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Taiwan : une Fête nationale révélatrice de tensions diplomatiques

Le 10 octobre, Taiwan a célébré sa fête nationale en commémoration du début du soulèvement de Wuchang en 1911, conduisant à la chute de la dynastie Qing, dernier régime de la Chine Impériale, et à l’établissement de la République de Chine en janvier 1912. Aujourd’hui, l’île se gère de manière autonome, bien qu’elle ne soit pas reconnue par l’Organisation des Nations Unies.

Un passé conflictuel entre la Chine Communiste et la Chine Républicaine

Cette célébration a, comme pour les années précédentes, représenté un enjeu diplomatique majeur à cause de l’histoire des deux pays. La Guerre Civil qui secoua la Chine entre 1927 et 1949 se termina par la victoire des révolutionnaires communistes de Mao Zedong et la fuite des Républicains du Kuomintang menés par Chiang Kaï-Shek. Dès lors, la souveraineté de l’île fut disputée. D’un côté, la République Populaire de Chine, politiquement communiste, considère Taiwan comme une province renégate du pays. De l’autre, l’île se voit comme la véritable République de Chine, l’hinterland étant un territoire accaparé par les communistes.

Cette situation s’est traduite par la « One-China policy », la vision qu’il n’y a qu’un véritable état souverain sous le nom de Chine. Ce principe a été actualisé par la République Populaire de Chine avec le Consensus de 1992, affirmant qu’il n’y a qu’une Chine englobant les terres continentale et Taiwan, et réfutant la possibilité d’avoir deux gouvernements légitimes pour ces territoires.

Une volonté de s’extirper du joug pékinois

Néanmoins, du côté des taiwanais, mis à part ceux comme l’ancien président Ma Ting-jeou qui revendiquent la Chine continentale sous l’égide de la République de Chine comme à l’époque du Kuomintang, la plupart se veulent indépendants. En effet, et cela se voit particulièrement chez les nouvelles générations, l’identité taiwanaise est prônée en tant que nationalité, avec une éducation, histoire, géographie et culture très distinctes de celles de la République Populaire de Chine. Ce mouvement d’indépendance souhaite également protéger le modèle démocratique, très cher aux yeux des habitants. Plus tôt cette année, le gouvernement chinois avait proposé à la présidente taiwanaise Tsai Ing-wen le modèle « Un pays, Deux systèmes » similaire à celui appliqué à Hongkong, que la présidente refusa.

Image par Yenyu_Chen de Pixabay

Ainsi, il n’est pas surprenant que les volontés indépendantistes de Taipei courroucent le gouvernement de Xi Jinping, désireux d’affirmer son contrôle centralisé et de réaliser ses désirs hégémoniques en Asie de l’Est. Les diplomates chinois ont d’ailleurs entrepris une campagne de dissuasion à l’égard des pays montrant des signes favorables à Taiwan.

Le soutien implicite au régime démocratique de Taiwan

Cependant, ces tentatives de pression se sont heurtées à un mouvement grandissant de soutien à Taiwan. On note particulièrement l’ouverture d’un bureau de représentation à Taiwan du Somaliland, un état auto-proclamé indépendant dans la Corne de L’Afrique à Taiwan, mais aussi du soutien tacite du Vatican qui a laissé l’ambassade de Taiwan organiser un évènement caritatif au sein de la cité-état. Le 4 octobre dernier, des habitants de Los Angeles et du Comté d’Orange ont célébré l’état insulaire par une cérémonie de levée de drapeau. En Australie, des membres du Parlement de Nouvelle-Galles du Sud ont participé à un dîner en l’honneur de la fête nationale. La Tchéquie a également établi des partenariats politiques avec Taiwan, prônant la défense des démocraties.

Ces évènements à échelle humaine sont représentatifs d’un soutien tacite à la protection de la démocratie et de l’indépendance de Taiwan, mais témoignent également du muselage que subissent les gouvernements, empêchés de soutenir de manière officielle l’île sous peine d’être sanctionnés par Pékin.

De plus, Tsai Ing-wen a remercié les amis de Taiwan en Inde. Malgré le fait que les institutions officielles indiennes n’ont pas osé exprimer leurs vœux publiquement, un énorme soutien informel s’est effectué à travers les médias et réseaux sociaux indiens, en réponse à la demande de l’Ambassade de la République Populaire de Chine en Inde de ne pas mentionner la fête nationale taiwanaise et interdisant de référer Taiwan comme un Etat et Tsai Ing-wen comme une présidente. Ce pied-de-nez de l’Inde aux autorités chinoises s’est fait dans un contexte de tensions géopolitiques entre l’Inde et la Chine au sujet des frontières au Ladakh, dans l’Himalaya.

Face à la pression de Pékin, peu de remparts existent pour protéger la démocratie de Taipei du gouvernement autoritaire pékinois. Néanmoins, il est difficile de prédire comment réagirait le pouvoir chinois face à un soutien grandissant de la communauté internationale pour l’île.

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