« 5 exercices pour relever ta poitrine », « le programme pectoraux qui remplace le lifting » : les réseaux regorgent de promesses. Problème : le sein n’a pas de muscle. Voici ce que le sport, les crèmes et les brassières peuvent réellement faire pour une poitrine qui tombe, et ce qui relève de la chirurgie.
Le malentendu de départ : le sein n’est pas un muscle
Pour comprendre pourquoi une série de pompes ne remonte rien, il faut regarder ce qu’il y a dans un sein. De la glande, de la graisse, une enveloppe de peau et de fins ligaments qui suspendent l’ensemble à la paroi du thorax. Pas une fibre musculaire. Le muscle pectoral, lui, est derrière le sein, plaqué contre les côtes.
Muscler ses pectoraux, c’est donc épaissir le socle sur lequel le sein repose. Cela peut donner un peu plus de relief au décolleté, en particulier chez les femmes minces. Mais cela ne remonte ni l’aréole, ni la glande qui a glissé sous le pli du sein. C’est comme rehausser une étagère : les livres restent à la même place dessus.
Pourquoi une poitrine tombe (et pas toujours à 50 ans)
Les médecins parlent de ptôse mammaire, du grec « chute ». Le mécanisme est toujours le même : la peau et les ligaments se distendent, le sein descend, l’aréole suit. Ce qui les distend n’est pas mystérieux. Une étude américaine a passé au crible 132 patientes venues consulter pour une poitrine tombante et a isolé les facteurs réellement en cause : l’âge, le nombre de grossesses, une perte de poids importante (plus de vingt kilos), un indice de masse corporelle élevé, un gros bonnet de départ et le tabac, qui abîme les fibres élastiques de la peau.
Deux résultats de cette étude vont à l’encontre de ce qu’on lit sur les réseaux. Premièrement, l’allaitement n’est pas en cause : ce sont les grossesses elles-mêmes, avec leur alternance de gonflement et de dégonflement du sein, qui distendent la peau, pas le fait de donner le sein. Deuxièmement, les femmes qui ne faisaient pas d’exercice du haut du corps n’avaient pas plus de ptôse que les autres. Autrement dit, ni le sport ne protège, ni son absence ne condamne.
Résultat : une femme de 25 ans peut avoir une poitrine qui tombe après une grossesse, un régime réussi ou simplement parce qu’elle a une poitrine volumineuse depuis l’adolescence. Ce n’est ni une anomalie, ni une faute d’entretien.
Et le sport, lui, peut-il faire tomber les seins ?
C’est l’autre crainte, en sens inverse. Pendant une course, le sein bouge de plusieurs centimètres à chaque foulée, dans toutes les directions, et cette oscillation est douloureuse pour beaucoup de femmes. Une équipe de l’université de Portsmouth, spécialisée dans la biomécanique du sein, a montré qu’une brassière de sport adaptée réduit fortement ces mouvements et, surtout, l’envie d’abandonner la séance. Ce qui est démontré, c’est donc le confort et l’assiduité. Ce qui ne l’est pas, c’est qu’une brassière empêche le sein de tomber à long terme : on n’a pas de preuve solide dans un sens ou dans l’autre. Portez-en une pour courir sans douleur, pas par peur de « casser » vos ligaments.
Crèmes, gummies, fils tenseurs : le « lifting sans chirurgie » ne fonctionne pas
« Il n’existe pas de lifting mammaire sans chirurgie », tranche le Dr Samuel Struk, expert en chirurgie mammaire à Paris. Aucune crème « raffermissante » ne remonte un sein : elle hydrate la peau, ce qui est agréable, mais n’agit pas sur ce qui a glissé. Les fils tenseurs, proposés par certains cabinets, ne tiennent pas le poids d’une poitrine et ne la remontent pas. La radiofréquence, les ultrasons ou les LED ne déplacent ni la glande ni l’aréole ; aucune étude sérieuse n’a montré qu’ils corrigent une ptôse. Ces offres font perdre du temps et de l’argent, et retardent parfois de plusieurs années une consultation utile.
Ce qui remonte vraiment : la mastopexie
La seule intervention qui replace un sein tombant, c’est le lifting mammaire, que les chirurgiens appellent mastopexie. Le principe est simple à expliquer : on retire l’excès de peau, on remodèle la glande pour la remonter et on repositionne l’aréole à la bonne hauteur. Le volume, lui, ne change pas, sauf si l’on ajoute un implant ou une injection de graisse pour les patientes qui trouvent aussi leur poitrine trop petite.
Le prix à payer, ce sont les cicatrices : autour de l’aréole au minimum, souvent verticale sous celle-ci, parfois dans le pli sous le sein quand la peau en excès est importante. Elles mettent environ un an à s’éclaircir. L’opération se fait en ambulatoire, sous anesthésie générale, et demande environ une semaine de repos avant de reprendre le travail, puis quatre à six semaines sans sport. Elle n’est jamais remboursée par l’Assurance maladie, et comme il s’agit d’une intervention esthétique, aucun arrêt de travail ne peut être prescrit : il faut poser des congés.
À 25 ans, faut-il se faire opérer ou attendre ?
Trois questions à se poser avant de consulter, parce qu’elles changent la réponse :
- Un projet de grossesse à court terme ? Mieux vaut attendre : une grossesse après l’opération peut défaire une partie du résultat.
- Un poids stable ? Un lifting réalisé au milieu d’un régime n’a pas de sens ; la peau va continuer à se relâcher.
- Le tabac ? Il augmente nettement le risque de mauvaise cicatrisation et abîme la peau qu’on vient de retendre. Les chirurgiens exigent l’arrêt un mois avant et un mois après.
Et si vous consultez, vérifiez que le praticien est inscrit à l’Ordre des médecins avec la qualification en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique. C’est la seule spécialité formée à cette intervention.
En bref
Le sport est excellent pour la posture, le dos et le moral, mais il ne remonte pas une poitrine, parce que le sein n’a pas de muscle. Ce qui fait tomber les seins, ce sont les grossesses, les variations de poids, le tabac et le temps. Quand l’affaissement est là, le « lifting sans chirurgie » ne fonctionne pas : la seule réponse est chirurgicale, et elle se discute avec un chirurgien qualifié, pas avec un algorithme.
Sources
- Rinker B, Veneracion M, Walsh CP. Breast ptosis: causes and cure. Ann Plast Surg. 2010;64(5):579-584. https://doi.org/10.1097/SAP.0b013e3181c39377
- Risius D, Milligan A, Berns J, Brown N, Scurr J. Understanding key performance indicators for breast support: an analysis of breast support effects on biomechanical, physiological and subjective measures during running. J Sports Sci. 2017;35(9):842-851. https://doi.org/10.1080/02640414.2016.1194523
- Société française de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique (SOFCPRE), fiche d’information « Ptôse mammaire » : https://www.plasticiens.fr
- Annuaire de l’Ordre des médecins : https://annuaire.conseil-national.medecin.fr