Entre mystère, aventure et humour, Young Sherlock revisite la légende de Sherlock Holmes en transformant l’icône littéraire en héros en devenir.
C’est quoi, Young Sherlock ? À 19 ans, Sherlock Holmes (Hero Fiennes Tiffin) n’est pas encore le détective froid et méthodique que l’on connaît. Brillant mais impulsif, curieux mais indiscipliné, il est toutefois déjà capable de déductions fulgurantes… et d’attirer les ennuis. Après un petit séjour en prison pour vol à la tire, il accepte la proposition de son frère Mycroft : direction Oxford, non pas comme étudiant mais comme homme à tout faire. Mais lorsque la princesse chinoise Shou’an se fait dérober de précieux manuscrits à l’université et que Sherlock est accusé du vol, il décide d’enquêter… avec son meilleur ami, un certain James Moriarty (Donal Finn). Sans se douter qu’il va se retrouver plongé dans une série de meurtres, puis dans un complot international et des secrets de famille.
Une adaptation ambitieuse signée Guy Ritchie
Avec Sherlock Holmes, les adaptations sont innombrables. Depuis sa création par Arthur Conan Doyle à la fin du XIX? siècle, le détective a été décliné dans des dizaines de films et de séries. Adapter Sherlock Holmes aujourd’hui, c’est un peu comme essayer de réinventer la pizza en ajoutant un ingrédient. Si c’est de l’ananas, rares sont ceux qui aiment ça ; mais parfois, on trouve quelque chose de bon à mettre dessus.
C’est ce qu’est parvenu à faire Guy Ritchie. Après avoir modernisé le mythe dans ses films avec Robert Downey Jr., il nous propose ce Young Sherlock où l’on retrouve sa patte caractéristique. Dans une Angleterre victorienne filmée comme un film d’action, il nous offre un montage ultra dynamique, une B.O. rock, des bagarres chorégraphiées, une ironie subtile toute britannique. C’est parfois excessif, parfois too much… mais toujours extrêmement sympathique.
En s’inspirant librement des livres d’Andrew Lane, le réalisateur et son showrunner Matthew Parkhill choisissent un angle audacieux : raconter la jeunesse du personnage, une période presque inexistante dans les textes originaux. Avec huit épisodes mêlant enquête, aventure et drame familial, la série tente de répondre à une question simple mais fascinante : comment devient-on Sherlock Holmes ?
Aux origines du mythe
L’absence d’informations dans l’oeuvre de Conan Doyle offre un terrain de jeu idéal pour imaginer une histoire d’origine tout en convoquant plusieurs figures clés de la mythologie holmésienne, tirées des livres ou ajoutées pour la série : son frère Mycroft, ses parents Cordelia (Natascha McElhone) et Sylas (Ralph Fiennes), le futur inspecteur Lestrade.
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La série choisit de désacraliser le personnage du célèbre détective. Imaginez Sherlock Holmes avant la pipe, avant le violon, avant Watson. Dans Young Sherlock, il a 19 ans et il ne possède pas encore l’esprit glacial et analytique que l’on connaît. Il n’est pas un génie froid et parfaitement rationnel ; il est impulsif, parfois maladroit, idéaliste, naïf, voire complètement dépassé. Et ça change beaucoup de choses.
Au lieu d’un détective omniscient, nous sommes face à un jeune homme brillant mais paumé, qui devient progressivement LE Sherlock Holmes lorsqu’il se retrouve confronté à un vol de parchemins précieux et des professeurs assassinés. Oh, et à un certain James Moriarty. Oui, ce Moriarty-là.
Sherlock et Moriarty : naissance d’une rivalité
La décision la plus surprenante de la série ? Faire de Moriarty le meilleur ami de Sherlock. Chez Conan Doyle, celui qu’on surnomme le « Napoléon du crime » est l’ennemi juré du détective ; ici, il est son BFF. Ils enquêtent ensemble, font la fête ensemble, étudient ensemble. Ils sont amis. Mieux : ils sont les seuls à réellement se comprendre.
Leur intelligence exceptionnelle les isole du reste du monde, et cette reconnaissance mutuelle crée immédiatement une connexion entre eux. Ensemble, ils se défient, se complètent et se sauvent mutuellement la vie. Mais cette complicité est traversée par une rivalité permanente. Lorsque deux esprits persuadés d’être les plus brillants de la pièce se rencontrent, la compétition est inévitable.
La série suggère alors une idée passionnante : Sherlock et Moriarty possèdent un génie comparable. La différence entre eux ne tient pas à leur intelligence, mais à la manière dont ils choisissent de l’utiliser. Pourquoi certaines personnes choisissent-elles la lumière… tandis que d’autres basculent dans les ténèbres ?
Et on regarde leur relation avec une sorte de tragédie annoncée. On sait que cette amitié finira mal. Profitez bien de votre amitié, les gars, parce que dans quelques années ça finit aux chutes de Reichenbach.

Beaucoup d’intrigues, beaucoup d’indices
Autre réussite : la manière dont la série s’amuse à disséminer des indices : des détails, des phrases, des objets… qu’on ne remarque pas forcément sur le moment, mais qui prennent du sens plus tard. C’est le genre de série où on sent que les scénaristes ont réfléchi à l’architecture globale – jusque dans la séquence d’ouverture. Chaque élément annonce une pièce du puzzle narratif et cache les indices à la vue de tous.
Le vrai défaut de la série est son excès d’intrigues. Parfois, ça déborde : complot international, secrets de famille, identités secrètes, rivalités universitaires, intrigues politiques, romance, mystère scientifique…Résultat : certains fils narratifs restent un peu sous-exploités et la saison aurait peut-être gagné à être plus courte et plus concentrée.
Mais la série reste intelligente, drôle et empreinte de fraîcheur. On redécouvre un univers qu’on croyait épuisé, on s’amuse avec une mythologie extrêmement connue. Et en prenant quelques risques, Young Sherlock arrive à enrichir un personnage qu’on pensait déjà vu mille fois, sans pour autant le trahir.
Spectaculaire, drôle et parfois excessif, Young Sherlock n’est peut-être pas la version la plus fidèle du personnage mythique créé par Arthur Conan Doyle, mais c’est une version très vivante. Un peu chaotique, mais franchement divertissante. Et en imaginant les débuts du célèbre détective et en explorant sa relation naissante avec Moriarty, la série réussit quelque chose de rare : donner l’impression qu’il reste encore des histoires à raconter autour d’un personnage pourtant adapté des centaines de fois. Et c’est peut-être là son plus grand mérite.