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Conflit israélo-palestinien : la paix est-elle possible ?

Ces dernières semaines ont vu le bilan des morts s’alourdir sur la bande de Gaza. On estime à plus d’un millier le nombre de victimes qui seraient décédées lors des différentes offensives israéliennes sur le territoire palestinien. Face à une guerre qui chaque jour s’enlise plus, une question demeure : la paix est-elle encore envisageable ?

Depuis le lancement de l’opération « Bordure protectrice » le 8 juillet dernier, une nouvelle page sanglante du conflit israélo-palestinien semble s’écrire sous nos yeux. L’assassinat de trois adolescents israéliens fin juin et d’un adolescent palestinien quelques jours plus tard a ravivé la flamme d’un conflit qui ne s’est jamais réellement éteinte. Depuis quelques jours, en réponse aux tirs de roquette du Hamas, Israël a lancé une offensive terrestre d’envergure après avoir bombardé la bande de Gaza pendant 10 jours. Néanmoins, les nuits dernières, les bombardements ont redoublé en intensité. Hier, une frappe israélienne a touché un marché, tuant 17 personnes et faisant plus de 150 blessés, selon les secours palestiniens.  Dans la nuit de mardi à mercredi, plusieurs obus sont tombés sur une deuxième école de l’ONU, tuant 16 personnes, dont au moins 6 enfants, six jours après le bombardement d’un autre établissement à Beit Hanoun.

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Au mercredi 30 juillet 2014, le nombre de morts palestiniens était au nombre de 1065 personnes, parmi elles 765 civils, dont 229 enfants. Le nombre de décès israéliens est quant à lui de 47 avec 3 civils tués.

Malgré la nécessité d’instaurer un cessez-le-feu, soutenu par le gouvernement égyptien, négociateur de la crise, entre l’Etat hébreu et le Hamas, ce dernier continue de rejeter tout compromis, exigeant la libération de prisonniers et l’ouverture du poste frontalier de Rafa avec l’Egypte. Seules quelques heures disséminées au cours des derniers jours ont donné un peu de répit : celui d’avoir au moins le temps d’évacuer les morts et les blessés du côté palestinien.

Pourtant, l’exigence d’une paix se fait plus prégnante de jour en jour, au fur et à mesure que le nombre de civils morts palestiniens augmente. Lundi, Ban Ki-Moon, le secrétaire général des Nations Unies, a rappelé cette urgence en déclarant qu’il était « temps de déclarer un cessez-le-feu inconditionnel« , et qu’ « au nom de l’humanité, les violences (devaient) cesser. » Mais cette paix tant souhaitée, tant espérée, est-elle possible ?

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Des Palestiniens recouvrent le corps d’un homme, dont la maison a été frappée la nuit précédente d’un bombardement israélien pendant une trêve humanitaire, dans un quartier nord de Beit Hanoun, dans la bande de Gaza. PHOTO/MARCO LONGARI

Un conflit complexe

Pour penser une paix potentielle, il faut comprendre les tenants et les aboutissants d’une guerre qui s’est complexifiée au cours du temps. L’origine même du conflit israélo-palestinien remonte à près de 70 ans lorsqu’après la fin du mandat britannique, en 1947, la Palestine est partagée et qu’un an plus tard l’Etat d’Israël est créé. Depuis cette période, instabilité et conflits ont été le quotidien de cette région du Proche et Moyen-Orient, que ce soit avec des épisodes importants comme la guerre des Six Jours en 1956, la guerre du Kippour en 1967 ou encore les deux guerres du Liban en 1973 et 1982, mais aussi avec les attentats terroristes et autres actions de représailles qui ont parsemé le temps de morts supplémentaires.

Pourtant, nombreuses ont été les tentatives pour imposer une paix. Les occasions se sont présentées au cours des décennies précédentes, notamment avec les accords du Camp David en septembre 1978 entre le président égyptien Anouar El-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin, qui leur ont valu le Prix Nobel de la Paix la même année. Ces accords ont été essentiels dans les tentatives de paix qui ont suivi. Ainsi, la conférence de Madrid en 1991 a conduit aux accords d’Oslo en 1993, accords qui ont posé les premiers jalons d’une paix israélo-palestinienne. Le rôle des Etats-Unis a été déterminant à chacune des rencontres, faisant de ces derniers un acteur diplomatique majeur dans l’histoire du conflit.

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Le Président américain Bill Clinton avec le Premier ministre israélien Ehud Barak, à gauche, et le Président palestinien, Yasser Arafat, à droite, au camp David, le 11 juillet 2000.

