Divorce marque le retour de Sarah Jessica Parker, sur HBO et sur OCS en US+24. Prometteur, le pilote annonce une comédie douce-amère.

C’est quoi, Divorce ? Bourgeoise chic de la banlieue de New York, mère de deux adolescents difficiles, Frances (Sarah Jessica Parker) ne supporte plus son mari Robert (Thomas Haden Church). Tout ce qu’il fait l’exaspère : elle déteste sa moustache au moins autant que sa fichue manie de chantonner du Coldplay dans la voiture, voir son visage suffit à la déprimer. Lors d’une fête d’anniversaire, une violente altercation entre Diane (Molly Shannon) et Nick (Tracy Letts), un couple d’amis, agit comme un déclic : Frances réalise qu’elle n’est plus amoureuse de son mari et décide de demander le divorce. Robert ne l’entend pas de cette oreille, et il s’oppose par tous les moyens à la séparation.  

12 ans après le dernier épisode de Sex & The City, Sarah Jessica Parker revient sur HBO : mais le Mr Big de Frances, son nouveau personnage, s’est transformé en crapaud ; après des années d’un mariage qui part à vau-l’eau, elle se résout enfin à y mettre un terme en demandant le divorce. L’allusion à Sex & The City est inévitable, la série ayant marqué les esprits, en particulier avec le personnage de Carrie Bradshaw, véritable icône de la culture pop. Mais hormis son interprète, Divorce n’a pas grand-chose en commun avec la série de Darren Starr, ni sur la forme ni sur le fond.

Moins légère, beaucoup plus acide, Divorce s’inscrit dans la lignée des dramédies – ces fictions qui tournent en dérision une situation dramatique en jouant à la fois sur l’ironie et l’émotion, à l’instar des récentes You’re The Worst ou Catastrophe (on notera d’ailleurs que cette dernière est l’œuvre de Sharon Hogan, créatrice de Divorce) Le délitement du sentiment amoureux, la désintégration du couple, le divorce et la remise en question qu’il suppose sont des situations douloureuses dont le filtre de la comédie atténue le tragique.

Le principal écueil de ce genre de fiction réside dans l’équilibre entre humour et émotion. Sur ce plan, Divorce semble avoir trouvé le juste milieu : les deux registres s’entremêlent avec fluidité malgré une certaine outrance, on passe du rire à la mélancolie dans une même scène. Cependant, on n’est pas dans la franche comédie, mais dans un récit doux-amer – souvent moins doux qu’amer… Derrière l’ironie acide et les échanges passifs-agressifs, la relation entre les deux personnages principaux est disséquée avec une honnêteté brute et frontale.

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La prestation de Sarah Jessica Parker suscite évidemment la curiosité: si elle ne sort pas de sa zone de confort, elle fait vite oublier qui-vous-savez. C’est toutefois la performance de Thomas Haden Church qui retient l’attention : bien plus qu’un simple faire-valoir, il n’a besoin que de quelques scènes pour donner à ce pauvre Robert une dimension étonnante et faire ressentir la souffrance d’un personnage qui réagit de façon littéralement viscérale à l’effondrement de son mariage. Un type dépassé par les événements, qui n’a rien vu venir ; un homme blessé dans son égo et sa masculinité, chez qui la colère le dispute à la tristesse, et qui cherche un exutoire dans les coups de poignard mais aussi dans toutes les petites mesquineries imaginables. Pour l’instant, il est le méchant de l’histoire ; c’est probablement le point faible du pilote, où les hommes, sans nuance, sont tous des lâches et des goujats. On attend de voir si cet aspect sera atténué.

Les personnages secondaires restent en retrait pour l’instant : Molly Shannon / Diane est sans doute un peu trop démonstrative, quand  l’autre amie de Frances, Dallas (Talia Balsam – vue dans Mad Men) et Julian (l’amant de Frances, joué par Jermaine Clement, loin d’être ravi de la voir quitter son mari) sont encore trop absents. Mais il ne s’agit encore que du pilote, et on est en droit d’espérer que ces rôles seront étoffés par la suite.

Pour autant, cette légère réserve n’enlève rien à l’intérêt de Divorce, dont le sujet central reste le couple formé par Robert et Frances. En ce sens, le titre est (pour l’instant) légèrement trompeur : certes, il s’agit bien d’un divorce, mais c’est moins la procédure en elle-même qui est au cœur du récit que le naufrage d’un mariage. Comment en arrive-t-on à ce point de non-retour ? Comment s’enferre-t-on dans une relation, autrefois épanouissante, qui ne génère plus qu’ennui et / ou souffrance ? Pour quelles raisons deux personnes, amoureuses l’une de l’autre, en viennent-elles à se déchirer et à détester tout ce qu’elles avaient aimé chez l’autre ? A quel moment l’amour se transforme-t-il en haine ? On devine aussi les interrogations à venir, qui exploreront certainement le rôle du couple dans la construction de la personnalité, et la remise en question inévitable que soulève sa disparition…

Plus fine que Girlfriend’s Guide To Divorce, plus amère que Sex & The City : entre drame et comédie, Divorce semble prête à disséquer avec ironie et pertinence la mort annoncée d’un couple, et les conséquences de l’effondrement d’un mariage sur ses deux protagonistes. Le pilote, efficace et rythmé, pose d’emblée les enjeux à venir et la série semble riche et prometteuse. Suffisamment, en tous cas, pour qu’on ait envie de dire oui à Divorce et à Sarah Jessica Parker. Avec tous nos vœux de bonheur…

Pilote : 7

Scénario : 7

Casting : 7

Envie de voir la suite : 8

Divorce : HBO – le Lundi à 22H50 sur OCS City.

10 épisodes de 30’ environ.

Crédit photos : HBO