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Une Assemblée Nationale de Jeunes ? Pourquoi pas ?

François Hollande a fait de la jeunesse une des priorités de sa présidence. Du contrat de génération aux emplois d’avenir, en passant par la réforme des rythmes scolaires, le devenir des jeunes générations a été une thématique largement débattue au Palais Bourbon ces deux dernières années. Mais qu’en pensent les principaux intéressés ?

Personne ne le sait vraiment, car il n’existe pas en France d’institution chargée de représenter les 13-18 ans. Pour pallier ce manque de représentativité, Valentin Dreumont, Marc-David Emont et Karim Lemond, tous trois âgés de 16 à 17 ans, ambitionnent de créer une Assemblée Nationale des Jeunes (ANJ). Rencontre.

RADIO VL : Bonjour à vous Valentin, Marc-David et Karim. Vous êtes venus nous parler de votre projet qui est de créer une Assemblée nationale des jeunes. Est-ce que vous pouvez  nous le présenter plus en détail ?

Marc-David : L’Assemblée nationale des jeunes c’est un projet qui vise à créer un texte de loi,  et créer une nouvelle institution pour la jeunesse, comme les conseiller régionaux de jeunes, et comme également différents exemples à travers l’Europe, comme par exemple le Parlement de Grande Bretagne dont la tranche d’âge est de 11 à 18 ans. Et  nous nous aimerions faire une institution allant de 13 à 21 ans.

Avec quels objectifs et quelles modalités ?

Marc-David : L’objectif principal c’est de permettre à la jeunesse d’avoir ses propres représentants et de débattre deux fois par an minimum à l’Assemblée nationale de tous les thèmes qui concernent les jeunes, c’est-à-dire l’éducation, l’enseignement, etc. [Ces députés jeunes seraient élus] pour un mandat de deux ans, au suffrage universel direct. Les modalités seront également préparées en fonction des conseils des élus que nous rencontrons, et avec lesquels nous collaborons, car évidemment il faut que cette institution tienne juridiquement.

Quels seraient vos pouvoirs ? Comment vous rempliriez vos objectifs ?

Marc-David : En étant une institution…

Je veux dire vous auriez un budget, vous voteriez les lois, ou vous donneriez juste un avis consultatif ?

Marc-David : C’est d’abord en discuter et donner notre avis à titre consultatif, c’est-à-dire que le gouvernent peut s’il le souhaite prendre en compte notre avis et tout le monde votera pour dire s’il est d’accord ou non avec les réformes que le gouvernement compte prendre par rapport à la jeunesse. Par exemple à propos des rythmes scolaires, la jeunesse est parfaitement en droit et a la devoir de s’exprimer pour dire si cette réforme est oui ou non utile.

Les camarades vous avez quelque chose à ajouter ?

Valentin : L’ANJ [l’Assemblée nationale des jeunes] s’exprimerait plutôt sur les grands thèmes de l’éducation, du sport, etc. C’est pour ça qu’on va travailler avec les conseillers des ministres concernés. Déjà on aura rendez-vous avec un(e) ministre et ses conseillers. Et comme l’a dit Marc-David, on va essayer de vraiment collaborer avec les conseillers régionaux jeunes pour permettre d’avancer.

Vous comptez parler juste d’éducation et de sport ? Vous n’auriez pas votre mot à dire sur des réformes économiques ou sociétales ?

Marc-David : Si bien évidemment parce que dans les réformes économiques, l’éducation a une très grande part. On sait tous que dans le budget, l’Éducation nationale a une part considérable. Donc évidemment on sera obligé de parler d’économie quelque part.

Mais si les questions économiques dont on parle ne touchent  pas les questions d’éducation…

Valentin : Ça dépendrait de l’avis l’Assemblée nationale et du gouvernement. On pourrait, mais peut-être qu’ils ne voudraient nous laisser la parole sur de grandes questions économiques et de l’Union européenne par exemple.

Du coup vous ne seriez pas complètement indépendants. C’est-à-dire qu’en fait le gouvernement décidera un peu de votre agenda. C’est-à-dire qu’il vous soumettra des questions propres à la jeunesse. L’éducation, la culture, le sport…C’est un peu dommage, à mon sens.

