MGM Resorts, propriétaire de l’hôtel d’où a tiré l’auteur du massacre de Las Vegas l’an dernier, a porté plainte contre les victimes de la fusillade la plus meurtrière de l’histoire récente du pays.

C’est une plainte au parfum de scandale. Le groupe qui détient l’hôtel Mandalay Bay, devant lequel le festival de country organisé en octobre dernier a tourné au massacre, vient de porter plainte au tribunal fédéral de Los Angeles, demandant l’abandon des poursuites à son encontre. Un Américain de 64 ans avait en effet ouvert le feu sur le public d’un concert en plein air, faisant pour bilan 58 personnes tuées et 800 blessées. Le tireur s’était alors retranché dans une chambre au 32ème étage de l’hôtel, où il avait installé un arsenal, puis s’est suicidé en retournant son arme contre lui avant l’arrivée de la police.

Quelque 2.500 personnes , parmi lesquelles des survivants mais aussi les familles de victimes, ont poursuivi ou dit vouloir poursuivre le groupe hôtelier pour négligence. Mais le propriétaire a répliqué, en s’appuyant notamment sur le « Safety Act », qui stipule que le gouvernement fédéral est en dernier ressort responsable si des attaques de masse impliquent des organisations qui ont embauché des sociétés de sécurité certifiées par le département de la Sécurité Intérieure (DHS). Le groupe affirme donc ne pas pouvoir être juridiquement tenu responsable de l’attaque car, avec l’organisateur du concert Live Nation, il a confié la sécurisation de l’événement à l’entreprise certifiée CSC.

Les victimes en état de choc

Si dans la plainte déposée par MGM Resorts est spécifié que le groupe ne cherche pas à obtenir de l’argent, nombre de voix s’élèvent toutefois contre cette démarche jugée scandaleuse. L’association de soutien aux victimes d’armes à feu Route 91 Strong, du nom du festival de musique country pendant lequel a eu lieu le massacre, s’est ainsi dite « profondément attristée », soulignant que beaucoup de victimes traumatisées étaient encore « au bord du suicide », certaines ayant même perdu « leur travail, leur maison ».

De son côté, l’avocat Robert Eglet, qui représente l’une des victimes, a parlé de la chose « la plus scandaleuse vue en 30 ans de carrière », et fait valoir que « CSC n’assurait pas la sécurité au Mandalay Bay » pendant et avant la fusillade, et que de ce fait il pouvait être légitimement poursuivi.