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On débriefe pour vous … la première saison de Legion (FX / OCS)

C’est l’une des grosses claques de l’année : Legion saison 1, série atypique et magistrale, arrive en VM sur OCS dès le 25 avril.

C’est quoi, Legion ? Interné à de nombreuses reprises depuis son adolescence, David Haller (Dan Stevens) a été diagnostiqué comme schizophrène. Dépressif et victime d’hallucinations, il traverse des périodes de crise au cours desquelles il entend des voix et assiste à des phénomènes étranges. Il semble toutefois avoir trouvé un certain équilibre, grâce à son amitié avec une autre patiente, Lenny (Aubrey Plaza). Lors d’un séjour en hôpital psychiatrique, David fait la connaissance de Syd Barett (Rachel Keller), dont il tombe instantanément amoureux. Mais la jeune femme, traitée pour phobie sociale, lui affirme qu’il n’est pas fou : ses visions sont réelles et sa maladie mentale serait en fait la manifestation de quelque chose d’autre…  

Depuis quelques années maintenant, les supers héros ont envahi le cinéma et les séries. Parmi les dernières en date, Legion est arrivée sur FX en Février dernier, et OCS s’apprête à la diffuser en VM. Si elle se rattache effectivement à l’univers des supers héros et plus précisément à celui des X-Men, le lien entre les deux reste pour l’instant assez succinct, et il n’est nul besoin de connaître les mutants de Marvel pour regarder la série.

Il faut être un peu kamikaze pour tenter de débriefer Legion : que diable va-t-on pouvoir dire de cette série, quand on n’est pas certain d’avoir tout compris ?!!  Le mieux est encore de vous inviter à regarder le pilote, qui vous en donnera un excellent aperçu. Mais attention : si vous décidez de regarder la suite en pensant que la série va devenir plus conventionnelle, vous pouvez arrêter les frais tout de suite. Legion est un véritable défi pour le spectateur : elle ne cesse de le désorienter et de le balader, et elle exige une attention active. On ne binge-watche pas Legion, on ne la regarde pas en faisant autre chose à côté.  Si vous cherchez une série légère et sans prise de tête, passez votre chemin  (mais vous auriez bien tort.) En revanche, si vous entrez dans le jeu, on vous garantit une expérience audiovisuelle hallucinante, sans équivalent à la télévision ou au cinéma actuellement.

A lire aussi : notre avis sur le premier épisode de Legion

Legion, la série qui explose les codes

 

Le responsable ? Noah Hawley, à qui l’on doit déjà la formidable adaptation en série du film Fargo. C’est lui qui prend en mains le destin de David, ce mutant obscur et marginal inconnu du grand public, né sous la plume de Chris Claremont et Bill Sienkiewicz. Et avec un type comme Hawley, on  déborde largement du cadre habituel de la série de super héros (et de la série tout court), en explosant les codes et en repoussant les limites de la narration. Loin du récit linéaire, Legion est un puzzle démentiel, atomisé en une multitude de pièces psychédéliques et déjantées.

Dès le pilote, Legion développe un récit fragmenté pour nous présenter son héros. Enfermé dans une institution psychiatrique, David est apparemment atteint de schizophrénie ; il ignore que ses troubles proviennent de son incapacité à contrôler des pouvoirs télépathiques et télékinésiques. Un groupe de mutants, emmené par Melanie Bird (Jean Smart), va tenter de le libérer (au propre comme au figuré) en lui révélant sa vraie nature, dans le but de l’entraîner dans leur guerre contre une obscure organisation militaro-gouvernementale.  Et tandis qu’il noue une idylle platonique avec Syd, David doit se confronter à son démon intérieur, une monstrueuse créature aux yeux jaunes qui le harcèle depuis son enfance et phagocyte toutes ses pensées.

David et Syd, ancrage émotionnel du récit

 

Voilà pour l’histoire, finalement assez classique sur le papier. Le coup de génie de la série, c’est d’y trouver un prétexte pour entrer dans un esprit torturé et de faire de cette immersion le moteur de l’action. Le récit progresse à travers les souvenirs refoulés de David, les recoins obscurs de son subconscient, ses projections mentales et astrales… Bref, un cadre intangible qui a pour seule limite l’imagination des scénaristes, et qui leur permet de s’affranchir des contraintes spatio-temporelles. Du coup, la série ne s’interdit  rien. C’est un vaste mélange de genres et de styles : dans une ambiance rétro-futuriste inspirée des swinging sixties,  on enchaîne science-fiction, thriller psychologique, comédie musicale, film d’action, séquences animées, hommage au cinéma muet et scènes d’horreur, dans un tourbillon époustouflant qui alterne entre surréalisme pop et froideur clinique. Le montage, d’une fluidité improbable, permet de passer d’une ambiance et d’un registre à l’autre sans jamais laisser l’impression d’un amalgame indigeste. Esthétiquement parfaite, Legion vomit aussi sa folie dans une bande-son remarquable qui traduit toute la confusion de David, à coup de tubes des Who, des Stones, de Gainsbourg, de Nina Simone ou des  Pink Floyd. Et impossible de pas mentionner la version complètement déstructurée du Boléro de Ravel, qui porte au sommet une scène incroyable.  

Avec un tel tableau, on pourrait craindre que la forme prenne le pas sur le fond, que le style exubérant ne soit finalement qu’un cache-misère occultant un scénario convenu. Ce n’est pas le cas. Atypique jusqu’au bout, Legion fait partie de ses œuvres où le fond et la forme se rejoignent : l’action extérieure (ce qui se passe en dehors de la tête de David) est entièrement subordonnée à l’état mental du héros. La déstructuration et la confusion mises en place par Legion ne sont pas un simple prétexte : il y a un sens et un but. Entre autres choses, elles instaurent un sentiment d’immersion et d’empathie avec David, empêchant la série de tomber dans une abstraction froide et distanciée. On avance au même rythme que le héros, on ne peut se fier ni à ce qu’on voit ni à ce qu’on entend, et comme lui, on est incapable de distinguer fantasme et réalité. Il faut d’ailleurs  souligner la remarquable interprétation de Dan Stevens, qui  construit progressivement un personnage vulnérable et instable, mais plein d’humour et de détermination.  Les autres acteurs délivrent  également des performances solides – en particulier Rachel Keller, Jean Smart ou Jermaine Clément (fantastique Andrew Bird). Et puis il y a Aubrey Plaza, qui créé l’évènement à chacune de ses apparitions à l’écran. Il faut dire que son personnage, aussi fascinant que dérangeant, nous réserve une sacrée surprise…  Et on n’en dira pas plus – évidemment !

Dan Stevens et Aubrey Plaza crèvent l’écran

 

Personnage ultra-puissant aux multiples pouvoirs sur le papier, David Haller aurait pu être le héros d’une série d’action spectaculaire mais pas forcément originale. A la place, Legion choisit d’emporter son public dans l’esprit torturé de son héros, et de montrer son évolution et sa construction avant qu’il ne devienne le super-mutant des comics. Dans une explosion audiovisuelle hallucinée, elle nous jette dans une spirale déstabilisante et stimulante. Originale et folle, Legion est totalement unique en son genre : c’est un défi permanent pour le spectateur. Mais un défi que vous seriez bien inspirés de relever, parce que des séries comme Legion, on n’en voit pas tous les jours.

Legion – FX.

A partir du 25 Avril sur OCS.

8 épisodes de 50 ‘ environ.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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