Karim : Je pense qu’on peut être ouvert à tous les thèmes, après c’est clair qu’on aura des thématiques, des points et des domaines qui seront plus intéressants, et surtout plus importants au niveau de la jeunesse, donc éducation, sport, culture, etc. Mais après comme on l’a dit tout ce qui va  être économique, ou plus politique à proprement parlé, ce sont des thèmes et des domaines qu’on peut pas passer sous silence et qu’on évitera pas. Mais en tant que jeunes on peut pas encore savoir si les élus de l’Assemblée, ou le gouvernement accepteront qu’on en discute avec eux ou qu’on intervienne.

Ce serait quoi la plus-value de l’Assemblée nationale des jeunes ?

Marc-David : Nous apporterions notre pierre à l’édifice des institutions de la République, mais en complétant. Il y a le parlement des enfants, qui va jusqu’à 13 ans. Mais de 13 ans à la majorité, il n’y a absolument rien. Aucune institution représentative. Et ce serait disons de permettre d’attirer l’attention de la population française sur la jeunesse. C’est-à-dire qu’elle ait vraiment la possibilité de s’exprimer pour elle et pas que ce soient seulement des députés de l’Assemblée nationale qui aient intérêt à parler de la jeunesse. Le but c’est vraiment que la jeunesse est une place à part entière et reconnue.

Valentin : Ce serait une institution pour les jeunes et par les jeunes en quelque sorte.

Donc vous entendez avec cette institution représenter la jeunesse. Ça fait peut-être faussement intello de dire ça, mais qu’est-ce que c’est la jeunesse. Est-ce que c’est simplement une question d’âge ? Ou est ce qu’il y a aussi une question de sa place dans la société ? De quelle jeunesse on parle ?

Valentin : On en a longtemps débattu et on en débat encore au sein de l’ANJ. Il y a notamment eu une question sur notre groupe de travail : faut il élargir la tranche d’âge ? On a rencontré des députés qui nous ont dit 18 ans c’est l’âge pour devenir député, être  éligible, etc., donc ça serait plus dur à passer. Mais il y a des gens entre 18 et 25 qui ne sont pas vraiment représentés par leur député. Puisque la plus jeune c’est Marion Maréchal Le Pen qui a 23 ans il me semble. Donc ça permettrait franchement d’ouvrir vraiment une grande porte pour ceux qui veulent être représentés par les députés jeunes et les députés normaux.

D’accord mais pourquoi est-ce que selon vous il faut une ANJ ? Parce qu’il faut défendre les intérêts de la jeunesse. Vous dites que la limite d’âge [de la jeunesse] c’est 21 ans. Mais par exemple est-ce que quelqu’un de 23 ans, et qui est étudiant, a quitté la jeunesse, alors qu’il est encore complètement dépendant de ses parents ? Alors qu’à l’inverse quelqu’un qui  a arrêté l’école à 16 ans et qui a commencé à travailler à 18 en fait toujours parti. Vous voyez ce que je veux dire ?

Marc-David : C’est-à-dire que malheureusement nous devons  aborder le sujet de manière arbitraire. Nous sommes obligés de faire un choix. En effet la notion de jeunesse peut même aller jusqu’à 30 ans. Mais dans le  cadre d’une institution, on est obligés de prendre des modalités concrètes, nous sommes obligés de prendre une limite. Et on table sur 21 ans de façon arbitraire hélas. Évidemment si nous le pouvions, nous aimerions aller plus loin. Mais étant donné qu’il y a une assemblée qui est censée les représenter, ce serait prendre le rôle de l’Assemblée. Donc le critère ce serait uniquement l’âge et pas le statut d’étudiant par exemple. On peut imaginer qu’au-delà de 21 ans les jeunes sont plus proches de la représentation qu’offre la députation adulte.

Peut-être. Mais c’est la question que je  posais justement. Si c’était le cas ou non. Concernant votre projet, où en est -il. Quels soutiens avez-vous ?

