Il était l’icône d’une génération : James Van Der Beek, interprète de Dawson, est mort à 48 ans.
Il a suffi d’un regard caméra, d’un demi-sourire et d’un torrent de larmes au bord des yeux pour que toute une génération se reconnaisse en lui. À la fin des années 1990, James Van Der Beek n’était pas seulement un acteur de télévision : il était le visage d’une adolescence à fleur de peau, celle qui hésite entre ambition et maladresse, entre romantisme et orgueil. Mais réduire James Van Der Beek à Dawson Leery serait passer à côté d’un parcours plus sinueux, parfois ironique, souvent courageux.
Le garçon de l’Indiana devenu icône teen
Né le 8 mars 1977 dans le Connecticut (et non en Californie comme on pourrait l’imaginer), James David Van Der Beek grandit dans une famille sans attaches hollywoodiennes. Très tôt, il se passionne pour le théâtre. À l’adolescence, il prend le train pour New York afin de passer des auditions. Il apprend le métier à l’ancienne : planches, castings, refus, persévérance.
En 1998, tout bascule. Kevin Williamson, déjà créateur de Scream, lance une nouvelle série pour la chaîne The WB : Dawson’s Creek. Van Der Beek décroche le rôle principal, celui de Dawson Leery, adolescent cinéphile obsédé par Spielberg, qui rêve de devenir réalisateur tout en disséquant ses états d’âme avec ses amis Joey, Pacey et Jen. La série devient un phénomène culturel. Elle parle d’amour, de sexe, d’amitié avec un lyrisme inédit pour l’époque. Les dialogues sont longs, presque littéraires, et Van Der Beek leur donne une intensité sincère, parfois excessive, mais toujours habitée.
Son jeu, souvent moqué pour ses élans dramatiques, est pourtant à l’image de la série : frontal, sentimental, sans cynisme. Il incarne une génération qui verbalise tout, qui analyse ses émotions comme un scénario en construction. Dawson devient une figure pop. Son fameux « ugly cry » — cette scène de pleurs incontrôlés — sera détourné des années plus tard en mème internet, preuve que l’empreinte culturelle dépasse largement la diffusion originale.

Après Dawson : l’ombre et l’autodérision
Quand Dawson’s Creek s’achève en 2003 après six saisons, la question est inévitable : comment exister après un rôle si emblématique ? Beaucoup d’acteurs de séries cultes restent prisonniers de leur personnage. Van Der Beek, lui, choisit une voie inattendue : l’autodérision.
Il tourne au cinéma (Varsity Blues, succès surprise autour du football américain, ou encore Les Lois de l’attraction), mais aucun rôle ne parvient à effacer totalement Dawson. Alors il décide de jouer avec cette image. Dans la série Don’t Trust the B—- in Apartment 23 (2012-2013), il interprète… James Van Der Beek, une version fictive, narcissique et hilarante de lui-même. C’est un virage malin. Il montre qu’il est conscient du regard du public, qu’il sait détourner son propre mythe.
Ce goût pour le second degré le rapproche d’une nouvelle génération de spectateurs qui n’ont pas connu la diffusion originale de Dawson’s Creek, mais qui découvrent la série en streaming. Là où certains auraient fui leur passé télévisuel, lui l’embrasse, le cite, le transforme en matériau comique. C’est une manière élégante de survivre à la nostalgie.
Un acteur, mais aussi un homme
Au fil des années, James Van Der Beek s’éloigne du tumulte hollywoodien. Marié, père de plusieurs enfants, il s’installe un temps au Texas, privilégiant une vie plus simple. Sur les réseaux sociaux, il partage des réflexions personnelles, parle de paternité, de deuil, d’épreuves familiales. L’image du jeune premier laisse place à celle d’un homme plus introspectif.
Il participe à des émissions comme Dancing with the Stars, où il surprend par son engagement et son énergie. Là encore, il ne cherche pas à réécrire son passé mais à montrer une autre facette. Son parcours n’est pas celui d’une ascension fulgurante vers les sommets du box-office, mais plutôt celui d’un acteur qui navigue entre héritage et réinvention.
Ce qui frappe chez lui, c’est une forme de lucidité. Il sait qu’il restera, pour beaucoup, Dawson Leery. Il ne lutte plus contre cela. Au contraire, il accepte que ce rôle ait marqué une époque, qu’il fasse partie de la mémoire collective des années 1990, au même titre que les génériques chantés à tue-tête et les débats amoureux interminables au bord d’un quai.
Une trace dans la culture populaire
Alors, qui était — ou plutôt qui est — James Van Der Beek ? Un acteur révélé par une série culte. Un visage associé à l’adolescence romantique de la fin du XXe siècle. Mais aussi un comédien capable de se réinventer, de rire de lui-même et d’assumer son statut d’icône générationnelle.
Dans un paysage audiovisuel où tout va vite, où les héros d’hier sont remplacés en quelques saisons, il représente une forme de continuité. On ne regarde plus Dawson’s Creek comme en 1998. On la regarde avec distance, parfois avec ironie, souvent avec tendresse. Et au centre de cette mémoire se tient toujours James Van Der Beek, silhouette longiligne, regard intense, persuadé que la vie mérite d’être filmée comme un grand récit.
Peut-être que c’est cela, au fond, son héritage : avoir incarné l’idée que nos émotions, même les plus naïves, méritent d’être prises au sérieux. Et dans un monde saturé de second degré, cette sincérité-là n’est pas la moindre des qualités.