Mercredi 15 avril au soir, le journaliste David Dufresne a déchiré son contrat le liant à la maison d’édition Grasset, propriété de Vincent Bolloré, sur le plateau de C ce soir. Ce geste fort a été accompagné d’une vague de départs de 115 auteurs.
C’est une page qui se tourne pour les 115 auteurs qui appartenaient à la maison d’édition Grasset. Ces derniers ont annoncé, dans une lettre commune, quitter leur maison en soutien à Olivier Nora. Le licenciement de ce PDG très respecté avait été annoncé ce mardi 14 avril. Parmi les signataires de cette lettre figurent de nombreux poids lourds de la littérature française, tels que Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy et Frédéric Beigbeder. Tous ont exprimé leur mécontentement face à la décision du propriétaire du groupe, Vincent Bolloré :
« Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. Et nous sommes 115. Les éditions Grasset étaient notre maison, particulière, car s’y côtoyaient pacifiquement des autrices et des auteurs qui n’étaient pas d’accord sur grand-chose. Olivier Nora en a été le rempart et le ciment par son élégance morale, sa disponibilité et son engagement », ont-ils tous écrit.
Une guerre idéologique entre la maison Grasset et ses auteurs
Dans leur lettre, l’ensemble des auteurs pointent du doigt une « atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale ». Le départ du PDG historique serait lié, selon Les Échos, à la publication du prochain livre de Boualem Sansal. Olivier Nora et Vincent Bolloré, auraient eu un désaccord concernant la date de publication d’un nouvel ouvrage. Ce nouveau livre serait consacré à la détention de l’écrivain en Algérie.
Quoi qu’il en soit, dans leur lettre commune, l’ensemble des signataires mettent en valeur Olivier Nora. Tous le décrivent comme le « ciment » d’une maison d’édition qui acceptait et abritait des opinions diversifiées. Au-delà du choc que ce licenciement représente pour Grasset, les signataires évoquent un désastre pour le monde littéraire. « Plus on s’approchait de 2027, plus c’était inévitable. Vincent Bolloré ne tolère jamais, dans son univers, quiconque ayant des positions antagonistes aux siennes. Il l’a fait chez Hachette avec Arnaud Nourry, chez Fayard avec Sophie de Closets et maintenant avec Olivier Nora. »
Un exemple de la stratégie Bolloré ?
Bien que nous n’identifiions pas directement la raison du licenciement d’Olivier Nora, nous connaissons d’ores et déjà son successeur C’est Jean-Christophe Thiery, le PDG de Louis Hachette Group qui reprendra le poste de PDG de la maison Grasset. Ce dernier a fait carrière pour l’État, dans le corps préfectoral puis au ministère des Finances. Le milliardaire le recrute ensuite pour constituer Bolloré Média en 2001.. C’est lui qui a notamment lancé Direct 8, aujourd’hui devenue C8. Pour l’ensemble de la presse spécialisée, ce remplacement n’est pas anodin. Il suit un schéma typique de la galaxie Bolloré. À un an de la prochaine élection présidentielle, Vincent Bolloré recompose les différentes équipes du groupe. Il en avait fait de même chez i-Télé, aujourd’hui devenue CNews, ou encore chez Europe 1 : l’ensemble des acquisitions du milliardaire ont été suivies de réorientations idéologiques.
Ce vendredi 17 avril, le Festival du livre s’ouvrira dans une atmosphère pour le moins tendue. Tous se demandent alors quelle direction prendra le monde de la littérature et quel sera l’avenir du PDG à succès, Olivier Nora.