Heureuse et brillante productrice, Iris Bucher revient avec une nouvelle série, L’été 36, dans la collection du Bazar de la charité et Les combattantes.
Eté 1936, Nice. Effarée, la bourgeoisie en villégiature, habituée à la Côte d’Azur et à ses privilèges raffinés, voit débouler de nouveaux vacanciers, profitant des premiers congés payés. Dans cette effervescence où deux mondes se côtoient sans chercher à se comprendre, quatre femmes de milieux différents vont se retrouver mêlées à un meurtre dans le très chic hôtel Riviera. Un crime qui va bouleverser leur vie de famille, amoureuse et professionnelle.
Le choix de la « Bulle de Bonheur »
On se pose forcément la question au moment de lancer une nouvelle saison après Le Bazar de la Charité et Les Combattantes : par quoi commence-t-on ? Est-ce le choix de la période ou le destin des femmes que l’on veut raconter ?
Iris Bucher : La toute première question, c’est effectivement la période. Avec TF1, on a effleuré l’idée de la Seconde Guerre mondiale, un terrain d’histoire incroyable, mais c’est un sujet déjà tellement traité au cinéma et à la télé. En revanche, entre 14-18 et 39-45, il n’y a rien de saillant, hormis ce fameux été 36, le Front populaire et les premiers congés payés. J’ai proposé cette idée et elle a été acceptée avec joie. C’est une parenthèse, une petite bulle de bonheur qui ne dure pas longtemps avant l’éclatement du conflit en 1939.
C’est un cadre moins « dramatique » que la guerre, comment avez-vous gardé l’intensité des saisons précédentes ?
LIris Bucher : En faisant un pas de côté avec le « Murder Mystery Case ». Cela apporte un aspect ludique tout en gardant l’ADN de la série : des femmes fortes, émancipées ou en train de l’être. On a cette enquête menée par François-Xavier Demaison, dans le rôle du commissaire Ravenne, qui nous permet d’avoir le meilleur des deux mondes : le destin social et le suspense policier.
L’école Agatha Christie
Le format de ce « Whodonit » semble d’ailleurs particulièrement bien coller à votre casting…
Absolument ! C’est le plaisir d’Agatha Christie : repérer des visages connus dans des rôles iconiques, de nos quatre jeunes femmes jusqu’à Miou-Miou en grand-mère un peu revêche. Le mot « amuser » est la clé. C’est noble de divertir les gens, que ce soit dans leur salon ou sur leur téléphone dans le métro, tout en faisant passer des messages subliminaux sur la condition de la femme.
On sent une vraie passion pour ce genre policier chez vous.
C’est ma lecture favorite depuis que j’ai 9 ou 10 ans. Pour la petite histoire, quand j’ai commencé à apprendre le français — qui n’est pas ma langue maternelle — je lisais des traductions d’Agatha Christie. Je savais qu’en achetant ces livres, j’irais jusqu’au bout parce que je voulais absolument savoir qui était le tueur.
Est-ce vrai qu’il faut écrire l’histoire à l’envers pour que cela fonctionne ?
Exactement, sinon vous vous prenez les pieds dans le tapis. Il faut connaître la fin pour dérouler le fil, sinon la résolution paraît tirée par les cheveux. C’est un travail colossal pour les autrices, Marie Deshaires et Catherine Touzet, qui se sont fait des « nœuds au cerveau » pour faire coexister l’enquête et la chronique féminine sur six épisodes. C’est du Tétris de longue haleine pour ne perdre aucun personnage en route.
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Un casting de rencontres
Parlons du quatuor. Vous vouliez recréer celui des Combattantes, mais le destin en a décidé autrement ?
J’ai réussi à moitié avec Julie (de Bona) et Sofia (Essaïdi). Pour Audrey Fleurot et Camille Lou, c’était simplement une question d’emploi du temps, on ne pouvait pas faire « rentrer des ronds dans des carrés ». Mais cela a permis de belles rencontres. Constance Gay a été une évidence pour son côté espiègle et dynamique. Elle apporte une modernité bienvenue qui ne dénature pas 1936. Pour Nolwenn Leroy, elle dégage quelque chose de très « terre-à-terre » qui colle parfaitement à cette gouvernante s’étant forgée par le travail.
Et autour d’elles, vous avez renouvelé tout l’univers.
C’est ma maxime : entre chaque opus, on change tout le monde autour du noyau central. Miou-Miou, c’est une chance immense, elle est si rare à la télévision. Elle joue cette bourgeoise sûre de ses privilèges avec une force incroyable. Et je suis tout aussi fière des jeunes, comme Antoine Simoni et Victoria Hébert, ou de Patrick Ridremont, qui a une présence et une voix fantastiques dans le rôle du directeur d’hôtel obséquieux. Sans oublier Constance Dollé ou Simon Ehrlacher … honnêtement, ils mériteraient tous qu’on s’attarde sur eux.
Vers de nouveaux horizons
Une dernière question. Après avoir exploré le passé sous un angle féministe, seriez-vous tentée par le futur ?
Carrément ! J’en parlais justement avec les comédiennes. La science-fiction, la dystopie, c’est un challenge que j’aimerais relever. Imaginer un monde qui n’existe pas encore… pourquoi pas un matriarcat ? Un monde où les femmes commandent et où les hommes rament. Je vais y réfléchir sérieusement, ça pourrait être pas mal !