Depuis plus de deux semaines, l’Iran connaît des manifestations d’une ampleur inédite. Au moins 3 500 personnes ont été tuées dans la répression des manifestations. Dans les rues, les Iraniens défient un régime affaibli, tandis que la pression internationale, notamment américaine, fait planer la menace d’un basculement historique.
Une révolte d’une ampleur inédite
Les manifestations actuelles en Iran se distinguent nettement des précédents mouvements de contestation. Depuis la révolution islamique de 1979, le régime a traversé plusieurs crises majeures (en 2009, en 2019 ou encore en 2022) sans jamais vaciller durablement. Cette fois, la contestation touche l’ensemble du territoire et toutes les couches de la population.
« C’est la première fois que tout le monde se soulève en même temps », explique sur Europe 1 Sara Safari, militante franco-iranienne et membre de l’association Femme Azadi. Perses, Kurdes, Azéris, Baloutches : les clivages ethniques s’effacent au profit d’un rejet commun du pouvoir. Mosquées incendiées, bâtiments officiels attaqués, slogans hostiles au régime scandés dans les rues : la colère ne se limite plus à des revendications sectorielles.
Face à cette mobilisation massive, les autorités iraniennes répondent par une répression sévère, combinant arrestations de masse, usage d’armes à feu et coupures d’internet pour tenter d’étouffer le mouvement. Selon l’ONG de défense des droits humains HRANA, plus de 3 500 personnes ont déjà été tuées, un bilan qui illustre la brutalité de la réponse du régime et la gravité de la crise en cours.
Pourquoi cette colère en Iran ?
Si la situation économique dramatique a servi de détonateur, le mouvement en Iran dépasse largement la seule question du pouvoir d’achat. L’Iran subit une inflation chronique, une monnaie fortement dévaluée, un chômage massif, notamment chez les jeunes, et des pénuries récurrentes de biens essentiels. À cela s’ajoutent les effets des sanctions internationales, qui fragilisent encore davantage le quotidien des ménages.
Dans la rue, certains parlent d’une « révolution du pain » ou d’une « révolution du ventre », tant la survie économique est devenue une préoccupation centrale. Mais la contestation s’enracine surtout dans un ras-le-bol général du régime islamique et de sa corruption.
La colère dépasse largement les questions matérielles et traduit un rejet profond du régime islamique, au pouvoir depuis plus de quarante ans. Les manifestants dénoncent un système jugé autoritaire, inefficace et corrompu, incapable de répondre aux aspirations d’une population jeune, éduquée et connectée au reste du monde. Le mot « Fasād » (« corruption ») résonne dans les manifestations, un terme déjà scandé en 1979 contre le dernier Chah.
Une alternative politique encore fragile
Si la contestation actuelle affaiblit le régime, l’avenir politique de l’Iran reste incertain. Le prince héritier Reza Pahlavi, fils du dernier Chah, tente de s’imposer comme une figure capable d’incarner une alternative à la République islamique. Il appelle à soutenir le soulèvement et se dit prêt à accompagner une transition. Mais cette option divise profondément la société iranienne. Le président américain Donald Trump a lui-même exprimé des doutes sur la capacité de Reza Pahlavi à rassembler un soutien suffisant à l’intérieur du pays.
En l’absence d’un leadership unanimement reconnu et tant que l’appareil sécuritaire demeure fidèle au pouvoir, la chute du régime ne garantit pas l’émergence immédiate d’un projet politique clair pour l’après-République islamique.