Valentin : On a des représentants à peu près sur toute la France. On essaye de le quadriller le plus possible. La Bretagne vient d’arriver dans le projet. Donc on a des représentants bretons qui eux vont s’adresser à des députés et ils vont prendre des rendez-vous pour avoir leur soutien. Des députés qu’on a déjà rencontrés ont envoyé des lettres à Bartolone [le Président de l’Assemblée nationale, ndlr],  pour montrer qu’on a leur soutien.

Il y a combien de députés qui ont clairement affiché leur soutien à votre projet ?

Marc-David : Il y a Jean-Marc Germain, que nous avions rencontré à Clamart.

Il est de quel parti ?

Marc-David : Du PS. Et puis nous avions rencontré Patrick Bloche, le président de la commission parlementaire chargé des questions éducatives et culturelles, qui s’est chargé d’envoyer un courrier à Claude Bartolone pour lui parler de notre projet. Ce sont donc deux députés socialistes. Nous avons également du côté de l’UMP Franck Riester que nous devrions rencontrer dans peu de temps, en janvier normalement. Et puis Valérie Pécresse était intéressée par le sujet.

Malheureusement nous  n’avons pas beaucoup de réponses concrètes. C’est-à-dire que nous faisons énormément de démarches. Peu aboutissent. Mais le peu est déjà pas mal. Après nous avons les conseillers jeunesse de Madame George Pau-Langevin [ministre déléguée à la réussite éducative, ndlr] que nous rencontrons le 21 janvier prochain pour discuter de notre projet et éventuellement que l’on aille faire un projet de loi. Nous avons deux possibilités. Soit la proposition de loi à l’origine de la commission parlementaire qui est concernée, soit un projet de loi avec le ministère concerné. Le ministère de l’Éducation ou le ministère de la Jeunesse

Et ça aurait des chances d’aboutir ?

Marc-David : Nous le souhaitons. Nous sommes extrêmement déterminés. Évidemment nous savons que les modalités concrètes seront très difficiles [à mettre en place]. Car mettre en place une institution jeunesse c’est un projet extrêmement ambitieux. Nous comptons absolument  faire aboutir ce projet.

Parce que vous savez que vous êtes pas les premiers à essayer. Qu’est qui peut faire la différence cette fois-ci ?

Marc-David : C’est le fait que dans notre équipe nous réunissons des jeunes de tous bords politiques. C’est-à-dire que nous rassemblons des gens de droite, de gauche, même des jeunes communistes…

Même cela ! Et de l’extrême droite ?

Marc-David : Non.

Karim : Plus !

Marc-David : Mais malgré toutes les différences d’opinions politiques, nous arrivons à travailler ensemble, et à faire abstraction de nos propres opinions parce que nous sommes soucieux de l’intérêt général . Et c’est ça qui fera la différence. Par rapport à notre propre image, montrer que bien que nous ayons des opinions différentes nous y arriverons.

C’est très intéressant. Moi j’ai participé à un Conseil régional des jeunes et on avait aussi dans l’idée de mettre de côté nos idées politiques. Ça revient un peu trop souvent sur la table. C’est vrai il faut s’y attendre. 

D’ailleurs, est-ce que les députés jeunes afficheront leurs liens avec des partis politiques, comme on voit à l’assemblée ?

Marc-David : En réalité les partis politiques n’ont pas vraiment leur place dans cette institution car ce ne serait qu’une simple copie de l’Assemblée nationale adaptée à la jeunesse et ce n’est pas du tout l’intérêt. On aimerait que cette jeunesse puisse proposer des choses, donner son avis sur des réformes, mais vraiment pour l’intérêt de la jeunesse en général et non pas à des fins électorales.

Donc ça veut que tous les jeunes devraient rendre leur carte de membre du parti auquel ils appartiennent?

Marc-David : Non. On ne peut pas empêcher que des jeunes veuillent se regrouper sous la même bannière parce qu’ils ont les mêmes valeurs et les mêmes idées. On ne pourra jamais l’empêcher, même si nous créons une institution, et que nous voulons être apolitiques. Nous ne pourrons pas empêcher des jeunes d’afficher leurs propres opinions, même si on ne pourra mettre dans cette institution des groupes UMP ou des groupes PS. Ça me semble évident.

Est-ce que vous avez déjà rencontré Claude Bartolone ?

