Quel plaisir de voir Prime Video nous proposer cette série peu connue de pourtant 7 saisons et 145 épisodes, Dans la chaleur de la nuit.
De plus en plus, les plateformes vont puiser dans le patrimoine télé et nous ressortent des séries très « goldies » mais pourtant cultes. En ce moment, sur Prime Video, on peut ainsi se replonger dans Stargate SG-1, Arabesque ou encore Alerte à Malibu. Mais c’est bien une autre série qui a attiré notre attention, une série diffusée sur Antenne 2 dès 1992 : Dans la chaleur de la nuit !
Dans la ville de Sparta, le commissaire Gillespie traque les criminels et les meurtriers aux côtés de son équipe de policiers, et plus particulièrement avec l’inspecteur Tibbs. Si le premier s’appuie sur ses connaissances de terrain et son intuition, son collègue noir-américain a été formé aux nouvelles méthodes de la police. Dans cette région du Mississipi, les crimes sont autant à caractère raciste que familiaux ou passionnels.
Une série dérivée d’un film … 20 ans après
Avant d’être une série télé qui va durer, Dans la chaleur de la nuit est avant tout un film sorti en 1968 (qui a eu droit à deux suites au cinéma). Un tel film qui se déroule dans le Mississipi des années 60, celui qui donnera naissance à ce grand film que fut Mississipi Burning (l’année où démarre la série Dans la chaleur de la nuit) est forcément lourd de symboles. Même de clichés que chaque communauté utilise « malheureusement ». Les années 60 c’est aussi la décennie des droits civiques, de Martin Luther King (Tibbs prend un malin plaisir dans le pilote à accrocher son portrait dans le bureau dans le pilote de la série).
Dans le Mississippi des champs de coton, dans une petite bourgade sordide, Sparta, un crime vient d’être commis : un industriel sur le point de monter une usine est retrouvé assassiné dans la rue. Un voyageur inconnu assis dans le hall de la gare est arrêté par l’adjoint du shérif, il est aussitôt accusé du meurtre car il est noir et a beaucoup d’argent sur lui. Après vérification de son identité, il s’avère que cet homme venu de Philadelphie est Virgil Tibbs, un officier de police de cette ville. Il est alors relâché sans un mot d’excuse. Son supérieur lui ordonne alors de rester à Sparta et de collaborer avec le shérif Gillespie pour retrouver le meurtrier, demande appuyée par la veuve de la victime qui n’a pas confiance dans la police locale.
Bien qu’étant produite 20 ans plus tard, la série se déroule dans la continuité du film. Mais des changements ont dû être apporté à la série pour justifier que Tibbs y soit toujours. Tibbs est toujours à Sparta pour enterrer sa mère car il est désormais originaire de cette ville et le maire lui propose de créer un poste spécialement pour lui dans les forces de police de la ville et de continuer de faire équipe avec Gillespie pour traquer les criminels.
On aime ?
Dans la chaleur de la nuit est le pur produit des divertissements des années 80, capables de traiter de sujets forts et sensibles, sous le vernis d’une série policière ultra classique. Dans chaque épisode de la série, on retrouve une enquête policière très classique, très proche des séries que l’on connaît alors (Arabesque ou La loi est la loi pour ne citer qu’elles). Mais ce qui imprègne, c’est le seconde couche de vernis que l’on retrouve dans chaque épisode, où chaque personne se confronte à des a priori, des clichés, les combat ou bien fait ce qu’il faut pour « ouvrir » la discussion. C’est notamment le cas du pilote qui pose on le sent dans les pas du film dont il est issu en abordant frontalement la question du racisme, que ce soit au travers du crime sur lequel on enquête, que dans la réaction qu’observent les personnages face à une situation donnée.
Ce premier épisode est même particulièrement fort dans les thèmes multiples qu’il aborde au travers du meurtre d’une jeune femme blanche : un jeune noir américain pendu dans sa cellule, un policier lynché, des allusions directes sans détour à sa couleur de peau, le sentiment de toute puissance d’une famille blanche habitant dans sa grande maison coloniale jusqu’à une résolution certes plus attendue mais tout au autant percutantes. Si par la suite, la série reviendra à un polar plus classique, elle n’oubliera jamais ces moments en arrière plan mais qui sont ultra importants.

Un casting et une écriture maîtrisés
Dans la chaleur de la nuit est une série intéressante. Tout en adoptant la forme des séries typiques des années 80, elle s’empare aussi de son écriture singulière héritée de la transformation des séries au tournant des années 90. Si la série est avant tout un nouveau buddy cop – Gillespie / Tibbs – elle n’en oublie jamais les personnages en arrière plan, amorçant une forme de « collégialité » à l’ensemble.
De la même manière, dans ses personnages, la série est le prolongement des changements amorcés par des séries comme St Elsewhere ou Hill Street Blues avec des personnages moins manichéens et plus tournés vers « le gris »: les personnages racistes font aussi preuve d’une humanité tandis que ceux qui devraient être « du bon côté » sont aussi pétris de clichés et d’idées reçues. Et au milieu, le personnage fascinant de Gillespie, campé dans le film d’origine par Rob Steiger, et qui a été confié de manière brillante à Carroll O’Connor, un choix percutant et lourd de sens.
Carroll O’Connor a en effet été dans les années 70 le héros d’une sitcom importante, All in the family, dans laquelle il joue le rôle d’un type raciste, réac, Archie Bunker, et qui marqué la société américaine et été vecteur de changements profonds à la télévision. Le voir ici incarner ce personnage qu’on peut qualifier de « c’est comme ça » (on ne peut pas changer les choses, la société parce que « c’est comme ça » depuis un moment) est l’un des meilleurs choix de casting possible.