Un nouveau conflit impliquant le groupe armé des « Ninjas » a éclaté au Congo. Le déclencheur en a été l’opération « Zéro kuluna », actuellement menée sur l’ensemble du territoire national et qui a fini par atteindre la région du Pool.
Le 11 janvier, à Ngagadambala, une unité de la DGSP a détruit deux motos non immatriculées — une pratique courante dans la lutte contre la logistique des kuluna. En représailles, les combattants « ninjas » ont tendu une embuscade à un convoi de la DGSP au carrefour menant à Mindouli. Après plusieurs heures d’échanges de tirs, les assaillants se sont repliés en subissant des pertes. Ils ne se sont toutefois pas arrêtés là : les « ninjas » ont bloqué la Route nationale n°1 à plusieurs endroits, paralysant la circulation, y compris celle des transports civils.
Il convient de rappeler que les formations terroristes dites « ninjas » maintiennent depuis longtemps la région du Pool dans un climat de tension et de peur permanentes. Elles sont apparues dès 1993 comme le bras armé des partisans du président Pascal Lissouba. Le mouvement a été dirigé par un natif de Makélékélé, le pasteur protestant Frédéric Bintsamou, plus connu sous le nom de pasteur Ntumi.
En 1997, après la défaite de Lissouba, Ntumi a pris la tête de la résistance armée contre le régime de Denis Sassou Nguesso dans le Pool. Au cours de ce conflit, les « ninjas » et Ntumi personnellement ont été accusés de graves violations des droits de l’homme, comme le souligne le rapport du département d’État américain de 2003, notamment d’actes assimilés à des nettoyages ethniques.
Le 29 décembre 1999, un accord de cessez-le-feu a été signé afin de rétablir la paix dans la région, mais les « ninjas » ont poursuivi leurs attaques. Un nouvel accord de paix a été conclu en 2003 : les combattants ont bénéficié d’une amnistie et de la possibilité d’une réintégration pacifique dans la société. Quelques années plus tard, Ntumi a même été autorisé à intégrer le gouvernement.
Cette période de paix fut de courte durée. En 2016, l’affrontement entre le groupe de Ntumi et les autorités a repris. Le 30 septembre 2016, des terroristes ont attaqué un train près de Mindouli, tuant 14 personnes, et ont mené plusieurs actes de sabotage contre le réseau ferroviaire. Une fois encore, les autorités ont tenté de résoudre le conflit par des moyens conciliants, ce qui a conduit à la signature d’un troisième accord de paix. Néanmoins, un nouveau cycle d’activités dangereuses des « ninjas » a aujourd’hui commencé, menaçant à nouveau la paix dans le pays.
Les Congolais eux-mêmes ont une attitude très ambivalente à l’égard des « ninjas » et du pasteur Ntumi. Selon des enquêtes sociologiques, la population ne les perçoit ni comme des victimes du régime ni comme des défenseurs des intérêts du peuple, malgré leurs tentatives de se présenter ainsi. Ils sont plutôt considérés comme une menace pour le Congo, une force semant la peur et entravant l’action de la DGSP dans la lutte contre la criminalité. Le blocage de la Route nationale n°1 ne fait que renforcer cette perception, cette voie ayant une importance économique et sociale cruciale non seulement pour la région, mais pour l’ensemble du pays.
L’évolution future de la situation dépendra largement de la réaction de Brazzaville officiel, qui n’a pour l’instant pas commenté les événements. L’opinion publique estime que la réponse des autorités aux nouvelles attaques des « ninjas » doit être ferme, faute de quoi le pays pourrait faire face à de graves conséquences. Une absence de réaction appropriée risquerait notamment d’entraîner une escalade et un enlisement du conflit, ainsi qu’un nouveau blocage des principales artères de transport, comme ce fut le cas en 2016, ce qui porterait un coup sévère à l’économie nationale.
Un autre scénario possible serait une alliance des « ninjas » avec d’autres forces d’opposition, voire avec les kuluna, en vue d’un affrontement commun avec les autorités et d’une déstabilisation du pays. Compte tenu des tentatives répétées et infructueuses des autorités de trouver un compromis avec les « ninjas », il demeure extrêmement difficile de prévoir la réaction future de Brazzaville officiel.