Nommée directrice générale de l’ESPCI Paris-PSL, Emmanuelle Gouillart arrive à la tête d’une école qui doit conjuguer excellence scientifique, innovation et transformation de la formation des ingénieurs. L’intelligence artificielle, la transition écologique et la place des femmes dans les sciences feront partie de ses priorités.
Une nouvelle page s’ouvre pour l’ESPCI Paris-PSL. Emmanuelle Gouillart a été nommée le 26 juin à la direction générale de cette grande école parisienne, connue pour sa formation scientifique exigeante et son goût pour la recherche expérimentale. Physicienne de formation, elle entend désormais faire évoluer l’établissement sans renier ce qui fait sa singularité : le dialogue permanent entre physique, chimie, biologie et innovation.
Installée rue Vauquelin, dans le 5e arrondissement de Paris, l’ESPCI forme depuis 1882 des ingénieurs généralistes. L’école revendique une pédagogie dans laquelle la théorie ne reste jamais très loin du laboratoire. Elle est aussi adossée à un centre de recherche reconnu et intégrée à l’Université PSL.
Une scientifique entre recherche et industrie
Le profil d’Emmanuelle Gouillart n’est pas celui d’une dirigeante éloignée des laboratoires. Spécialiste des matériaux et des interfaces entre recherche académique et recherche industrielle, elle s’est également investie dans les outils scientifiques ouverts. Son travail autour du traitement d’image et de l’écosystème Python, notamment scikit-image, témoigne d’un parcours à la croisée de la recherche, du numérique et du partage des connaissances.
Cette double culture devrait peser dans les orientations de l’école. L’un des enjeux annoncés consiste précisément à renforcer les liens entre recherche fondamentale, innovation et monde socio-économique. Autrement dit : continuer à produire de la science de haut niveau, tout en accélérant sa transformation en solutions concrètes.
Former des ingénieurs à l’heure de l’IA
La question de l’intelligence artificielle sera incontournable. Comme toutes les grandes écoles, l’ESPCI doit intégrer ces outils dans ses enseignements sans réduire la formation à leur simple maîtrise technique. L’enjeu est aussi d’apprendre aux futurs ingénieurs à comprendre leurs limites, leurs conséquences et les choix de société qu’ils impliquent.
Pour Emmanuelle Gouillart, l’évolution de la formation devra répondre à la fois aux attentes des étudiants et aux mutations du monde professionnel. Les ingénieurs de demain devront savoir travailler entre plusieurs disciplines, dialoguer avec des chercheurs et des entreprises, mais aussi mesurer l’impact environnemental et social des technologies qu’ils développent.
Une école face aux grandes transitions
La transition écologique occupera elle aussi une place centrale. Énergie, matériaux, santé, climat : les grands défis contemporains ne se laissent plus enfermer dans une seule discipline. L’ESPCI veut donc renforcer une science décloisonnée, dans laquelle physiciens, chimistes et biologistes travaillent ensemble.
Cette approche correspond à l’ADN historique de l’établissement. Six prix Nobel sont associés à l’histoire de l’école, de Pierre et Marie Curie à Pierre-Gilles de Gennes. Un héritage prestigieux, mais qui oblige aussi l’ESPCI à regarder vers l’avenir et à rester attractive dans une compétition scientifique devenue internationale.
Rendre les sciences plus ouvertes
L’arrivée d’Emmanuelle Gouillart ouvre enfin un chantier plus large : celui de l’égalité, de la diversité et de la place des femmes dans les sciences. Malgré des progrès, les filières scientifiques et technologiques restent encore marquées par de forts déséquilibres.
L’ESPCI devra donc agir sur plusieurs fronts : susciter des vocations, diversifier les profils recrutés et rendre les parcours scientifiques plus lisibles auprès des jeunes. La nouvelle directrice présentera plus précisément sa vision et ses priorités lors d’une conférence de presse organisée le 6 octobre sur le campus parisien.
À l’heure où les écoles d’ingénieurs doivent repenser leurs formations aussi vite que les technologies évoluent, la feuille de route s’annonce dense. Pour Emmanuelle Gouillart, le défi sera clair : préserver l’excellence scientifique de l’ESPCI tout en l’ouvrant davantage aux transformations de son époque.