Toutefois, l’échec du Sommet du Camp David en juillet 2000 prouve la difficulté de sa résolution. Chacun des deux belligérants refuse de faire un pas en avant, s’estimant être la victime et considérant l’autre comme un agresseur.  Avec la création du Hamas, le Mouvement de résistance islamique, en 1988, la situation devient incontrôlable. Les membres de l’organisation prennent pour cibles aussi bien les militaires que les civils israéliens à coup d’attentats-suicides et de roquettes lancées à la frontière israélo-palestinienne. Les ripostes de l’armée israélienne n’en sont que plus terribles et l’escalade de violence grandit au fur et à mesure des années. En mai 2007, la guerre civile au sein de la bande de Gaza a marqué un changement radical. C’est à la suite de la victoire du Hamas sur le Fatah que les affrontements israélo-palestiniens ont commencé dans cette région.

Aujourd’hui, les opérations menées par Israël contre le Hamas sur ce même territoire laissent l’impression de n’être qu’un épisode de plus à un conflit sans fin. C’est la troisième guerre à Gaza en moins de six ans, après les opérations « Plomb durci » en 2008 et « Pilier de défense » en 2012. En outre, les trêves organisées entre les deux camps échouent à tour de tour. Les accusations de crime de guerre se multiplient contre l’attitude du Tsahal (l’armée israélienne) dans les affrontements. La disproportion des attaques israéliennes est visible. En effet, les bombardements de l’Etat hébreu semblent toucher n’importe quel lieu, que ce soient hôpitaux ou lieux d’habitations, la frontière entre « civils » et « militaires » étant particulièrement floue à Gaza. Toutefois, l’accusation de crime de guerre reste encore à prouver : l’intentionnalité du pays est à démontrer. L’Etat juif prévient de l’imminence de la plupart de ses frappes aux populations palestiniennes via des SMS, des tracts ou encore des messages radio et télé, même si, en réalité, cette précaution ne protège en rien les civils qui renoncent à fuir, se sentant menacés sur tout le territoire gazaouis. De plus, le Hamas lui même est l’objet d’accusations de la part d’Israël, l’Etat hébreu reprochant au groupe terroriste d’utiliser le peuple palestinien comme « bouclier humain ».

Une communauté internationale qui paraît impuissante

« Il faut plus de courage pour faire la paix que pour faire la guerre. » déclarait le Pape François en juin dernier, lors de son voyage en Terre Sainte, en présence du président de l’Etat de Palestine, Mahmoud Abbas. Ses paroles ont l’air pour autant ne pas avoir été entendues. Depuis cette annonce, la violence a recommencé. L’urgence de mettre fin aux combats est d’autant plus essentielle qu’une catastrophe humanitaire se déroule sous nos yeux. Le flot de réfugiés grossit en même temps que les raids aériens et les bombardements détruisent la région de Gaza, où vivent près de 1,8 millions de personnes.

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Le Pape François avec Mahmoud Abbas lors de son voyage en Terre Sainte en juin dernier.

Lundi, lors de son allocution télévisée, Ban Ki-Moon a fait part de cet impératif :

« Si la trêve temporaire de ce week-end a apporté un bref répit aux civils, elle a aussi révélé à quel point les attaques d’Israël ont dévasté les vies des habitants de Gaza. (…) Le nombre de morts ne cesse d’augmenter, plus d’un millier de palestiniens sont morts, majoritairement des civils, dont des centaines d’enfants. Les roquettes du Hamas ont tué 3 civils israéliens. Près de 16 Palestiniens sont morts, 200 ont été blessés lors de l’attaque de l’école de l’ONU à Beit Hanoun. Nous y abritions des familles, des femmes et des enfants, qui s’y étaient réfugiés pour échapper aux combats. Ces combats nous empêchent de condamner les coupables, mais il est impératif qu’ils le soient pour ces crimes odieux. Les habitants de Gaza n’ont nulle part où aller, ils sont piégés et assiégés sur ce bout de terre, occupé par des civils. Chaque maison, chaque école, chaque refuge est devenu une cible. »

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Une enfant palestinienne blessée dans un bombardement est amenée à l’hôpital à Gaza, le 29 juillet 2014. Par France Tv Info, avec AFP et Reuters.

Seulement, malgré les initiatives diplomatiques répétées, notamment celles du secrétaire d’Etat américain, John Kerry, le processus de paix paraît enterré sous un tas de ruines et de cadavres palestiniens. Seuls de fragiles cessez-le feu, peu respectés et surtout conclus pour évacuer les blessés, ont pu être consentis jusqu’alors. Il faut souligner ici le rôle ambigu des Etats-Unis, qui restent un puissant allié d’Israël. En effet, bien qu’il ait appelé rapidement à un arrêt des bombardements, le géant américain a laissé une marge de manœuvre importante à l’Etat hébreu. Mais loin d’être un partenaire indéfectible, le président américain Barack Obama, contrairement à ses prédécesseurs, donne l’impression au Hamas de pouvoir poursuivre les combats plus librement. Ainsi, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou se montre virulent face aux cessez-le-feu qu’on lui impose : ils ne répondent, selon lui, « qu’aux besoins d’une organisation terroriste meurtrière (le Hamas) qui attaque des civils israéliens ».

