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Suicide d’Evaëlle : ce que révèle l’audition des adolescents mis en examen pour harcèlement

Victime de harcèlement scolaire, Evaëlle 11 ans s’est suicidée à Herblay, dans le Val d’Oise en 2019. Les trois adolescents ont été auditionnés par une juge d’instruction.

Un an et demi après le suicide d’Evaëlle, trois adolescents de 13 ans ont été mis en examen pour harcèlement. Ils sont soupçonnés d’avoir participé au harcèlement scolaire sur la fillette de 11 ans au sein du collège Isabelle-Autissier, à Herblay (Val-d’Oise).

Dans cette affaire, 3 adolescents sont mis en cause mais 1 seul a décidé de parler face à la juge d’instruction. Des procès verbaux auxquels 20 minutes a eu accès. L’adolescent appelé A. a décidé de parler. Âgé de 11 ans au moment des faits, il estime “juste” sa convocation à quelques jours de Noël. « Je lui ai quand même mis une baffe », a reconnu l’adolescent.

Une spirale du harcèlement

Dès la rentrée de 6ème, le harcèlement s’intensifie. Ses copines refusent de s’assoir à ses côtés pour une histoire de demi-point supplémentaire lors d’un exposé. Dans l’établissement, les moqueries et les insultes fusent. Y compris par A. qui n’est pourtant pas un élève de sa classe. Quand ils se croisent, les deux adolescents se gratifient d’un “gueule”. Un jour il finit par l’insulter de “pute” devant son frère. Interrogé sur la notion de harcèlement, A. se montre pourtant lucide. « C’est quand on va voir une personne et qu’on lui répète tous les jours, tous les jours, tous les jours des phrases comme “t’es bête, tu ne sers à rien”. Tous les jours, la rabaisser. »

Au mois de février, la violence monte d’un cran. Evaëlle atteste que A. l’a poussée sur la chaussée lorsque le bus arrivait. Plusieurs élèves ont confirmé cette version. Mais A. défend une autre version. « Il y avait beaucoup de monde, elle était sur le bord du trottoir, elle est tombée tout le monde a rigolé », explique-t-il à la magistrate. En se remettant debout, Evaëlle lui aurait donné une baffe auquel A. a reconnu avoir répondu. “Je lui ai mis une claque aussi mais ça ne l’a pas touchée, ça a touché ses lunettes qui sont tombées“.

Tout au long de l’audition, les propos de l’adolescents ont minimisé les violences et les brimades. A. qui évoque une mésentente plutôt que du harcèlement. « Il est un peu dépassé par la gravité du dossier. Ils étaient tous très jeunes, 11 ans au moment des faits, la question du discernement se posera inévitablement », indique son avocat Me Cédric Martinez.

Le comportement de la professeure de français, une piste pour les enquêteurs

Fait rarissime, en septembre dernier, la professeur de français d’Evaëlle a été mise en examen pour harcèlement avec obligation de soins et interdiction d’exercer. Les enquêteurs s’interrogent sur le comportement de la professeure avec Evaëlle.

Des élèves rapportent de nombreuses brimades et moqueries de la part de la professeure. Evaëlle avait été mise à l’écart, au fond de la classe, malgré des problèmes ophtalmiques. Dix jours après l’histoire du bus avec A., l’enseignante organise une séance de vie de classe. Le thème ? « Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue par la classe ? ». Les remarques fusent et la fillette finit en larmes. Certains élèves sont mal à l’aise face à la situation. A. qui se décrit comme le “chouchou” de la professeur, estime que « ça ne se fait pas, on n’a pas à faire ça. »

La professeure a nié toute forme de malveillance. « Ma volonté, c’était de dire aux élèves “maintenant, stop, vous n’êtes pas amis, ce n’est pas grave, mais chacun reste dans son coin”. Pour moi, cette heure de vie de classe s’est bien passée. Et sur les pleurs, […] quand Evaëlle a une frustration, elle pleure. ». Après ces évènements, elle a été mutée en Bretagne puis suspendue. « Que des ados de 11 ans ne prennent peut-être pas la mesure du mal qu’ils causent par leurs moqueries, c’est une chose, mais qu’une adulte, professeure de surcroît, sadise une élève, c’en est une autre », a indiqué l’avocate de la famille, Me Delphine Meillet.

La goutte d’eau

Ses parents, alertés du harcelement que subit leur fille décident de la changer d’établissement. Ils portent plainte contre la professeure et les trois adolescents. « On a fait deux commissariats, à Herblay et à Cergy, et à chaque fois on nous a refusé notre plainte contre l’enseignante », explique sa mère. Dans le nouvel établissement, la situation s’améliore. Mais lorsque les élèves apprennent qu’elle a été harceléee auparavant, les moqueries et les brimades recommencent.

Le 21 juin 2019, un garçon vide son sac et jette ses affaires au milieu d’une rue. Quelques heures plus tard, Evaëlle se pendra dans sa chambre. “Ce qu’on souhaite aujourd’hui c’est que la justice travaille sur l’autre volet du dossier, l’homicide involontaire” continue la mère de la jeune victime. “Car le harcèlement c’est la cause, la conséquence de ces actes, c’est la mort. 

A lire aussi : Suicide d’Evaëlle : trois collégiens mis en examen pour harcèlement

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