Malgré une idée de départ séduisante et un casting solide, Playing Nice peine à trouver un ton et un rythme réellement convaincants.
C’est quoi, Playing Nice ? Pete (James Norton) et Maddie (Niamh Algar) mènent une vie tranquille dans une petite ville des Cornouailles avec leur fils Theo. Jusqu’au jour où l’hôpital les contacte : une erreur aurait été commise dans l’unité des prématurés et leur enfant… n’est peut-être pas leur enfant biologique. Le choc est immense, mais leur volonté de “bien faire” les pousse à rencontrer l’autre famille : Miles (James McArdle), riche entrepreneur local, et Lucy (Jessica Brown Findlay), son épouse, qui ont élevé le fils biologique de Pete et Maddie. D’abord animés de bonnes intentions, les deux couples tentent de maintenir un lien croisé avec les deux garçons. Mais Miles révèle très vite un désir obsessionnel de contrôle : il veut les deux enfants, il veut imposer ses règles, quitte à manipuler, mentir et menacer. Pete et Maddie se retrouvent alors entraînés dans une bataille juridique et psychologique dont personne ne sortira indemne.
L’essentiel
Adaptée d’un roman de J.P. Delaney, Playing Nice est une mini-série britannique en quatre épisodes, diffusée en 2025 sur ITVX et proposée en France sur Canal+. Réalisée par Kate Hewitt et écrite par Grace Ofori-Attah, elle réunit un quatuor d’acteurs bien connus des amateurs de séries autour d’un point de départ très fort. Mais malgré ces atouts, le résultat reste mitigé : sur le papier, tout est là, mais dans les faits, la série souffre d’un manque de nuance et d’une écriture parfois trop démonstrative.
On aime
L’idée de départ reste l’un des atouts majeurs de la série. L’échange de bébés, révélé tardivement, est un thème qui touche immédiatement, et Playing Nice a le mérite de l’aborder sans voyeurisme. Les premières scènes, très sobres, posent bien la sidération des parents et la confusion émotionnelle. La structure en quatre épisodes donne un rythme efficace, sans temps mort, où le spectateur se laisse porter.
La série bénéficie aussi d’un casting irréprochable. James Norton (Grantchester, House of Guinness) incarne avec justesse un père dépassé ; Niamh Algar (The Virtues) parvient à trouver des nuances dans les failles et les moments de doute ; Jessica Brown Findlay (Downton Abbey) apporte une fragilité touchante à son personnage ; enfin, James McArdle (Andor) s’en sort bien malgré un rôle d’antagoniste certes un peu trop “écrit”, mais efficace dans ce registre.
Playing Nice se regarde facilement : le format court, la clarté de l’intrigue et la lisibilité émotionnelle en font une mini-série accessible et fluide. Certaines scènes fonctionnent particulièrement bien : les premières rencontres entre les deux couples, les discussions maladroites sur les droits de visite, les séquences chez les avocats ou encore la manière dont le quotidien des enfants se retrouve parasité par une situation qu’ils ne peuvent évidemment pas comprendre.
Ici et là, de beaux éclats : un silence gêné, un non-dit qui explose, un regard de trop.
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On aime moins
Le principal défaut de Playing Nice, c’est son approche trop manichéenne. Là où la série aurait pu briller en explorant la complexité morale d’une situation aussi délicate, elle opte pour un schéma très simple : le “bon” couple contre le “mauvais”. Pete et Maddie, victimes idéales, face à Miles, antagoniste tellement maléfique qu’il en devient presque involontairement comique.
Sourire carnassier, menaces à peine voilées, plaisir manifeste à manipuler tout ce qui l’entoure : Miles est dépeint comme un méchant quasi caricatural, ce qui affaiblit la tension dramatique. Le problème, ce n’est pas l’acteur – excellent –, mais l’écriture : ses motivations existent surtout pour nourrir la mécanique du récit, et on devine la plupart des rebondissements avant qu’ils n’arrivent.
L’absence de zone grise prive la série de ce qu’elle aurait pu avoir de plus intéressant : la complexité morale, l’inconfort éthique, les dilemmes impossibles.
Au fil des épisodes, la série pousse les antagonismes de plus en plus loin, au risque de frôler l’excès. Certaines confrontations semblent d’ailleurs répondre à un cahier des charges du thriller domestique plus qu’à une évolution naturelle des personnages. Et malgré un sujet hautement émotionnel, on reste étonnamment peu bouleversé. Tout s’enchaîne, sans trouver ce souffle ou cette intensité qui auraient pu transcender le récit. Le résultat n’est pas indigne, mais presque systématiquement frustrant : la série semble toujours à deux doigts de devenir vraiment bonne… sans jamais franchir le cap.
La métaphore n’est pas flatteuse mais elle fonctionne : Playing Nice a quelque chose d’une voiture sans freins fonçant vers une falaise. On sait que ça va mal se finir, on se demande seulement comment. Il y a un suspense très primaire – auquel on adhère… ou pas.

On regarde si… on aime les mini-séries britanniques ; on recherche un drame psychologique centré sur la parentalité ; on a envie de voir quatre excellents acteurs porter un récit qui, malgré ses maladresses, reste prenant.
On ne regarde pas si…on veut un thriller à la tension fine, aux personnages ambigus ; on cherche une intrigue qui surprend et bouleverse ; si l’idée de s’exclamer « mais personne ne réagit comme ça dans la vraie vie ! » toutes les cinq minutes ne nous réjouit pas.