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Le secrétaire d’Etat américain John Kerry, au palais présidentiel du Caire, le 22 juillet 2014. REUTERS/Charles Dharapak/Pool

On est donc bien face à une impasse, d’autant plus que le Conseil de Sécurité de l’ONU se montre lui même divisé sur la question. Une résolution pourrait être votée afin de mettre fin aux combats, néanmoins, pour que celle-ci soit efficace, il faudrait qu’elle soit accompagnée d’une volonté politique de la faire appliquer. Un nouvel élan de paix doit donc être à nouveau poursuivi si l’on veut que le carnage s’arrête à la frontière de Gaza. Quand interviendra-t-il ? Espérons le dans les prochains jours.

Une solution du côté de la laïcité ?

Selon Frédéric Saint-Clair, dans un article pour le Figaro, la dimension religieuse est à prendre en compte dans l’analyse géopolitique du conflit israélo-palestinien. Pour favoriser la paix entre les deux territoires, il préconise l’établissement de la laïcité au sein de l’Etat juif. En effet, à travers l’expansion du territoire israélien sur les bordures palestiniennes, c’est l’impression de l’extension du judaïsme sur l’islam qui semble s’opérer. Avec les événements des dernières semaines, des heurts inévitables opposant juifs et musulmans sont à envisager: si l’oppression de l’armée israélienne sur la bande de Gaza paraît se muer en oppression juive, la lutte contre les juifs devient légitime pour certains. Or, judaïsme et sionisme doivent être différenciés.

C’est pourquoi, selon le mathématicien, une transition du religieux au politique doit être pensée, la dimension théologico-religieux ne pouvant réellement s’appliquer dans une politique intérieure. Car si Israël ne devient pas un Etat laïc, quoiqu’il fasse, les critiques envers lui se transformeront en réactions antisémites.

L’obligation de vivre ensemble pour les deux territoires sera surement à l’origine d’une action de pacification, et pourquoi pas de laïcisation ?

Une mobilisation mondiale au travers des réseaux sociaux

Loin des bâtiments détruits de la bande de Gaza, les réseaux sociaux se mobilisent aussi en faveur de la paix. Depuis plusieurs jours, le hashtag #JewsAndArabsRefuseToBeEnnemies (Juifs et Arabes refusent d’être ennemis) circule sur Twitter et Facebook et rencontre un certain succès.

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Ainsi, de nombreux couples et familles témoignent de leur mixité et appellent à l’apaisement du conflit. Avec la multiplication des manifestations de soutien, c’est une véritable compassion internationale qui se met en place, compliquant alors la tâche d’Israël, mais aussi du Hamas. Tous deux deviennent les principaux acteurs d’un conflit qui n’a en réalité pas de sens.

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Même certaines célébrités viennent prendre parti. Si Penelope Cruz, Javier Bardem et Pedro Almodavar font du bruit en publiant une lettre ouverte pour dénoncer le « génocide » à Gaza, d’autres comme l’actrice israélienne Gal Gadot, future Wonder Woman au cinéma, prennent position pour le Tsahal et créent un vrai tollé.

La paix, une utopie ?

« Complète utopie » répondent deux experts interrogés par BFMTV.com, Alain Dieckhoff, directeur de recherches au CNRS, et Frédéric Encel, maitre de conférences à Sciences Po Paris. Le conflit s’éternise et montre une forme d’impuissance de la diplomatie. En effet, l’Egypte qui jouait un rôle important du temps de Mohamed Morsi est aujourd’hui un acteur secondaire sous le commandement du général Sissi, au même titre que le Qatar. L’Europe est elle même partagée sur le sujet, certains pays soutenant Israël et d’autres ne voulant pas se prononcer sur la question.

Cependant, l’espoir doit encore être de mise. Renoncer serait condamner à mort les civils palestiniens de la bande de Gaza. « Mieux vaut une mauvaise paix que la meilleure des guerres. » disait Machiavel. Au delà d’une simple citation philosophique, c’est l’urgence d’un accord de cessez-le-feu permanent qui doit être au cœur des débats. Rétablir la paix dans des territoires détruits par la guerre, n’est-ce pas là l’une des missions premières de l’ONU ? Ne serait-ce que pour amener un peu de répit dans un endroit où nombre de victimes n’ont même pas eu le temps de pleurer leurs morts…

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