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[EDITO] : Affaire Théo, la police se porte mal

L’épisode d’Aulnay-sous-Bois n’est que la dernière manifestation d’une escalade de violence entre la police et les habitants des quartiers populaires. Diagnostic du sentiment croissant de méfiance envers les forces de l’ordre.

#JusticePourThéo, mais aussi pour les policiers agressés à Viry-Chatillon. Les victimes des violences et des dérapages policières d’un côté, les forces de l’ordre qui se sentent de moins en moins en sécurité de l’autre. Les épisodes de violence de ces derniers mois démontrent que les relations entre la police et les jeunes des banlieues se dégradent visiblement, et les débordements ne se limitent pas à l’année 2017…

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  • Le 18 mai 2016, une voiture de la police avec deux agents à bord est incendiée après avoir été attaquée par des casseurs. C’est bien la preuve de la montée d’un sentiment de « haine anti flic », ce que les policiers dénoncent depuis des mois.
  • A Viry-Chatillon, quatre membres des forces de l’ordre sont blessés le 8 octobre 2016 par des tirs de cocktails Molotov. Suite à cette agression, les policiers se mobilisent et démontrent leur ras-le-bol avec des manifestations nocturnes sur les Champs Elysées.

L’agression au cocktail molotov à Viry-Chatillon avait engendré des manifestations policières massives.

  • La mort d’Adama Traoré lors d’un contrôle d’identité en juillet 2016, en des circonstances obscures, déclenche des manifestations citoyennes qui réclament que lumière soit faite sur cette affaire controversée.
  • L’affaire Théo n’est que le dernier d’une série d’affrontements : une interpellation qui dérape en violence, trois policiers poursuivi pour violences volontaires en réunion et un quatrième mis en examen pour viol. Le jeune a affirmé avoir été victime d’insultes racistes, crachats, violences. Les banlieues se mobilisent, ainsi que les associations, et le hashtag #JusticePourThéo se répand sur les réseaux sociaux.

Les bavures policières, aussi bien que les violences que les forces de l’ordre subissent de plus en plus souvent, sont le fait d’une minorité devenue agressive ? Ou seraient-elles le signe d’un malaise croissant entre les citoyens et la police ?

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Les policiers épuisés, les périphéries négligées

Il est évident que les forces de l’ordre sont épuisées. Après les attentats de Charlie Hebdo, le renforcement du plan Vigipirate et les attaques de novembre 2015, les policiers ont du se charger du maintien de la sécurité pendant l’Euro de foot. L’état d’urgence, reconduit à plusieurs reprises, cause une pression énorme aux agents, qui sont en permanence mobilisés en raison du manque d’effectifs. Les policiers accumulent les missions et les heures de travail, dans un climat de danger continu qui requiert une endurance psychologique importante. Dans certaines zones de la périphérie des métropoles, ils sont perçus comme des « ennemis ». Et les débordements de certains jettent le soupçon sur l’ensemble de la catégorie qui est, à son tour, victime de violences…

Les quartiers deviennent en effet de plus en plus problématiques. Ces zones délaissées, où l’intégration sociale et culturelle est difficile, se transforment souvent en « no man’s lands », des zones où les agents de police ne peuvent pas rentrer sans être menacés ou agressés.

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Les policiers, de leur côté, se sont parfois livrés à des dérapages. Au cours des dernières années, plusieurs épisodes ont été caractérisés par un usage disproportionné de la force de la part des forces de l’ordre, ce qui a souvent amené à des mobilisations citoyennes pour dénoncer l’agressivité des « flics ». Les autorités et les syndicats de police ont cependant tendance à minimiser ces incidents, ce qui ne fait qu’alimenter le sentiment d’impunité des forces de l’ordre.

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Aulnay-sous-Bois, l’amer constat d’un rapport dégradé

Les politiques, quant à eux, ne se mêlent pas trop de l’affaire d’Aulnay-sous-Bois. Mis à part des commentaires stériles et des soutiens timides à Théo, ils préfèrent éviter de rentrer dans un débat épineux pour ne pas fâcher les policiers qui, selon les derniers sondages, sont majoritairement acquis à Marine Le Pen…

Et pourtant, les policiers sont essentiels à l’Etat, en tant que représentants de l’autorité publique sur le terrain. Ces agents, dont le lien avec la population est « central dans le pacte républicain » selon le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, ne peuvent pas être délaissés par l’Etat. Mais, de son côté, la police ne dois pas être exempte de toute critique.

Les émeutes de ces derniers mois ne peuvent pas être considérées comme étant des épisodes isolés. Au contraire, elles sont le signe d’une profonde fracture entre certaines zones périphériques et la police. L’affaire Théo n’est qu’un symptôme d’un mouvement bien plus ample, qui a commencé avec les réactions à la mort de Rémi Fraisse en 2014 : un sentiment de défiance vis-à-vis des forces de l’ordre qui ne doit pas se pérenniser. Douze ans plus tard, le fantasme des émeutes de 2005 continue de hanter la France.

Crédit photo à la Une : europe1

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Rédactrice en chef adjointe du service Politique - International Rédactrice en chef "Les Snipers de l'Info" Etudiante en Droit - Sciences politiques
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