Un Français sur trois a connu une pénurie de médicaments au cours des douze derniers mois, selon un sondage Norstat pour Cheplapharm publié fin août. Et lorsqu’il faut choisir entre prix bas et disponibilité des traitements, les Français tranchent largement en faveur de la seconde. Les 16-25 ans figurent même parmi les plus disposés à accepter un léger surcoût pour sécuriser les approvisionnements.
Devoir faire plusieurs pharmacies pour trouver un traitement n’a plus rien d’exceptionnel. Au cours des douze derniers mois, 33 % des Français déclarent avoir été confrontés à l’indisponibilité d’au moins un médicament, pour eux-mêmes ou pour l’un de leurs proches. Chez les 26-45 ans, cette proportion atteint même 36 %. Dans la plupart des cas, la pénurie se traduit d’abord par une recherche un peu plus longue : 73 % des personnes concernées ont dû solliciter plusieurs pharmacies avant de trouver leur traitement. Mais pour plus d’un quart d’entre elles, les conséquences ont directement touché le soin. Le médicament a été commencé plus tard, temporairement interrompu ou, dans certains cas, arrêté.
Ces difficultés ne sont pas sans effet sur la confiance des patients. Parmi ceux qui ont déjà connu une pénurie, 84 % redoutent désormais qu’un médicament dont ils ont besoin puisse devenir indisponible, contre 45 % chez ceux qui n’ont jamais été confrontés à cette situation. Au total, 58 % des Français partagent aujourd’hui cette inquiétude.
La disponibilité devient plus importante que le prix
C’est sur ce point que le sondage apporte l’un de ses enseignements les plus intéressants. Interrogés sur les médicaments dits « matures » –ces traitements utilisés depuis longtemps, souvent sortis de leur période de brevet, peu coûteux mais toujours indispensables pour de nombreuses maladies courantes, chroniques ou graves – les Français ne font plus du prix le seul critère.
Lorsqu’ils doivent choisir entre conserver des tarifs très bas et mieux garantir la disponibilité de ces traitements, 81 % privilégient la seconde option. Parmi eux, 42 % accepteraient que l’Assurance maladie les paie légèrement plus cher pour sécuriser leur approvisionnement et 39 % souhaitent également qu’ils soient produits, au minimum, en Europe. Seuls 19 % préfèrent maintenir leur prix actuel, même si cela signifie que leur disponibilité ne peut pas toujours être assurée.
Ce résultat est loin d’être anodin. Les médicaments concernés coûtent souvent quelques euros seulement et sont précisément ceux sur lesquels les politiques de maîtrise des dépenses ont longtemps cherché à réaliser des économies. Mais lorsque des produits essentiels deviennent moins rentables à fabriquer, ou que leur production dépend d’un nombre limité de sites et de fournisseurs, la recherche du prix le plus bas peut finir par entrer en tension avec la sécurité d’approvisionnement.
Le sondage montre ainsi que les Français semblent accepter de revoir cet arbitrage, à condition que l’effort demandé reste mesuré et qu’il serve effectivement à rendre les traitements plus disponibles.
Les 16-25 ans sont parmi les plus favorables à cet effort
Cette évolution est particulièrement nette chez les plus jeunes. Alors que l’on pourrait imaginer une génération très sensible au coût de la santé et à la dépense publique, les 16-25 ans se montrent au contraire parmi les plus disposés à accepter un surcoût lorsque celui-ci permet de sécuriser l’approvisionnement.
Ils sont ainsi 83 % à considérer qu’un médicament essentiel peut coûter un peu plus cher à l’Assurance maladie si cela permet d’en garantir la disponibilité, contre 75 % pour l’ensemble de la population. Ils sont également 81 % à accepter un tarif plus élevé lorsque le médicament est produit en France ou dans l’Union européenne.
Cette disposition ne signifie pas pour autant que les Français sont prêts à accepter n’importe quelle hausse. 77 % ne se disent favorables à un prix supérieur que s’il s’accompagne d’engagements précis sur la production, les stocks et la continuité d’approvisionnement. Le principe est donc moins celui d’une augmentation générale des prix que celui d’un échange : accepter un effort collectif limité en contrepartie d’une meilleure sécurité.
« Un médicament mature n’est pas un médicament du passé. C’est un traitement qui continue d’être prescrit, utilisé et nécessaire aux patients », souligne Caroline Jacquin, directrice générale de Cheplapharm France, qui estime que les résultats du sondage traduisent une attente de garanties beaucoup plus concrètes sur la disponibilité des traitements.
La pénurie semble ainsi avoir changé la manière dont les Français, et notamment les plus jeunes, regardent le prix des médicaments. Le traitement le moins cher n’est plus nécessairement celui qui paraît le plus souhaitable si, au bout de la chaîne, il devient plus difficile à trouver.