« Il ne faut pas politiser le sport ». C’est ce qu’a déclaré Emmanuel Macron à quelques jours de la Coupe du Monde de football au Qatar en 2022. Un raisonnement qui pose question depuis plusieurs années. Le sport ne serait-il pas une arme, un moyen d’exercer du soft power sur d’autres pays ? Comment cela pourrait être contré ? Est-ce que le sport peut être apolitique et neutre ? Est-ce que le sport est au-dessus des conflits ?
C’est ce que Michael Tapiro (Fondateur de la Sports Management School, SMS) et Christian Harbulot (Fondateur de l’Ecole de Guerre Economique, EGE), ainsi que toute une équipe ont essayé de comprendre dans leur livre, Le sport au-dessus des conflits, l’arbitre d’un monde sous-tensions ?
Pour les auteurs, la brèche s’est ouverte en 2022, lors de l’invasion russe sur le territoire ukrainien. L’exclusion de la Russie et de la Biélorussie en tant que nation a été un nouveau point de basculement dans le monde sportif, dans une ère (faussement) uniformisée. « Cela a mis en évidence le lien étroit entre le sport et la politique, illustrant comment les événements sportifs peuvent devenir des plateformes pour exprimer des positions géopolitiques. » (page 34, 2e colonne, 3e paragraphe, du livre).
Les attaques du 7 octobre ont envenimé la situation sur ce lien entre sport et géopolitique. En 2024, le monde comptait 61 conflits dans le monde. En 2026, le chiffre a fortement augmenté en passant à 110.
Une ère (faussement) unifiée
La fracture d’une ère unifiée post chute du mur n’a pas aidé. Les conflits actuels du Moyen-Orient ont mené à l’annulation de deux grands prix de Formule 1 au Bahreïn et au Qatar pour des raisons de sécurité. Une grande première dans l’histoire de ce sport. La Coupe du Monde 2026 se déroule entre le Canada, le Mexique et les Etats-Unis. Les matchs d’ouvertures et premiers matchs se dérouleront aux Etats-Unis. Une localisation qui déplait fortement à l’Iran, en conflit actuellement avec les Etats-Unis. Le 30 avril dernier, les dirigeants de la FIFA (fédération internationale de football association) de la Palestine et d’Israël n’ont pas souhaité poser ensemble sur une photo. Plusieurs athlètes ukrainiens refusent de poser avec d’autres athlètes russes lors de photos officielles. Cela se produit notamment lors de podium lors de grandes compétitions internationales telles que les Jeux olympiques.
Les matchs France-Angleterre ou France-Algérie, pour ne citer que ces exemples démontrent qu’une forme de rivalité et de revanche due au passé historique existe. Lors du match de hockey sur glace Etats-Unis, Danemark, il y a eu une tension particulière. Donald Trump estime que le Groenland (territoire appartenant au Danemark, situé au nord du Canada) doit appartenir aux Etats-Unis. Ce type d’événements est un impact direct du soft power du sport exercé par les nations, et cela, à l’encontre du choix des athlètes.
Un autre exemple de soft power est l’organisation de grandes compétitions internationales dans son pays. Devenir le prochain pays hôte d’une coupe du monde et/ou des Jeux olympiques et paralympiques démontre une forme de puissance supérieure aux autres, notamment une force économique. Le sport est utilisé comme une arme pacifique. Organiser un événement d’une telle envergure est déjà considéré comme une victoire par le monde politique. Ces manifestations permettent de renforcer la présence d’un état sur la scène mondiale. Le monde sportif est alors dans une impasse.
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Quelles solutions ?
La solution pour refermer ce lien étroit serait-il le retour à une neutralité ? C’est ce que les deux chercheurs préconisent afin de réduire, voire de couper ce lien entre sport, politique et soft power par conséquence. Cela implique de mettre de côté ce qui peut être jugé comme de vie personnelle et de vie privée (avis politiques, appartenance religieuse et croyances, etc.).

Ainsi, la disqualification du skeletoneur ukrainien Vladyslav Heraskevych, des jeux d’hiver de Milan-Cortina est un premier pas. Cette disqualification est due au port d’un casque rendant hommage aux victimes de la guerre menée par la Russie. Un symbole contraire au règlement olympique impliquant une contradiction avec la charte olympique qui interdit tout signe ou symbole politique. Le sport se doit d’être un trait d’union apolitique entre les nations et les athlètes comme nous pouvons le comprendre dans cet ouvrage.
Changer l’histoire
La prise de parole de Victor Wembanyama (basketteur français évoluant dans le championnat américain, la NBA) sur la politique anti-migratoire (ICE) menée aux Etats-Unis serait donc à éviter. Il dit être « horrifié » par les actions menées.
En 2005, Didier Drogba (ancien joueur et capitaine de l’équipe de football Ivorienne) n’aurait donc pas dû faire ce discours pour demander la fin de la guerre civile en Côte d’Ivoire. Pourtant, ce discours a été massivement diffusé par les médias du pays pendant plusieurs semaines, et même plusieurs mois. Cette prise de parole du capitaine des Eléphants a permis un accord de cesser le feu et d’apaiser en partie la crise traversée par le pays depuis 2002.
Le sport peut-il alors empêcher des guerres en étant neutre ? Le sport peut-il être entièrement neutre et libéré de tout soft power quand l’histoire et l’actualité entrent en jeu ?