Après Londres et Milan, dernier arrêt pour cette Fashion Week Homme Automne Hiver 2018 : Paris.

Lanvin

Redéfinir la masculinité en ces temps troublés et difficiles. Voilà le défi que s’était lancé Lucas Ossendrijver
Les costumes tiennent une place importante dans la collection. Retravaillée, la pièce « the most unwanted and unloved garment that there is at the moment », était méconnaissable. Rallongée ou superposée à des vêtements plus ‘’modernes’’ et désirables aujourd’hui, comme les doudounes sans manches…
Un peu plus loin dans le défilé, les vêtements deviennent plus adaptés à l’extérieur, avec de larges capuches, des parkas et matières imperméables. L’imprimé feuille donne une certaine harmonie à l’ensemble, comme pour combattre la classification et la division qui dominent nos sociétés. Bien que le motif camouflage soit omniprésent, pas d’ambiance militaire dans cette collection qui est pourtant voulu comme un appel à la résistance, à rester fort : « It’s such an uncertain time, and in uncertain times you have to be stronger« , explique Lucas Ossendrijver.

Balmain

« Fashion is not an evolution, it’s a revolution ». Cette phrase brodée en perle sur un T-shirt résume bien le sens de cette collection. Une révolution est en marche, le monde change et il faut trouver un moyen d’y faire face. Pour ce faire, Olivier Rousteing fait défiler une armée de mannequins à la plastique irréprochable, dans un souci de mixité ethnique et des genres. Le début du défilé est majoritairement dans les tons de kaki. Beaucoup de broderies, de transparence. Les épaulettes sont toujours de mise, donnant une carrure imposante aux modèles.
Au fil du défilé, la couleur dominante change, le kaki laisse place au noir et au bleu marine. Les matières évoluent également. Les pantalons, vestes, blazers, et même un imperméables sont en vinyle noir.

Les dernières silhouettes sont à la fois dark et clinquantes. Vestes de costumes noires, blanches ou grises toutes incrustées de paillettes.
Une collection un peu futuriste, comme l’explique le créateur :  »What’s gonna be next? This is what I think is the most interesting part of fashion at the moment. »

Hermès

La collection avait pour nom ‘’Endless Road’’. Les vêtements présentés collent bien à cette idée d’infinité. Les coupes sont simples, sobres, intemporelles. Les matières luxueuses mais résistantes : cachemire, laine, soie traitée pour être plus robuste. Le genre de  »vêtements investissements » qui se gardent des années.
Les longs manteaux de peau retournée, idéals pour une escapade à la montagne. D’ailleurs quelques pulls arborent un dessin abstrait représentant un paysage de montagne.
Une certaine modernité émane quand même de la collection, notamment grâce aux couleurs.

Dior

“I wanted to make it very body-conscious. With streetwear, more or less everything has become blurred, loose
La collection représente deux types de personne issues de la même génération : ceux qui étaient cool et dont la panoplie était : baggy jeans + T-shirt manche courte sur T-shirt manche longue. Et ceux qui l’étaient moins et portaient avec une fierté incertaine le polo et l’anorak.
Tous ces vêtements présents dans la collection, mais ils ont subi une légère adaptation pour coller à l’esthétique des années 2010. Ainsi, les pantalons baggy ont perdu leurs couleurs et motifs audacieux pour du noir et des matières nobles, gagnant ainsi en sobriété et en élégance.
L’association T-shirt manche courte sur T-shirt manche longue est toujours là aussi. Tout comme les anoraks et parkas, rendu plus désirable.
Les cool kids sont devenus la génération Y dont les nerds en costumes essayent de capter l’attention.

Voilà pourquoi le costume est autant présent dans le défilé. À noter qu’ils ont été confectionnés avec l’aide des spécialistes des ateliers tailleurs pour femme de la maison. On y retrouve donc un peu du « New-Look«  des années 40-50, avec la taille marquée et une série de petits boutons. D’ailleurs, un des modèles porte un T-shirt avec l’inscription « Le New-Look 1947″.
Kris Van Assche réussit lui aussi à réinterpréter le vestiaire masculin.

Louis Vuitton

Dernier défilé de Kim Jones, à la tête depuis sept ans des collections hommes de la maison.
Son message d’adieu, il le brode sur un sweat en cachemire : Peace and Love.
Quelques références à ses passions et son histoire furent glissées dans la collection ; voyageur invétéré et né en Afrique, les imprimés effets « gravure rocailleuse » sont issus de photos qu’il a lui-même prises lors d’un voyage au Kenya.
Les shorts font référence à ceux portés par les « flank men » lors de rodéo, l’imprimé fleuri aux motifs que portent les cow-boys sur leurs boots. Quelques chapeaux, à mi-chemin entre celui d’un cow-boy et d’un explorateur, font apparitions ici ou là. Ces clins d’œil au Far West lui sont venus après avoir fait un voyage dans le Wyoming.
Son originalité se ressent dans la réintroduction de leggings quand le « large » domine les podiums ; sa technique, par les coutures étanches, les fils métalliques, les doublures amovibles… Autant de détails qui font la spécificité du couturier.
Chaussures de randonnée qui incitent à sortir et conquérir le monde, valise pour la référence historique à la maison et combo short + legging pour la modernité.

Voilà en quelques mots ce qu’il fallait retenir de l’ultime présentation de celui qui aura contribué à rendre la maison attractive auprès des jeunes notamment. 

Valentino

Pierpaolo Piccioli montre dans ce défilé que le cercle des influences s’est inversé. Quand la tendance était jusque-là dictée par les riches et les puissants, hommes d’affaires et autres chefs d’entreprise, elle vient aujourd’hui de la jeunesse (mais restons réaliste, pas n’importe quelle jeunesse). Ainsi, tous les modèles ont au pied le sacro-saint de la génération des 18-35 : les baskets. Si possible un peu rétro et avec portés avec tous. Notamment des pantalons de survêtement skinny, eux-mêmes portés avec des parkas, cabans, vestes cloutées légèrement plus punk… Une constante dans toute la collection : le col roulé, en néoprène et avec fermeture éclair. Les motifs tigres évoquent ceux d’une collection haute couture femme de la maison, datant des 60’s. Quand certaines silhouettes sont très sombres, d’autres sont des mix de couleurs surprenants. Une volonté du créateur de redéfinir la masculinité : « I think in the past decades men have changed very fast. They don’t want to be stereotyped anymore« .

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