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Création d’un générique: la musique de Downton Abbey

Sur Radio VL, on reviendra régulièrement sur la fabrication de génériques. On démarre avec John Lunn, compositeur de la musique de Downton Abbey.

Les héritiers de Downton Abbey ayant péri lors du naufrage du Titanic, la famille Crawley se retrouve dans une position délicate, les trois descendantes ne pouvant prétendre au titre de Lord Grantham. Or, le titre, le domaine et la fortune de la famille sont indissociables. Matthew Crawley, nouveau successeur et lointain cousin, arrive à Downton Abbey. Il y découvre un style de vie nouveau, avec des règles très strictes qui régissent la vie entre aristocrates et serviteurs. [youtube id=”j3_E9qVmrV0″]

Nous avons pu rencontrer le grand compositeur John Lunn, quelques heures avant un concert événement donné lors du Festival Série Séries en juillet 2015. Il nous parle de la création de la mythique musique de Downton Abbey.

Quelle a été votre inspiration première pour la création du dorénavant si iconique thème d’ouverture de Downton Abbey ?

Le premier épisode de la série ne contenant pas ce générique, ma première composition a été pour accompagner l’arrivée de M. Bates, seul, dans le train par un solo de piano… Il regarde les nuages avec une certaine émotion et les cordes entrent progressivement. Ensuite, la caméra accompagne les fils télégraphiques qui sont porteurs du message visant à informer Lord Grantham qu’il a perdu ses héritiers dans le naufrage du Titanic… Bien sûr, cette information n’est pas encore dévoilée à ce moment précis mais la musique est justement là pour gagner en intensité et apporter quelques indices émotionnels à propos des événements qui vont suivre. Au final, on découvre un magnifique plan de la maison en parfaite harmonie. Depuis la première image, tout nous destinait à cet instant. Et c’est bel et bien le tout premier morceau que j’ai composé pour la série, en totale progression. Tout de suite après, j’ai enchaîné avec cette scène où les domestiques se lèvent et commencent à tout mettre en place pour le bon déroulement de la journée… Et ça m’a rappelé le train. Comme une même machine bien huilée. De là est né ce motif un peu répétitif, à la fois élégant et pompeux, qui fonctionne très bien à l’image. Dès que j’ai eu terminé ces deux pièces, je savais que nous tenions l’identité musicale de la série. Du coup, j’en ai sorti une version de 30 secondes et ils ont intégré le titre « Downton Abbey » à ce moment-là.

Quelle routine de travail adoptez-vous pour la création musicale de Downton Abbey ?

Je dispose d’environ trois semaines pour finir chaque épisode. Et tous vont comporter leur lot d’inédit, comme de nouveaux personnages pour lesquels je vais devoir composer de nouveaux thèmes. Mais environ 75 % de la musique consiste principalement en de la réécriture. Ce qui ne nous empêche pas de bénéficier de nouvelles sessions d’enregistrement pour chacun des épisodes tournés. Le tout avec un orchestre bien sûr ! Absolument tous les sons sont véritables… En revanche, je prépare toujours, au préalable, un genre de maquettes à partir de sons samplés afin de les faire écouter au producteur exécutif Gareth Neame, de même qu’à la productrice Liz Trubridge, et de recueillir leurs notes. Après quoi, et le cas échéant, je retravaille un peu ma musique. Naturellement, j’interprète ensuite moi-même les sections de piano. Et, voilà, le tour est joué !

John Lunn interrogé avant le concert par Alex Taylor

John Lunn interrogé avant le concert par Alex Taylor

Pensez-vous que, de nos jours, la véritable créativité en matière de musique de film est plus présente à la télévision que dans les salles obscures ?

Je suis d’accord avec vous… Dramatiquement, vous avez tout simplement le temps de vous immerger dans l’intrigue et de mieux cerner les personnages. Cela fait 25 ans que je fais ce métier et, au début, on n’entendait parler que de gros ou grands morceaux… Aujourd’hui, c’est de moins en moins le cas. Le gros de ma mission est d’établir un genre de profil psychologique musical du personnage. Il s’agit véritablement de rentrer dans la tête de quelqu’un. Prenez la plupart des drames historiques que l’on peut voir de nos jours… On ne tourne plus souvent de scènes montrant des carrosses traversant la compagne. Ca a presque disparu… On ne dispose plus du luxe offert par deux à trois minutes de plan large pour concevoir la musique, qui est de plus en plus recentrée sur l’intrigue en elle-même. Certains long-métrages usent encore de cette envergure, de cette grandiloquence qui accompagne l’action. La musique de télévision, de son côté, n’a pas ce même besoin d’être impressionnante. Et je crois que c’est justement là ce qui lui permet d’être si intéressante.

Crédits: ITV/ Vivien Lejeune

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