aux sarouels.
Ce qui ne change pas : Comme à chaque fois, une énergie solaire et beaucoup de sensualité se dégagent de ses créations. Comme à chaque fois aussi, Simon Porte Jacquemus crée comme certains écrivent, pour raconter des histoires : « C’est ma biographie que je mets dans mes vêtements. Chaque collection, c’est très personnel, c’est un souvenir de vacances, un souvenir lié à ma mère… », confie-t-il au micro de France Inter.
C’est d’ailleurs parce qu’il est tombé amoureux qu’il a décidé de se lancer dans la création pour homme. Première collection à prévoir à l’automne prochain.
En bref : Fidèle à lui-même, Simon Porte Jacquemus délivre une collection pleine de ‘‘good vibes’’ et qui donne envie de partir en vacances.

Maison Martin Margiela

Inspiration : La science fiction
Les nouveautés : Après les matières qui se dévoilent sous les flashs des appareils photo, les néons, et le polyuréthane pour la haute couture en janvier dernier, John Galliano continue sur sa lancée du futurisme. Cette fois, les vêtements sont portés dans le ‘’désordre’’. Ainsi, les vestes sont enfilées par-dessus les manteaux, les doudounes sont mélangées aux trenchs, les vestes de costume aux pulls en mailles.
Des casques qui protègent même la bouche, des capuches englobantes qui couvrent jusqu’aux épaules, des chaussures énormes, les sacs qui ressemblent à de gros oreillers laissent supposer qu’il va falloir s’équiper pour se protéger dans les temps qui viennent.
Ce qui ne change pas : Montrer ce qui ne se voit normalement pas, la carcasse du vêtement.
Ce que John Galliano ne se fait un plaisir de continuer en suivant les traces de Martin Margiela, fondateur de la maison à l’initiative de cette façon de faire. Xur certaines vestes, seules les coutures demeurent, tout tissu a disparu, donnant des airs de squelettes aux vêtements.
En bref : Une collection qui s’inscrit dans la lignée de la dernière, un peu high tech, science-fiction.
Et qui rend hommage à Martin Margiela, auquel une exposition est consacrée au Palais Galliera.

Balenciaga

Inspiration : Salvation Mountain 
Les nouveautés : Vêtements high tech, réalisés par scan du corps et essayages digitaux. Ici aussi, la tendance est à la superposition. Les mannequins portant parfois jusqu’à cinq couches de vêtements, donnant l’impression d’une tentative d’emporter le maximum de chose avec soi, dans un départ précipité.
Au plus le défilé progresse, au plus les coupes s’élargissent, contrastant avec les premières silhouettes, dont les vêtements, tellement près du corps, sont comme des secondes peaux.
L’environnement chez Lacoste, la pauvreté chez Balenciaga ; Demna Gvasalia s’engage ouvertement en faveur du World Food Program, dont on retrouve le logo sur les sweat oversized.
Ce qui ne change pas : Les micros robes ultra moulantes, les vêtements qui font deux en un (après les bottes pantalons, voilà les pulls gants). L’hommage à la maison avec des pièces très structurées, sculptées, comme le faisait Cristobal Balenciaga. Les couleurs vives sont aussi de retour.
En bref : Une collection engagé, pleine de sous-entendu et de contraste.

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