Depuis quelques semaines, une pénurie inattendue frappe les rayons de nos supermarchés : les œufs se font rares. Cette situation, qui a pris de court de nombreux consommateurs, n’est pas un hasard mais la conséquence de facteurs multiples. Le Comité National Interprofessionnel de l’Œuf (CNPO) vient de publier un communiqué de presse éclairant, daté du 12 janvier 2026, pour faire le point sur ces « tensions sur le marché de l’œuf » et détailler la mobilisation de la filière face à une demande record et croissante.
L’Œuf : un incontournable en hausse constante
L’œuf, cet aliment modeste mais essentiel, n’a jamais été aussi plébiscité. Facile à cuisiner, économique et incroyablement versatile, il est devenu un incontournable des tables françaises et européennes. En 2025, la France a atteint un record de consommation globale, avec 235 œufs par habitant. Elle reflète l’appétit des ménages, de la restauration et de l’industrie agroalimentaire. Les chiffres de la grande distribution confirment cette tendance de fond : les achats des ménages ont augmenté de 5 % par an depuis 2023, représentant l’équivalent de 300 millions d’œufs supplémentaires chaque année. Une croissance structurelle et soutenue qui exige de la filière une capacité d’adaptation constante.
Les facteurs de la tension actuelle
Si la demande est en forte hausse depuis plusieurs années, le début de l’année 2026 a vu la situation s’intensifier dramatiquement. La période des fêtes de fin d’année et de l’Épiphanie est traditionnellement propice à une consommation accrue d’œufs pour la confection de galettes et autres mets gourmands. À cette pression saisonnière s’est ajouté un épisode neigeux imprévu d’une rare intensité, paralysant momentanément les chaînes d’approvisionnement à travers le pays. Retards de livraison et difficultés de transport ont accentué le sentiment de pénurie et la frustration des consommateurs.
La mobilisation de la filière française
Face à ce défi de taille, l’ensemble de la filière française de l’œuf, depuis les éleveurs jusqu’aux conditionneurs, s’est mobilisée. La France, premier producteur européen (15,4 milliards d’œufs commercialisés en 2024), entend renforcer son leadership. Pour combler le déficit de l’offre (équivalent à un million de poules pondeuses supplémentaires annuellement), la filière vise 300 nouveaux poulaillers d’ici 2030, ajoutant 6 millions de places. Parallèlement à cet effort de croissance, elle poursuit sa transformation vers des modes d’élevage plus respectueux du bien-être animal, visant à passer de 75 % d’élevages alternatifs aujourd’hui à 90 % d’ici 2030. Les professionnels se montrent optimistes, prévoyant une production satisfaisant la demande dès le second semestre 2026.

L’importance de l’origine française et l’appel au soutien
Derrière ces objectifs chiffrés, il y a la volonté inébranlable de maintenir la qualité et l’origine française, des critères jugés « essentiels » par les consommateurs. Près de 9 Français sur 10 (89%) considèrent l’origine un facteur de choix majeur. Le logo « Œufs de France » incarne ce savoir-faire et rassure les acheteurs, influençant positivement leurs décisions pour les œufs et les produits élaborés. Yves-Marie Beaudet, Président du CNPO, souligne que la filière a besoin d’un soutien concret pour atteindre ces objectifs. « Nous demandons au Gouvernement de simplifier les démarches administratives nécessaires aux installations et aux citoyens d’accepter l’arrivée de nouveaux poulaillers dans les campagnes, » insiste-t-il. Cette collaboration entre pouvoirs publics, professionnels et citoyens est cruciale pour garantir la pérennité d’une production locale, conforme aux attentes en termes de réglementation et de bonnes pratiques.
L’Œuf : un « superaliment » plébiscité
Mais au-delà des enjeux de production et de logistique, il convient de rappeler pourquoi l’œuf est si cher au cœur des Français. Il est souvent qualifié de « superaliment », et à juste titre. C’est la protéine animale la moins chère, riche en acides aminés essentiels et vitamines. Abordable, il s’adapte à presque tous les régimes alimentaires et se déguste sous mille formes, du plat principal aux pâtisseries. Avec 97% des Français déclarant en consommer, cette popularité quasi-unanime justifie pleinement les efforts de la filière pour assurer sa disponibilité.
Un avenir prometteur mais dépendant du soutien
La pénurie actuelle d’œufs est un signal fort de l’attachement des Français à ce produit et de la vitalité de sa filière. Malgré les tensions récentes, le secteur est en ordre de marche, avec des objectifs clairs et une mobilisation sans faille. Le soutien des pouvoirs publics et l’acceptation citoyenne des nouvelles infrastructures seront cruciaux pour maintenir le leadership européen de la France et garantir des « Œufs de France » de qualité face à une demande croissante. Si trouver des œufs est un défi aujourd’hui, la filière s’engage à ce que cette situation ne soit qu’un lointain souvenir d’ici quelques mois.