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On a vu pour vous … Pachinko, émouvante saga d’une famille coréenne

Suivant plusieurs générations d’une famille coréenne tout au long du XXème siècle, la série Pachinko de Apple TV+ est aussi  touchante que magistrale. 

C’est quoi, Pachinko ? En 1910,, Sunja (interprétée par Yu-na Jeon puis Minha Kim) vit dans un petit village de Corée, alors sous occupation japonaise. L’adolescente, enceinte après une liaison avec l’homme d’affaires Hansu (Lee Min-Ho), se résout par crainte du scandale à épouser le pasteur Baek Isak (Steve Sanghyun Noh) qui l’emmène vivre au Japon. Près de 80 ans plus tard, le petit-fils de Sunja, Solomon  (Jin-Ha), travaille aux États-Unis dans la finance. Une transaction le ramène au Japon, sur les traces de son père Mozasu (Soji Arai) qui dirige une salle de pachinko, de son oncle Noa qui a rompu avec la famille et de sa grand-mère (cette fois, Yuh-Jung Youn). Mais le voyage le renvoie aussi au passé et à l’histoire des siens. 

C’est un best-seller, un magnifique roman dont Apple TV+ s’apprête à diffuser l’adaptation : Pachinko, écrit par Min Jin Lee et publié en 2017. Un récit de longue haleine qui suit le destin d’une famille coréenne entre 1910 et 1989, dont le showrunner et scénariste  Soo Hugh  a tiré une mini série. Nonobstant des modifications inévitables, les lecteurs retrouveront toutes les émotions véhiculées par le texte tandis que les autres découvriront une histoire foisonnante et puissante, souvent dure et toujours émouvante. Le titre, Pachinko, désigne une sorte de jeu d’argent entre flipper et machine à sous, très populaire au Japon ; il renvoie aussi au destin de ces personnages ballottés par les évènements. 

Tout commence en Corée en 1910, sous l’occupation japonaise. Sunja, fille d’un couple modeste dans un village de pêcheurs, est adolescente lorsqu’elle est séduite par un homme d’affaires de passage. Enceinte, elle refuse de devenir une maîtresse entretenue et, pour échapper à la honte que sa grossesse ferait retomber sur sa famille, elle accepte la proposition d’un jeune pasteur coréen qui offre de l’épouser, d’endosser la paternité et de l’emmener vivre au Japon. 

Commence alors une vaste saga familiale au cours de laquelle Sunja, ses enfants et petits-enfants vont traverser le siècle entre la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis. Des existences troublées, marquées par des souffrances et des joies, impactées par les événements historiques et sous-tendues par des questions sur la transmission, la culture et l’identité.  

Au début du siècle en Corée, Sunja a une liaison avec Hansu

Dans sa mise en œuvre, Pachinko est impressionnante et audacieuse. Les images, spectaculaires, ont quelque chose d’impressionniste entre les verts luxuriants des paysages de l’enfance de Sunja, le bleu froid du New York de Salomon ou l’obscurité étouffante d’un terrible tremblement de terre. Ce qui déstabilise et séduit aussi, ce sont les dialogues : singulièrement peu d’Anglais, beaucoup de Coréen et de Japonais respectivement sous-titrés en jaune et bleu. Ce qui n’est pas anecdotique, le procédé illustrant le rapport complexe des personnages à la langue, qu’elle soit maternelle ou d’adoption. 

Le principal changement concerne la structure narrative. Le roman adopte une forme strictement chronologique, alors que la série jongle globalement entre deux époques et deux histoires. D’une part, la vie de Sunja avec son enfance en Corée, sa liaison, sa grossesse, son mariage de raison, son installation à Osaka, la manière dont elle construit sa vie dans ce pays étranger – notamment dans les années 1920 et lors la seconde guerre mondiale avec les soubresauts historiques et politiques qui ont suivi. D’autre part, des décennies plus tard, son petit-fils Solomon est un jeune prodige de la finance installé à New York, qui revient au Japon dans le cadre d’un contrat ; il va alors renouer avec ses racines et retrouver son père Mozasu qui s’est enrichi grâce à des salles de jeu de pachinko, mais aussi partir sur les traces de son oncle Noa, qui a rompu tous liens avec la famille.

Ce choix est pragmatique et intelligent. La série y gagne en dynamique, varie les cadres et les ambiances, met en exergue toute sa galerie de personnages ; l’idée est également pertinente parce que Pachinko crée ainsi ne sorte de jeu de miroirs très riche. Des moments de la vie de Sunja, Mozasu ou Solomon, disparates au premier abord, sont mis face à face et finissent par se répondre et rimer les uns avec les autres. Comme si un dialogue, une résonance ou un parallèle s’établissait entre deux scènes, créant une connexion entre les générations. A travers le temps et l’espace, ils vivent les mêmes joies et les mêmes souffrances, montrent les mêmes sourires et les mêmes larmes.

Fin des années 1980, Solomon revient au Japon

Car s’il y a bien quelques séquences plus légères, plus joyeuses, plus drôles ou plus lumineuses, les protagonistes de Pachinko ont tout de même davantage de raisons de pleurer que de sourire, et il y a beaucoup de moments dramatiques. De Sunja à ses petits-enfants en passant par ses enfants, ce sont des vies dans lesquelles l’Histoire particulièrement troublée fait irruption pour se mêler aux tragédies personnelles. On parle de l’expérience de l’immigration, du rejet, du racisme, de la pauvreté, de la maladie, de la répression politique, de la famine, de la guerre… Au fil de la série apparaissent aussi les questions de l’identité (surtout à travers Solomon, partagé entre trois cultures), des différences entre générations mais aussi du pardon et de la rédemption.  

Au final, la série est à l’image de son générique où tous les personnages dansent joyeusement dans une salle de pachinko sur « Let’s Live For Today » de The Grass Roots : c’est une histoire de  résilience où chaque épisode, aussi sombre soit-il, porte aussi une lueur d’espoir et une promesse de bonheur. 

Pachinko peut sembler difficile d’accès en raison de sa construction narrative, du nombre de personnages, des dialogues en coréen et japonais susceptibles de déstabiliser les oreilles occidentales, ou d’un contexte historique sans doute mal connu chez nous. Mais si l’on se laisse porter, on plonge dans une saga foisonnante, brillante et bouleversante. On découvre alors les destins de personnages magnifiques au fil des événements historiques mais surtout l’histoire universelle d’une famille entre souffrance, joie, amour et liens intergénérationnels. Un petit bijou. 

Pachinko
8 épisodes de 55′ environ.
Le 25 Mars sur Apple TV+.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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