Marc-David : Non pas encore. Nous aimerions le rencontrer en personne. Dans un premier temps, nous faisons nos démarches étape par étape. Déjà son chef de cabinet pour commencer à collaborer. Puis dans un deuxième temps éventuellement aller jusqu’à rencontrer Claude Bartolone. Et nous envisageons de réunir tous les jeunes quoi sont sur Paris et qui s’occupent du projet en conférence à l’Assemblée nationale pour le diffuser le plus possible et inviter les représentants des différents mouvements  politiques jeunes, comme par exemple le MJS [PS] et les Jeunes Populaires [UMP]. Ainsi que les élus qui le souhaitent.

En dehors de ceux qui ont affiché leur soutien avec votre projet, est ce qu’il y a des députés avec lesquels vous êtes en contact?

Marc-David : Nous sommes en contact avec peu d’élus…

Juste ceux dont tu nous as parlé ?

Marc-David : Oui. Après nous faisons beaucoup de démarches, mais nous n’avons pas beaucoup de contacts.

Deux petites questions. Est-ce qu’à 13 ans on est capable de donner des avis sur des politiques nationales. Et deuxième question, cette assemblée comment elle va fonctionner. Tu ne nous as pas tout à fait répondu tout à l’heure. Elle va s’exprimer sur des projets de lois, sur l’avant projet de loi…? Et troisième question. Est-ce qu’à 18 ans on peut aussi donner son avis sur des politiques nationales ?

Marc-David : Pour répondre à votre première question je pense que dès 13 ans on commence petit à petit à prendre conscience du monde politique, même si ça semble toujours très éloigné. Dans notre équipe nous avons un jeune de 14 ans qui représente la Bretagne et qui est très intéressé par la politique. Après c’est une question d’éducation, c’est-à-dire que tous les jeunes  n’ont pas cet intérêt pour la politique. Mais justement nous aimerions leur ouvrir cette voie et que des jeunes de 13 ans soient de plus en plus nombreux à pouvoir s’exprimer. Concernant les modalités, ce serait par rapport aux projets de lois du gouvernement évidemment avant qu’il ne demande aux commissions parlementaires de s’en occuper. Nous comptons mettre en place des commissions parlementaires jeunes, chargé des différents domaines. Une commission aux sports…

Purement consultatif…

Marc-David : Oui. Consultatif.

Pour les modalités tu parlais de suffrage universel direct. Donc il y aurait des campagnes, des professions de foi ? Des appels aux votes…

Marc-David : Tout à fait. Nous aimerions que tous les candidats qui le veuillent puissent faire une profession de foi, se présenter, et leur profession de foi serait affichée dans le plus d’établissements possibles, qu’ils soient publics ou privés d’ailleurs, parce que ça concerne toute la jeunesse et pas seulement la jeunesse qui est scolarisée dans l’Éducation  nationale. Et donc il reviendra à tous les lycéens, collégiens concernés, et même étudiants selon leur lieu de scolarisation, de prendre part au vote.

Mais du coup il y aurait « des affrontements » entre des personnes pour un seul poste. 

Marc-David : Ben c’est vraiment notre objectif. Faire comprendre à la jeunesse ce qu’est le monde politique. Et le monde politique c’est fait d’affrontements et de débats d’idées.

Quelles sont vos prochaines échéances ?

Valentin : Comme on vous l’a dit on a plusieurs rendez-vous au mois de janvier. On veut aussi devenir une Junior Association, et on va devoir rendre notre dossier le 30 janvier. Ensuite une commission étudiera le dossier et va approuver ou non la création de notre association.

Donc déjà à la fin du mois vous y verrez un peu plus clair.

Marc-David : C’est-à-dire que nous savons que pour aboutir à un texte de loi ça prendrait énormément de temps, peut-être un an. Et pour ça il faut qu’on ait un vrai statut, pour être coordonné. Mais d’après les gens que nous avons rencontrés, concernant la création de notre junior association, nous avons 90% de chances d’avoir une réponse favorable de la part de la commission.

Propos recueillis par Nathan Grimmer, Valentin Dupuy, et Alexandre Cordier

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