À 79 ans, Jacques Leveugle est au centre de l’une des plus vastes enquêtes pour pédocriminalité de l’histoire judiciaire française. Soupçonné d’avoir abusé de 89 mineurs à travers le monde pendant plus de cinquante ans, ce « globe-trotteur » fait aujourd’hui l’objet d’un appel à témoins inédit lancé par le parquet de Grenoble.
Jacques Leveugle, l’un des pires violeurs en série ?
« Jacques Leveugle, puisque je vais donner son nom, je le fait exceptionnellement lors des points presse, ce nom doit être connue car l’objectif est de permettre à d’éventuelles victimes de se manifester. », annonce le procureur de la République de Grenoble lors d’un appel à témoin inédit.
Cet homme de 79 ans, né à Annecy, est accusé de viols et d’agressions sexuelles aggravés sur au moins 89 mineurs, des faits commis entre 1967 et 2022 sur cinq continents. Il aurait instauré une emprise morale sur des adolescents âgés de 13 à 17 ans dans huit pays différents, notamment en Algérie, au Maroc et en Suisse.
Outre ces crimes sexuels méticuleusement consignés dans ses mémoires, Jacques Leveugle a également reconnu avoir tué sa mère en 1974 et sa tante en 1992 en les étouffant, des actes qu’il tente de justifier par un contexte de fin de vie.
Un prédateur dissimulé derrière une image d’éducateur
Jacques Leveugle a bâti sa vie autour d’une double façade. Pour ses voisins de Vizille, en Isère, l’homme restait un inconnu, un retraité discret ne faisant que de rares apparitions. À l’étranger, notamment en Algérie, il laissait l’image d’un professeur d’anglais dévoué et charismatique.
Ses anciens élèves se souviennent d’un enseignant « marquant » qui éveillait les jeunes à la culture et aux langues.
Pourtant, sous cette apparence de mentor bienveillant, le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, décrit un « personnage particulièrement complexe« . Jacques Leveugle utilisait ses fonctions de soutien scolaire, d’éducateur ou de moniteur de spéléologie pour approcher des jeunes garçons âgés de 13 à 17 ans, souvent issus de milieux défavorisés.
Une découverte grâce à la clé USB de Jacques Leveugle
La justice a découvert l’ampleur de ses actes grâce à une imprudence : lors d’un séjour chez son frère, le neveu de Jacques Leveugle a mis la main sur une clé USB compromettante. Sur ce support, le septuagénaire compilait des photos et ses « mémoires » avec un narcissisme glaçant, détaillant chaque agression et chaque viol.
Il y décrit ses « rapports sexuels » avec des adolescents âgés de 13 à 17 ans, désignés par leur prénom. Ces récits servaient au suspect de moteur pour « revivre ses crimes ».
Une traque internationale pour identifier les victimes
Aujourd’hui incarcéré, Jacques Leveugle reconnaît les faits mais minimise la portée de ses actes, prétendant n’avoir pas mesuré la « contrainte morale » imposée à ses victimes. Face à l’immensité du dossier, les enquêteurs tentent désormais de donner un nom aux nombreux adolescents mentionnés par de simples surnoms dans les écrits du suspect.
Les enquêteurs prévoient des déplacements au Maroc et dans d’autres pays pour affiner le profil de ce prédateur itinérant. En diffusant sept photographies de Jacques Leveugle à différents âges, les autorités espèrent que de nouveaux témoignages permettront de faire la lumière sur l’intégralité d’un parcours criminel qui semble n’avoir connu aucune frontière.