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La Tunisie doit adopter une approche plus nuancée de la réglementation de l’iGaming

La Tunisie s’apprête à revoir en profondeur son cadre légal relatif aux jeux d’argent. Cette réforme, l’une des plus importantes depuis plus d’un demi-siècle, répond à un constat simple : les textes actuels ne sont plus adaptés à la réalité d’aujourd’hui.

Le débat sur l’environnement réglementaire tunisien a été relancé par la nécessité de moderniser des lois devenues obsolètes. Rédigées en 1974, à une époque où Internet n’existait pas, elles ne peuvent pas encadrer efficacement un écosystème de paris et de jeux en ligne qui a profondément évolué.

Le projet de loi, soutenu par certains députés, mise largement sur une stratégie de blocage : il prévoit notamment de contraindre les fournisseurs d’accès à Internet (FAI), les boutiques d’applications et les prestataires de paiement à restreindre l’accès aux plateformes de jeux. Les auteurs du texte affirment vouloir protéger les consommateurs et préserver la stabilité financière. Pourtant, l’expérience montre que le seul contrôle de l’accès ne suffit pas.

Car la demande de jeux d’argent en ligne existe déjà en Tunisie. Les casinos en ligne en arabe présentés sur la plateforme de comparaison haz-tayeb.com/fr/ répondent déjà à cette demande et accueillent des joueurs tunisiens.

Ces plateformes opèrent généralement sous des licences délivrées par des juridictions internationales reconnues. Les fermer sans proposer d’alternative locale et encadrée ne fera pas disparaître la demande : cela déplacera simplement les usages, parfois vers des solutions plus difficiles à contrôler.

Dans les faits, contourner des restrictions d’accès n’est pas insurmontable. Les mesures de blocage peuvent décourager une partie des joueurs occasionnels, mais les utilisateurs les plus expérimentés trouvent souvent des moyens de maintenir l’accès.

In fine, au-delà de l’enjeu de régulation, la Tunisie se prive d’un levier économique important : les revenus liés à ces activités continuent de bénéficier aux pays où ces opérateurs sont licenciés, au lieu de contribuer à l’économie locale.

Une régulation équilibrée est la voie à suivre

Le gouvernement tunisien doit mettre en place une nouvelle approche, fondée précisément sur les technologies que certains législateurs perçoivent aujourd’hui comme une menace.

Il suffit d’observer ce qui se fait ailleurs : dans de nombreuses juridictions, les États ne recourent plus à des interdictions générales ni à une régulation uniquement répressive des jeux d’argent en ligne.

La France, par exemple, s’appuie sur des outils numériques tels que la vérification d’identité, des contrôles de géolocalisation, la surveillance des transactions, des accords de partage de données et l’analyse des risques en temps réel pour garder la maîtrise du secteur.

Grâce aux technologies modernes de conformité, les autorités françaises peuvent faire respecter plus finement les limites d’âge, encadrer les dépenses, détecter les comportements à risque et surveiller les flux financiers suspects avec une précision nettement supérieure.

Ce type de système renforce la responsabilité des opérateurs agréés : ils sont soumis à des audits réguliers, à des sanctions, voire au retrait de leur licence. À l’inverse, lorsque l’activité se déroule à l’étranger, les autorités nationales perdent une grande partie de leur capacité d’action.

Certains peuvent craindre qu’une telle orientation rompe avec les valeurs tunisiennes. En réalité, il s’agit surtout de leur prolongement, adapté à un contexte numérique devenu incontournable.

Depuis la révolution de 2011, Internet occupe une place symbolique forte en Tunisie. Les espaces en ligne ont permis aux citoyens de se mobiliser, de partager l’information, puis de contribuer au renversement du régime de Zine El Abidine Ben Ali.

La liberté numérique est ainsi devenue associée à la dignité, à la participation et à l’ouverture — des principes sensibles, encore fortement défendus.

Dans ce contexte, surveiller l’écosystème digital à grande échelle est techniquement complexe, coûteux et culturellement risqué. Des mesures conçues pour contrôler les paris et les jeux peuvent facilement s’étendre à d’autres formes de contrôle, fragiliser la confiance et alimenter l’inquiétude au sein de la société tunisienne.

La responsabilité, c’est l’enjeu central

La Tunisie a besoin d’un modèle réglementaire plus ouvert, fondé sur un système de licences et sur l’usage des technologies. Au lieu de demander aux fournisseurs d’accès à Internet et aux institutions financières de surveiller les citoyens qu’ils sont censés servir, l’État devrait fixer des règles claires de participation au marché et encadrer précisément les opérateurs. Cette approche instaure une véritable responsabilité, une notion particulièrement importante en Tunisie.

Alors que le pays cherche de nouvelles sources de revenus, des investissements numériques et des opportunités d’emplois qualifiés, les jeux d’argent encadrés par la loi (traduction de l’ancre regulated gambling) pourraient générer des frais de licence, des recettes fiscales, des emplois et des partenariats techniques. Cela permettrait aussi de maintenir les dépenses dans l’écosystème national, plutôt que de les voir partir à l’étranger.

Cela ne signifie pas que les risques sociaux liés aux jeux d’argent doivent être minimisés. Ils sont réels. Mais la régulation portée par la technologie est précisément le moyen de les traiter. Là où l’interdiction offre une clarté morale, elle reste, dans les faits, aveugle et peu efficace. La régulation, même imparfaite, apporte un contrôle concret avec des outils réels. La Tunisie doit désormais trancher.

Dans un environnement numérique qui évolue rapidement, l’enjeu pour la Tunisie est de ne pas rester en décalage avec les dynamiques technologiques mondiales. Les États conservent une capacité d’influence réelle lorsque leurs règles avancent au même rythme que l’innovation. À l’inverse, lorsque le cadre légal stagne, ce sont les acteurs du marché qui imposent leurs propres règles, souvent en dehors de tout contrôle national.

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