La question est simple : « Aimez-vous avoir des retours de votre patron sur votre travail ? » La réponse, selon une récente enquête nationale menée par Fasterclass en janvier 2026 auprès de 3 612 salarié.es, est un retentissant « oui ». Pourtant, derrière cette affirmation se cache une réalité plus complexe et un paradoxe flagrant : les salariés sont en quête de retours constructifs, mais se heurtent trop souvent à un silence assourdissant ou à des échanges inefficaces. Cette étude met en lumière un paysage du feedback en entreprise où le désir d’apprendre et de progresser est palpable, mais où les pratiques managériales peinent à répondre à cette aspiration fondamentale.
Le paradoxe du feedback : Un désir inassouvi
Le constat est sans appel : 91 % des salariés français aspirent à une culture du feedback plus forte. Plus d’un sur deux y voit même un levier majeur de performance. Cependant, cette soif de progression se heurte à une carence alarmante : en 2026, près de la moitié des salariés (46 %) ne reçoivent tout simplement pas de feedback de leur manager. Pour ceux qui en reçoivent, l’expérience est loin d’être optimale, puisque 74 % des Français dénoncent un feedback managérial rare, flou ou maladroit. Ce décalage entre l’attente et la réalité révèle une lacune profonde dans nos organisations, où le feedback, pourtant si vital, reste une compétence sous-exploitée.
Les obstacles à une culture du feedback épanouie
Quels sont alors les freins à l’instauration d’une culture du feedback florissante ? Les obstacles sont multiples et se situent à la croisée des facteurs organisationnels, émotionnels et de compétences. Le manque de temps (28 %) est souvent cité comme un frein majeur, reléguant le feedback au second plan des priorités managériales. Parallèlement, une part significative des managers (27 %) se dit mal à l’aise et mal formée à l’exercice, tandis que 11 % admettent un manque de courage pour aborder les sujets délicats. La dimension émotionnelle n’est pas à négliger, 21 % des salariés étant bloqués par la peur de blesser ou de générer des tensions. Pire encore, seulement 49 % des salariés estiment que leurs managers maîtrisent réellement l’art du feedback, prouvant que cette compétence est loin d’être acquise collectivement.
Le tabou du Feedback ascendant
Un autre tabou persiste : le feedback ascendant. Si le feedback descendant, du manager vers le salarié, est la norme (41 %), il est rare que la dynamique s’inverse. Moins d’un salarié sur dix se sent à l’aise pour donner un feedback à son manager, et 43 % s’en disent carrément inconfortables. Cette asymétrie illustre un déficit de sécurité psychologique et de maturité relationnelle qui limite la pleine expression et la co-construction.
Vers une culture du Feedback
Face à ce panorama, la conclusion est limpide : 91 % des salariés souhaitent que leur entreprise développe davantage la culture du feedback. Ce n’est pas seulement un désir de reconnaissance, mais une quête de sens, de développement et d’efficacité collective. Pour transformer ce paradoxe en atout, les organisations doivent investir massivement dans la formation des managers, non seulement sur les techniques de feedback, mais aussi sur l’intelligence émotionnelle et le courage managérial. Il est impératif de définir clairement ce qu’est un feedback constructif, de créer des environnements où il est sûr de donner et de recevoir des retours, et d’intégrer cette pratique comme un pilier fondamental de la culture d’entreprise. Seule une approche systémique permettra de combler le fossé entre l’attente des salariés et la réalité du terrain, transformant le feedback en l’outil puissant de croissance qu’il est destiné à être.