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Matteo Renzi : Le temps du bilan

Matteo Renzi, l’ex-maire de Florence a pris ses fonctions à la tête du gouvernement italien le 22 février 2014. Après 2 années de mandat à la présidence du conseil, le temps est au bilan.

« Changer l’Italie en 100 jours » était l’objectif de celui que l’on surnomme « Il Rottomatore », le Démolisseur. Un objectif bien ambitieux mais nécessaire pour répondre aux besoins d’un pays fragilisé par le chômage de masse et l’absence de croissance. Au-delà de la problématique économique, c’est également la lenteur des institutions paralysant l’Italie que Matteo Renzi a pris pour cible.

Un plan de sauvetage de l’entreprenariat

Le premier objectif du politicien : relancer l’économie.

À son arrivée au parlement, l’Italie entrait dans sa 3ème année de récession et enregistrait une dette équivalant à 130% du PIB, accompagnée d’un taux de chômage de 13,5%. Son gouvernement s’inscrit en opposition avec l’ancienne politique publique du pays : en renonçant à certaines impositions, l’Etat est contraint de se serrer la ceinture.

Matteo Renzi tend la main vers les entreprises en leur accordant une réduction de la taxe professionnelle (soit une perte pour l’Etat de 13,5 milliards d’euros d’ici 2017), ainsi qu’une baisse de 24% de l’impôt sur les sociétés, représentant près de 4 milliards d’euros annuels en moins dans les fonds publics.

En faveur des ménages, l’impôt foncier et la taxe d’habitation ont été supprimés. Quant aux plus modestes, ils bénéficient également d’un abaissement de l’impôt sur leur revenu. Un ensemble de mesures fiscales qui devrait redonner du pouvoir d’achat aux citoyens.

Le « Jobs Act », la réforme qui sabre le code du travail

Matteo Renzi confronté aux manifestations contre sa réforme

Matteo Renzi confronté aux manifestations contre sa réforme

La réforme nommée « Jobs Act » modifie en profondeur le marché du travail italien. Sur les 2 000 articles du code du travail, seuls 50 n’ont pas été abrogés. Une simplification importante faisant du CDI l’unique contrat d’embauche. En contrepartie, la protection du salarié lors d’un licenciement abusif est supprimée. Autrement dit, le licenciement n’est plus indemnisé. Le système utilisé est progressif : après 3 ans d’exercice dans une société, la protection se durcit. Une protection trop faible au goût des syndicats qui ont protesté vainement contre la réforme.

Matteo Renzi a demandé la traduction en anglais du code du travail pour plus de transparence vis-à-vis de potentiels investisseurs étrangers. Un pari gagnant aujourd’hui puisque l’investissement des entreprises étrangères a été multiplié par 6 et près de 764 000 CDI ont été créés courant 2015. Des résultats qui ne manquent pas d’intéresser la France dans la conception de son projet de réforme actuel.

Un requiem pour le Sénat

La réforme du Sénat italien limitant ses prérogatives

La réforme du Sénat italien limitant ses prérogatives

Matteo Renzi considère que le redressement de son pays est une urgence. Malheureusement la réactivité n’est pas la qualité principale des institutions italiennes. Peu après sa prise de fonction, il rédige un décret permettant d’accélérer les procédures judiciaires concernant la lutte contre la corruption. Mais la véritable cible de Renzi est le Sénat.

Le système institutionnel d’après-guerre est aujourd’hui remis en cause. Dans l’objectif d’éviter le retour du fascisme, l’Italie avait instauré un bicaméralisme parfait : 2 chambres (Sénat et Assemblée) possédant exactement les mêmes prérogatives. Ce système garantissant un maximum de contrôle est considéré aujourd’hui comme un frein dans l’élaboration des lois. Pour y remédier, la réforme du gouvernement donne un avantage à l’Assemblée qui obtient le dernier mot mettant un terme à la navette parlementaire. Le Sénat, réduit à 100 membres, perd également le vote de confiance au gouvernement et le vote du budget. Afin de légitimer la supériorité de l’assemblée, les membres du Sénat ne seront plus élus directement par la population mais par un collège de grands électeurs.

Une petite pause dans la politique italienne ?

Devenu un véritable marathonien, le président du conseil s’était lancé dans une nouvelle loi concernant le contrat d’union civile pour les couples homosexuels. Pourtant le 16 février dernier, une « pause » dans le débat parlementaire a été annoncée par le président du Sénat. Une nouvelle surprenante alors que la coalition de centre gauche, alliée aux populistes du Mouvement 5 étoiles, possédait la majorité des sièges. Malgré cette majorité de façade, un clivage persiste dans les bancs de l’hémicycle à propos de l’adoption. Permettre à un partenaire homosexuel d’adopter l’enfant de son conjoint, ouvrirait la porte au débat sur les mères porteuses. Une possibilité restant illégale en Italie. Sur le sujet, Matteo Renzi est resté évasif. Son manque de conviction lors des débats a justifié la pause momentanée des lectures parlementaires.

2 ans de remise à niveau. Et maintenant ?

Renzi et Juncker s'affronte ouvertement au parlement européen

Renzi et Juncker s’affrontent ouvertement au parlement européen

Le leader italien affiche également une réserve face à l’Union Européenne. Malgré les félicitations de Bruxelles pour ses réformes, le ton de Matteo Renzi se durcit. Négociant toujours davantage de souplesse fiscale de la part de l’Europe, il a déclaré début janvier : « il est fini le temps où quelqu’un pouvait imaginer télécommander l’Italie depuis Bruxelles. […] Nous avons accompli nos réformes et nous demandons à tous le respect ». Le président du conseil ne semble pas serein, et pour cause, la croissance italienne est en-dessous des prévisions (seulement 0,7%).

L’Italie a connu en 2 ans une restructuration importante de son fonctionnement étatique. Depuis que le pays est à nouveau à flot, Matteo Renzi tente de se libérer des contraintes de l’Union Européenne. Le bon élève compte bien reprendre sa place parmi les leaders de Bruxelles. Les réformes sont trop récentes pour juger de leurs résultats sur du long terme, et les italiens sont encore loin de la « Dolce Vita ».

A lire aussi l’article de Solène Boissaye sur la question des migrants : http://www.radiovl.fr/migrants-repartition-volontaire-en-europe/

Une innovation moribonde

Certains reprochent à Matteo Renzi d’être meilleur communicant que politicien. Premier président du conseil à avoir su se construire une communauté autour des réseaux sociaux, sa stratégie numérique cependant est quasi inexistante. L’innovation est en retard, le haut débit et la fibre optique absents en dehors des grandes villes, les jeunes ne sont pas incités à créer de nouvelles start-ups, les incubateurs sont trop peu nombreux… L’économie numérique n’est vraiment pas dans les priorités du leader italien. Renzi, un communicant 2.0 ne comprenant pas l’enjeu des transformations exercées par internet.

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