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On a vu pour vous … « Les disparus des Argonnes », une mini série brillante et bouleversante

Lors du dernier Festival de la Fiction TV, Les disparus des Argonnes a reçu le prix de la meilleure série (drama/suspense). Et on ne peut que comprendre ce prix pour une série qui va forcément faire parler.

Le combat de Jocelyne Veyrades, une mère de famille modeste dont le fils, Gilles, disparaît en 1981 lors d’une permission pendant son service militaire. Les autorités évoquent une désertion, mais Jocelyne refuse de croire à cette explication. Elle pense que quelque chose de beaucoup plus grave s’est produit. Au fil des années, d’autres jeunes appelés disparaissent dans des circonstances similaires. Face au silence de l’institution militaire et à l’inaction de la justice, Jocelyne rejoint d’autres familles frappées par le même drame. Ensemble, elles brisent le mur de l’indifférence et mènent une lutte acharnée pour faire entendre leur voix.

MEILLEURE SERIE DRAMA / SUSPENSE

L’essentiel

Les disparus des Argonnes est une mini série adaptée du roman éponyme de Julie Peyr qui a participé à l’écriture du scénario aux côtés de Mary Arnaud et Safy Nebbou (ce dernier réalise aussi les 4 épisodes de la série). Scindée en deux parties d’égales importances, la série se focalise dans les deux premiers épisodes sur le point de vue et la recherche de la famille de l’un des disparus, notamment les parents incarnés par Alix Poisson et Vincent Deniard ; une seconde partie (épisodes 3 et 4) ajoute le point de vue de la soeur du suspect arrêté (Anne Charrier), ainsi que le processus judiciaire qui se joue. A ces acteurs s’ajoutent Cyril Lecomte dans le rôle du tueur présumé ou encore Mehdi Nebbou en animateur d’une émission spécialisée dans le true crime. Enfin, notons la partition musicale de Sonia Mohammed-Cherif, une remarquable compositrice.
A La Rochelle, le jury a craqué pour cette mini série mais ce prix est-il justifié ?

On aime ?

Au delà de ce que l’on pouvait attendre ou imaginer, Les disparus des Argonnes est une série brillante, remarquable en tous points et se révèle l’une des meilleures séries que l’on a vu depuis longtemps, dans la veine de L’affaire Laura Stern ou Sambre. Un drama humain sous fond de true crime qui donne envie de simplement se détourner de l’obscénité de certaines productions américaines pour mieux profiter du traitement humainement fort d’une série comme celle-là.

A l’instant où l’on entre dans la série jusqu’à sa conclusion, on est traversé par tous les sentiments humains possibles à commencer par une émotion forte véhiculés par des personnages simples et donc puissants. Le couple incarné par Alix Poisson et Vincent Deniard est vraiment bouleversant, elle mère courage dotée d’une force incroyable (y compris quand elle confronte la soeur du bourreau présumé de son fils) et lui dévasté et incapable de faire face à ce qui arrive), campés par ces deux comédiens absolument fascinants de bout en bout, notamment Alix Poisson qui trouve ici un de ses très grands rôles (sans occulter la puissance de jeu de Deniard, aussi bouleversant qu’imposant physiquement).
Vincent Deniard nous expliquait d’ailleurs à ce propos :

« Jocelyne est dans l’action, dans le combat. Fernand, c’est le contrepoint exact : un homme simple, pudique, qui ne sait pas se battre, qui est totalement désarmé, impuissant, et qui finit par sombrer dans l’alcool, la colère et l’effondrement. En tant qu’acteur, c’est passionnant à jouer, d’autant plus que je faisais couple avec Alix, que je connaissais déjà. Et puis, je suis moi-même père de deux garçons, donc il y a une transposition qui se fait très facilement. C’est affreux, d’autant que le drame absolu dans cette vraie histoire, c’est que les victimes n’ont pas toutes été retrouvées. Comment faire son deuil dans ces conditions ? On ressent une sacrée responsabilité pour être le plus sincère et le plus vrai possible, afin de rendre hommage à ces familles.« 

Face à eux, la magistrale Anne Charrier incarne la troublante Dominique, sœur du tueur, à la personnalité border, y compris dans sa propension à refuser de voir jusqu’à la fin l’évidence. Les disparus des Argonnes c’est avant tout ça : un face à face puissant entre deux femmes, un face à face troublant tant pour les personnages que pour le spectateur. Et au milieu, Cyril Lecomte est absolument terrifiant de normalité dans le rôle de ce criminel qui est et restera insaisissable.

Les disparus des Argonnes : un festival de trouvailles

La perfection n’existe pas mais Les disparus des Argonnes est tout de même de ces petits miracles qui arrivent si peu, si rarement. En se focalisant sur l’humain plutôt que sur le sensationnel, la série est l’anti « Monstre » de Netflix. Elle creuse les failles de celles et ceux qui restent jusqu’à ce que l’on soit pleinement rincé. Accompagné de la réalisation brillante de Safy Nebbou, la série plonge le spectateur dans un réalisme cru, malaisant comme dans un monde à part (à l’image du plateau télé de Mehdi Nebbou, un show sensationnel comme Témoin n°1, qui serait un peu comme la « loge rouge » de Twin Peaks, hors du réel, c’est assez perturbant).

L’émotion est pleinement organisée dans deux premiers épisodes qui sont une réussite manifeste, aidée par la sublime partition musicale de Sonia Mohammed-Cherif, bouleversante, enivrante, avant de basculer, comme la série, dans quelque chose de plus âpre, de plus sale, à la fin de l’épisode 2 quand la musique vrille, à mesure que l’horreur n’apparaisse avec l’ouverture d’un coffre de camionnette. Et la suite bascule progressivement dans l’horreur, l’émotion n’est jamais oubliée et redevient même centrale en se combinant avec l’horreur des révélations.

Rarement un tel true crime ne nous avait autant étonné, bouleversé, retourné et même terrorisé en même temps. Les disparus des Argonnes est une mini série brillante qui fera date et constituera un marqueur puissant pour la suite.

About author

Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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