À la uneFrance

Jérôme Despey (Ceneca) : « Un crève cœur de renoncer aux vaches et à notre égérie pour l’édition 2026 du Salon de l’agriculture »

Le Salon International de l’Agriculture 2026 s’ouvre dans une atmosphère à la fois festive et singulière. Dans les halls de la Porte de Versailles, la France rurale vient à la rencontre d’un public majoritairement urbain, en quête de repères, de saveurs et de vérité sur le monde agricole. Aux commandes de ce rendez-vous incontournable : le CENECA, le Centre National des Expositions et Concours Agricoles, présidé par Jérôme Despey.

Le CENECA est le propriétaire et organisateur de plusieurs grands événements, du Salon du Cheval de Paris au Championnat du Monde du Cheval Arabe, en passant par la copropriété du Concours Général Agricole avec le ministère. Mais sa vitrine la plus connue reste ce Salon International de l’Agriculture, qui attire chaque année plus de 600 000 visiteurs en neuf jours. « C’est un salon grand public, un lieu de débat, d’échange et de rencontre entre ceux qui produisent et ceux qui consomment », résume Jérôme Despey.

Une édition 2026 singulière

L’édition 2026 restera marquée par une absence de taille : celle des vaches. Une maladie touchant les bovins a conduit à l’interdiction de leur présence sur le salon. « C’est un vrai crève-cœur pour le président du salon que je suis. Ne pas avoir de vaches, c’est inhabituel, on a toujours une égérie », confie-t-il. L’égérie annoncée, Biguine, une vache de Martinique, ne foulera donc pas les allées cette année. Pour rendre hommage aux 36 races bovines habituellement présentes, l’affiche du salon en fait un symbole fort, comme un rappel de ce que représente l’élevage bovin dans l’imaginaire collectif.

Pour autant, le salon n’a rien perdu de sa substance. Plus de 3 500 animaux sont rassemblés : ovins, caprins, porcins, chevaux, chiens, chats… Les éleveurs et leurs organismes de sélection sont bien là, pour expliquer leur travail, détailler leurs pratiques, répondre aux questions d’un public souvent en quête de transparence. 2026 est aussi l’année internationale du pastoralisme : démonstrations de chiens de berger, tontes de moutons, présentations de chevaux de trait ponctuent le programme. « Beaucoup d’animations permettent aux visiteurs de se sentir comme d’habitude chez eux, en discutant avec les éleveurs », insiste le président.

Les animaux ne sont toutefois qu’une part du voyage. Le salon déploie toute la diversité des filières françaises : fruits et légumes, viticulture, grandes cultures, productions diversifiées, mais aussi l’incontournable hall des produits du terroir. Là, les régions de l’Hexagone comme des Outre-mer exposent leurs spécialités. « On voit tout le monde avec le sourire. On boit un coup, on mange très bien. C’est ça aussi l’agriculture, c’est ça le salon », se réjouit Jérôme Despey, attaché à cette convivialité qui fait le succès populaire de l’événement.

Perpétuer le dialogue ville- campagne

Mais derrière l’ambiance de fête se joue un enjeu essentiel : le dialogue entre ville et campagne. Le public parisien, majoritaire, vient souvent avec des idées préconçues. Le président du CENECA connaît bien certains clichés : « On m’a longtemps dit : si tu ne travailles pas bien, tu seras agriculteur. Aujourd’hui, c’est totalement faux. » Il décrit une agriculture ultra-technique, fortement numérisée, en pleine mutation. « L’agriculture, c’est des technologies, de l’innovation, de l’informatique. On parle de ferme digitale, de gestion du changement climatique, de nouvelles techniques culturales. C’est un métier de haute technicité. »

Cette modernité est au cœur d’un autre défi majeur : le renouvellement des générations. D’ici 2030, un agriculteur sur deux sera en âge de partir à la retraite. Le thème retenu pour 2026, « Génération solution », illustre cette priorité. Dans les allées, les stands dédiés à la formation, à l’emploi, à l’installation se multiplient, et les lycées agricoles sont très visibles. « Il faut enrayer la baisse du nombre d’agriculteurs, sinon nous serons de plus en plus dépendants des importations« , avertit Jérôme Despey. « Nous préparons la transmission avec les chambres d’agriculture, les écoles, les formations initiales et continues. Beaucoup de salariés se posent la question de venir en agriculture : notre rôle, c’est de les informer et de susciter des vocations« .

Encore faut-il que ces vocations trouvent un avenir économique. Le président du CENECA ne s’y trompe pas : « Le principal enjeu, c’est de dégager des revenus. Sans revenus, il n’y a pas d’installation. » Il dénonce la complexité réglementaire, la « surtransposition » des normes et la « paperasse » qui éloigne les agriculteurs de leurs champs. « Ce qu’ils veulent, c’est produire, pas passer des heures derrière un bureau. » Il appelle à faire confiance aux agriculteurs, rappelant l’essor des certifications environnementales, de la Haute Valeur Environnementale à l’agriculture biologique. À condition que le consommateur accepte de payer le produit à sa juste valeur.

À ceux qui hésitent encore à franchir le pas, Jérôme Despey adresse un message clair : l’agriculture est un « métier de passion ». Un métier où le bureau est « à ciel ouvert », soumis aux aléas climatiques et sanitaires, à la nécessité permanente de s’adapter, mais qui offre une satisfaction unique : nourrir la population. Les journées sont longues, les vacances rares, mais le lien aux animaux, aux plantes, aux saisons reste, selon lui, incomparable.

Privé de ses vaches mais riche de rencontres, d’innovations et de débats, le Salon de l’Agriculture 2026, porté par le CENECA, continue ainsi de raconter une histoire : celle d’une agriculture française en pleine transformation, fière de ses racines et résolument tournée vers l’avenir.

About author

Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
Related posts
À la unePop & GeekSéries Tv

Qui est Dark Maul, le méchant de Star Wars, qui va avoir sa série animée ?

À la uneCinéma

Spider-Man 4 : la bande-annonce est arrivée !

À la uneMédias

The Voice : qui est Mathilda, cette chanteuse qui accuse l’émission de plagiat ?

À la uneFoot

Ça veut dire quoi perdre « sur tapis vert » ?

Retrouvez VL. sur les réseaux sociaux