Adaptée de la saga de Patricia Cornwell, Scarpetta tente de conjuguer thriller médico-légal et drame intime — avec un résultat imparfait.
C’est quoi, Scarpetta ? Le Dr Kay Scarpetta (Nicole Kidman), sur le point de reprendre ses fonctions de médecin légiste en chef de Virginie, est appelée sur les lieux de la découverte d’un corps nu, ligoté et amputé des deux mains. Avec son beau-frère et ancien inspecteur Pete Marino (Bobby Cannavale), elle commence son enquête. Mais ce meurtre ressemble étrangement à une affaire vieille de près de trente ans sur laquelle le duo avait enquêté. Entre l’investigation actuelle et celle menée par Scarpetta (Rosy McEwen ) et Marino (Jake Cannavale) dans les années 1990, les erreurs et secrets du passé refont surface. L’affaire qui a construit la réputation et la carrière de la brillante médecin légiste pourrait aussi être celle qui va la détruire.
La série s’inspire de la saga littéraire de Patricia Cornwell, débutée en 1990 et mettant en vedette l’héroïne éponyme Kay Scarpetta, brillante médecin légiste. Les romans — près d’une trentaine au total — se sont vendus à plus de cent millions d’exemplaires dans le monde. Après plusieurs tentatives avortées, l’adaptation en série arrive enfin sur Prime Vidéo, avec une première saison de 8 épisodes (et une deuxième déjà commandée).
Mais plutôt que d’adapter les romans dans l’ordre chronologique, la série fait un choix narratif audacieux : juxtaposer l’intrigue du premier livre, Postmortem, à celle d’un roman beaucoup plus récent, Autopsy. Ce mélange permet de mettre en scène deux périodes de la vie de Scarpetta et d’explorer l’évolution de ses relations avec les autres personnages.
Une enquête, deux époques
Tout juste revenue à son ancien poste de médecin légiste en chef après plusieurs années d’absence, Scarpetta est confrontée à un meurtre particulièrement violent : le corps mutilé d’une femme retrouvé près d’une voie ferrée. Mais ce meurtre a quelque chose de plus inquiétant encore : il ressemble étrangement à une vieille affaire qui a contribué à bâtir sa réputation trente ans plus tôt.
La série adopte alors une structure narrative en miroir. D’un côté, dans les années 1990, Scarpetta est une toute jeune médecin légiste ambitieuse qui tente de s’imposer dans un univers encore largement dominé par les hommes. C’est à cette époque qu’elle se retrouve confrontée à l’enquête qui va lancer sa carrière. Elle y rencontre aussi deux figures essentielles de sa vie : l’inspecteur Pete Marino, flic rugueux mais efficace, et l’agent du FBI Benton Wesley, qui deviendra un partenaire à la fois professionnel et sentimental.
De l’autre côté, la Scarpetta d’aujourd’hui est une experte reconnue. Mais si les crimes actuels ressemblent à ceux du passé, cela signifie peut-être que quelqu’un s’est trompé il y a trente ans… Elle doit donc résoudre l’enquête contemporaine et se replonger dans l’ancienne affaire, tout en affrontant des pressions politiques, des rivalités bureaucratiques et un environnement professionnel où certains attendent manifestement sa chute.
Comme si cela ne suffisait pas, sa vie personnelle est tout aussi agitée : sa sœur Dorothy, volcanique et imprévisible, sa nièce Lucy — génie de l’informatique qu’elle a pratiquement élevée — et Benton Wesley, désormais son mari, composent un cercle familial aussi complexe qu’explosif.

Deux séries en une
Le choix narratif de la double temporalité, pourtant habituel dans ce type de séries, est sans doute l’élément le plus déstabilisant. Dans les scènes situées dans les années 1990, Scarpetta fonctionne comme un thriller médico-légal classique. L’enquête progresse, les indices s’accumulent et la jeune Scarpetta apprend à imposer son autorité dans un environnement professionnel hostile. Dans le présent, en revanche, la série adopte un ton très différent. Le récit s’oriente davantage vers le drame personnel et familial, explorant les tensions entre les personnages et les cicatrices laissées par le passé.
Cette dualité crée parfois un contraste étrange : d’un côté une enquête criminelle structurée, de l’autre un récit plus introspectif et émotionnel. L’idée est intéressante sur le papier : chaque révélation dans les scènes du passé modifie la perception des événements actuels. Les décisions et les relations qui ont façonné la carrière de Scarpetta continuent d’influencer son présent — parfois de manière inattendue. Mais l’équilibre entre les deux registres est inégal et fragile.
Nicole Kidman dans la peau de Scarpetta
Le choix de Nicole Kidman dans le rôle principal pouvait surprendre. L’actrice, connue pour son élégance et sa distance presque glaciale à l’écran, ne correspond pas immédiatement à l’image que certains lecteurs se font de Scarpetta. Pourtant, son interprétation fonctionne car elle propose une version plus intériorisée, plus froide du personnage, parfois presque impénétrable.

Mais la véritable révélation de la série est sans doute Rosy McEwen, qui incarne la Scarpetta des années 1990. Sa performance capte l’énergie et l’ambition du personnage à ses débuts, créant un contraste puissant avec la version plus contenue incarnée par Kidman.
Le reste du casting — Simon Baker, Bobby Cannavale, Jamie Lee Curtis— apporte une vraie présence à l’écran, même si cette dernière est cantonnée à un rôle extrême et histrionique. Petite curiosité : Jake Cannavale – le fils de Bobby – interprète Pete Marino dans les années 1990, un clin d’œil familial qui contribue à établir un lien cohérent entre les deux versions du personnage.
Signalons aussi à titre d’anecdote l’apparition de Patricia Cornwell elle-même, dans le rôle de la juge qui fait prêter serment à Scarpetta lorsqu’elle reprend son poste dans le premier épisode. Une scène à la fois symbolique et amusante, puisque la créatrice du personnage « intronise » en quelque sorte son héroïne à l’écran.
Scarpetta est une adaptation chaotique, qui jongle avec de nombreuses intrigues et des allers-retours temporels fréquents. Cette densité narrative peut parfois désorienter. Mais malgré ses défauts et un certain manque d’originalité, la série parvient à maintenir l’intérêt grâce à ses personnages complexes, la construction de son enquête et son atmosphère sombre. La tentative, imparfaite et parfois confuse, est suffisamment plaisante pour qu’on reste devant l’écran. Même si ce n’est sans doute pas l’adaptation que les fans de Scarpetta attendaient.