Le 20 mai 2026, Thales a réalisé avec succès les premiers tirs d’essai de son lanceur X-Fire, un nouveau système de frappe longue portée terrestre développé en partenariat avec Soframe. Un baptême du feu discret, mais dont les implications dépassent largement le cadre d’un simple test industriel.
Ce qu’on sait techniquement sur le X-Fire
𝗫-𝗙𝗶𝗿𝗲: first successful test firings! Developed by Thales and Soframe, this versatile system has proven its readiness for long-range strikes. A new step towards French independent capability. More info: https://t.co/EQ8shxtDF8 #Defence #Thales pic.twitter.com/x3Wu9YZJjM
— Thales Group (@thalesgroup) May 26, 2026
« Polyvalent, interopérable et extrêmement mobile », Le X-Fire se distingue par une capacité rare. Il est capable de tirer une large gamme de munitions, souveraines comme étrangères, pour des frappes en profondeur au-delà de 150 kilomètres. Sur le plan de la mobilité, il repose sur un véhicule 8×8 agile et compatible avec la flotte logistique de l’armée de Terre. Il embarque un récepteur GNSS antibrouillage TopStar Smart Receiver et une centrale inertielle TopAxyz. Deux systèmes qui garantissent un haut niveau de robustesse opérationnelle.
Le lanceur s’intègre au système ATLAS, l’outil d’automatisation des tirs que l’armée de Terre utilise déjà avec ses canons CAESAr. Pour les premiers essais, Thales a utilisé la roquette à induction X-Fum de 68 mm, déjà éprouvée sur l’hélicoptère de combat Tigre. C’est un avantage concret pourles forces peuvent s’approprier le lanceur dès maintenant, sans attendre la munition définitive. À terme, le X-Fire tirera la munition balistique souveraine FLP-t 150, développée avec ArianeGroup. L’ensemble du système doit être opérationnel avant 2030.
Les enjeux géopolitiques derrière l’élaboration de ce lance-missiles
Le X-Fire ne se comprend pas sans son contexte. La Loi de programmation militaire 2024-2030 a fait de la succession des LRU une priorité nationale. Elle privilégie explicitement une solution souveraine. L’urgence est réelle, le LRU permet à l’armée de Terre de frapper à 70 kilomètres de profondeur. Il devient obsolète dès 2027. Son successeur n’est pas encore officiellement choisi puisque La FLP-t 150 ne sera pas prête avant 2030. Les LRU, eux, ne tiendront pas jusque-là et c’est précisément ce vide que le X-Fire vise à combler.
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La tentation de se tourner vers des solutions étrangères existe. Le HIMARS américain, le Chunmoo coréen ou le PULS israélo-allemand sont dans les arsenaux de plusieurs grandes nationes européennes. Si la France optait pour l’une de ces options, les consortiums français deviendraient challengers sur leur propre marché. Des solutions comme le Pinaka indien et le Chunmoo sud-coréen, moins chères et disponibles rapidement, soulèvent des questions de souveraineté industrielle que Paris ne peut pas ignorer.
C’est là que le X-Fire joue une carte décisive. Thales met en avant une chaîne de production 100% française, sans contrainte ITAR. Un argument de poids. Dépendre de Washington pour des composants militaires critiques est de plus en plus perçu comme un risque stratégique. La décision finale appartient au gouvernement. Un comité ministériel d’investissement est attendu cet été pour trancher entre les deux consortiums français en lice. Thales/ArianeGroup d’un côté. MBDA/Safran et leur roquette Thundart de l’autre. Le gagnant empochera l’ensemble de la mise.
Le X-Fire, futur levier d’exportation ?
Si le X-Fire décroche le contrat français, l’histoire ne s’arrêtera pas là. Un premier achat en urgence pour remplacer les LRU permettrait de lancer la production. Et d’ouvrir des perspectives à l’export. Une augmentation des équipements est envisagée dans la prochaine LPM 2030-2036. Au Sénat, le sénateur Cédric Perrin pousse pour 26 lanceurs en 2030 et 52 en 2035.
Le X-Fire cristallise un enjeu qui dépasse la technique. Celui de savoir si la France sera capable, dans les prochaines années, de frapper loin avec ses propres outils. Sans dépendre de personne.