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C’était en 1981 … le lancement de Hill Street Blues, la série qui va changer la télévision américaine

En 1981, à la faveur du lancement d’une nouvelle série américaine, Hill Street Blues, la télévision américaine va devenir celle que l’on connaît aujourd’hui. Comment a été créée cette série iconique ?

C’est l’un grands noms de la télévision américaine et pourtant, totalement oublié de la jeune génération. Steven Bochco a pourtant transformé en profondeur la télévision et les séries en créant des programmes qui ont durablement changé la manière d’écrire et de concevoir les séries. Au rang desquels on trouve la série Hill Street Blues lancée en 1981.

Un contexte favorable : MTM et son Mary Tyler Moore Show

The Mary Tyler Moore Show a connu 7 saisons et fut produite par la toute jeune société de production MTM, fondée par l’héroïne de la série, Mary Tyler Moore, et son mari, Grant Tinker. Quand la série se termine en 1977, ils peinent à réitérer le même succès avec d’autres comédies et comprennent donc qu’il est sans doute temps de se tourner vers d’autres formats, des dramas d’une heure.

Ainsi, la MTM produit Lou Grant, spin off dramatique de Mary Tyler Moore Show avec Ed Asner. Mais la MTM se penche aussi à démarcher de nouveaux auteurs, parmi eux, le jeune Steven Bochco qui officie depuis plusieurs années chez Universal (il a écrit des épisodes de Columbo et notamment retravaillé le pilote de la série L’homme de fer). 

Quitter une maison comme Universal pour une société de production indépendante comme MTM ? Il faudrait être fou. Pourtant c’est précisément ce que Steven Bichoc va faire. Il faut dire qu’il reçoit un coup de fil d’un de ses amis en 1977, Stu Erwing, qui a lui aussi pris cette décision. Et comme Steven bocho le dit dans ses mémoires, ça tombe bien car il déteste Universal où il se sent prisonnier, sachant pertinemment qu’il sera très difficile pour lui de créer ses propres séries avec les dirigeants actuels. Il explique donc qu’il va quitter Universal quand son contrat va expirer en 1978. Pile quand la société MTM va diversifier sa production séries avec des formats d’une heure. Steven Bocho doit les rejoindre lui et Grant Tinker qui dirige MTM. Son avocat négocie avec eux un contrat sur 3 ans de 250 000€, une somme rondelette sans être excessive par rapport aux standard de l’époque.

A peine a-t-il quitté Universal que Steven Bochco se rend au siège de MTM à Studio City (les mêmes bureaux que CBS), et va rencontrer Grant Tinker : « Que voulez-vous que je fasse comme séries ?” Et Tinker a eu cette formidable réponse : “Nous ne sommes pas allés vous chercher pour que vous fassiez les séries que l’on veut, mais pour faire celles que vous souhaitez faire”.

Un nouveau champs des possibles avec Hill Street Blues

A la fin de l’année 1979, alors que la plupart des chaînes ont déjà sélectionné leur pilote pour 1980, Bochco apprend que NBC veut développer une série policière, un job parfait pour celui qui a tant écrit pour ce genre à la télé. La chaîne lui fait donc signer un contrat pour écrire un pilote. Grant Tinker demande à Bochco s’il est d’accord pour travailler sur ce projet avec Michael Kozoll ce qu’il accepte. Ils sont bons amis et ont travaillé ensemble auparavant sur un téléfilm. 

Pour travailler sur ce pilote, Tinker explique à Bochco que Fred Silvermann, le patron de NBC depuis 1978, a vu un film, Fort Apache The Bronx avec Paul Newman et qu’il a aimé la manière que le film avait de montrer à la fois les enquêtes policières mais aussi la vie privée des policiers. L’idéal serait de travailler dans ce sens là pour le pilote. 

Sur cette base, Bochco explique alors à Michael Kozoll qu’il va tenter un coup de poker avec la chaîne. Il va dire à Brandon Tartikoff, directeur des programmes de NBC, qu’ils acceptent tout : une série policière avec une grande place accordée à la vie privée des policiers à une condition : avoir une contrôle et une liberté totale sur la manière de faire la série.

Kozoll est d’accord tout en pensant que jamais personne ne laissera une autonomie totale à des auteurs à la télévision. Bochco pense le contraire car NBC est dans une situation très difficile, loin derrière CBS et ABC. Et il ne se trompe pas : Tartikoff accepte les conditions. Mais l’audace de Bochco ne s’arrête pas là. Quelque jours plus tard, un des lieutenants de Tarikoff, Warren Littlefield (futur Président de NBC), lui demande quand ils vont pouvoir avoir un pitch pour la série. Réponse de Bochco : “Jamais ! Brandon m’a donné carte blanche donc attendez une semaine de plus et vous aurez le script du pilot” Et c’est qui s’est passé : 10 jours plus tard, Kozoll et Bochco arrivent avec le script du pilote de cette série qui s’appelle à l’époque HILL STREET STATION, la vie d’un commissariat de police dans une ville qu’on ne nommera pas pour ne pas être coincé par la vraie vie d’un commissariat existant.

Intransigeant : pas de changement, pas de série ?

Si le script a plu à tout le monde chez MTM et chez NBC, le service en charge du respect des “standards” à la télévision chez NBC, autrement dit la censure a renvoyé 5 pages de notes sur ce qui ne va pas dans le script : ils n’aiment pas le langage, les histoires, trouvent qu’il y a trop d’afro américains dans le rôle des méchants et pas assez de blancs pour contrebalancer, et enfin qu’ils n’étaient pas assez politiquement correct. Ils leur ont simplement dit qu’ils n’allaient faire aucun changement dans leur scénario et donc pas faire ce pilote. Et ils ont quitté leur bureau : ils ont claqué la porte après dix jours de travail.

Autant vous dire que chez MTM, ça n’a pas du tout plu à Grant Tinker qui était hors de lui. Mais quand il a reçu un appel de NBC disant que la chaîne avait besoin de cette série, qu’ils ne pouvaient se permettre de perdre ce projet, Tinker a fait son job de producteur et a couvert son équipe. NBC s’est rangé derrière lui et le projet a repris. 

Quelques semaines plus tard, une fois le pilote tourné, Bochco et son équipe se retrouvent chez MTM pour visionner ce pilote … et c’est un désastre. Rien ne fonctionne, il est trop long il y a trop d’histoires, ça ne va vraiment pas. Tout le monde en a conscience et un silence de mort règne dans la salle de projection. Bochco sait qu’il joue sa carrière sur ce coup et que si il ne fait rien, tout le monde l’aura dans l’os comme on dit familièrement. Et là, nouveau coup de poker, il dit : “Bon c’est super. Ok c’est un peu long, il y a des choses à revoir mais je sais exactement quoi faire pour corriger tout ça”. … En réalité, il n’en a absolument aucune idée mais si lui s’écroule, tout le monde s’écroulera aussi.

Bochco se replonge donc dans ce pilote et il constate qu’il est totalement déséquilibré dans sa construction, avec des actes plus long que d’autres. Et c’est là que son expérience de script doctor chez Universal va lui servir grandement. Il va bouger de éléments d’un acte à un autre, en retirer certains et les garder pour plus tard. 

A l’issu de ce travail fastidieux et une fois l’attente de l’export du nouveau pilote achevé, le pilote est prêt, brillant, avec 4 actes parfaitement équilibrés. Tout le monde chez MTM comme chez NBC étaient ravis du résultat de ce qui allait devenir Hill Street Blues. Plus personne ne parle de faire des changements dans la série.

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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