A l’approche du printemps, les ponts et autres fêtes vont revenir, à commencer par la traditionnelle fête des mères. D’où vient cette fête ?
Chaque année, au printemps, des millions d’enfants et d’adultes célèbrent la fête des mères. Si aujourd’hui cette célébration est souvent associée aux bouquets de fleurs et aux colliers de nouilles, son histoire est bien plus profonde et complexe qu’une simple opération commerciale. Pour comprendre d’où vient cette tradition, il faut remonter le temps, des cultes antiques aux mouvements féministes du XXe siècle.
Les racines antiques : Le culte de la fertilité
L’idée de célébrer la maternité ne date pas d’hier. Dans l’Antiquité, de nombreuses civilisations rendaient déjà hommage aux figures maternelles, souvent à travers le prisme de la divinité.
- En Grèce antique : On célébrait Rhéa, la mère des dieux (notamment de Zeus). Ces festivités printanières marquaient le renouveau de la nature et la fertilité.
- À Rome : Les « Matronalia » honoraient Junon et les mères de famille. Plus tard, le culte de Cybèle, la « Grande Mère », donnait lieu à des célébrations spectaculaires appelées les Hilaria, se déroulant lors de l’équinoxe de printemps.
Ces rites n’étaient pas encore la « fête des mères » telle que nous la connaissons, mais ils posaient les bases d’un hommage rendu à la source de la vie.
Le Moyen Âge et le « Mothering Sunday »
Avec la montée du christianisme, ces célébrations païennes ont été transformées. En Europe, l’hommage à la mère est devenu symbolique : on célébrait la « Mère Église ».
Au Royaume-Uni, dès le XVIe siècle, est apparu le Mothering Sunday. Le quatrième dimanche du Carême, les fidèles retournaient dans leur « église mère » (celle où ils avaient été baptisés). C’était l’un des rares moments de l’année où les domestiques et les apprentis recevaient un congé pour retrouver leur famille. En chemin, ils cueillaient des fleurs sauvages pour les offrir à leur propre mère, faisant glisser la tradition du religieux vers le familial.
L’influence américaine : Anna Jarvis et le combat pour la paix
L’histoire moderne de la fête des mères prend un tournant décisif aux États-Unis à la fin du XIXe siècle, porté par deux femmes visionnaires.
- Julia Ward Howe : En 1870, après les horreurs de la guerre de Sécession, elle rédige la Proclamation de la Journée de la Mère. Son idée était politique : elle appelait les mères du monde entier à s’unir pour promouvoir la paix et empêcher que leurs fils ne s’entretuent.
- Anna Jarvis : C’est elle qui est considérée comme la véritable fondatrice de la fête actuelle. En 1905, à la mort de sa mère (une militante qui avait créé des clubs de travail pour mères), Anna jure de créer une journée nationale pour honorer le sacrifice des mamans.
Après une campagne acharnée, le président Woodrow Wilson officialise en 1914 le « Mother’s Day » le deuxième dimanche de mai. Ironie de l’histoire : Anna Jarvis passera la fin de sa vie à combattre le mercantilisme de cette fête, désolée de voir les fleuristes et les confiseurs transformer son hommage sincère en opportunité de profit.
L’arrivée de la fête en France : entre natalité et mérite
En France, la genèse est un peu différente. Si Napoléon avait déjà évoqué l’idée d’une fête des mères en 1806, il faut attendre le début du XXe siècle pour que des initiatives voient le jour, notamment dans l’Isère.
L’objectif était alors très politique : lutter contre la dépopulation. Après les pertes massives de la Première Guerre mondiale, il fallait encourager la natalité. En 1920, le gouvernement crée la « Journée des mères de familles nombreuses ».
C’est toutefois sous le régime de Vichy, en 1941, que le Maréchal Pétain officialise la « Journée nationale des mères » avec le slogan « La famille, cellule essentielle de la société ». Après la Seconde Guerre mondiale, la tradition est maintenue mais débarrassée de son idéologie d’origine. La loi du 24 mai 1950 dispose définitivement que « la République française rend officiellement hommage chaque année aux mères françaises ».
Une fête plurielle
Aujourd’hui, la fête des mères est célébrée dans le monde entier, bien que les dates varient (mai en France et aux USA, mars au Royaume-Uni ou au Liban). Si le côté commercial est indéniable, l’essence de la fête demeure : un moment de pause pour reconnaître le rôle émotionnel, éducatif et social de celles qui nous ont donné la vie ou nous ont élevés.
Qu’elle vienne d’un mythe grec, d’un décret présidentiel ou d’un mouvement pacifiste, elle reste l’une des rares traditions qui unit l’humanité autour d’un sentiment universel : la reconnaissance envers la figure maternelle.