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On débriefe pour vous … les premiers épisodes de The Testaments

Après The Handmaid’s Tale, The Testaments nous replonge dans l’univers dystopique de Gilead imaginé par Margaret Atwood.

C’est quoi, The Testaments ? Née à Gilead, la jeune Agnes (Chase Infiniti) est la fille d’un Commandeur. Issue de l’élite, élève dans l’école dirigée par Tante Lydia (Ann Dowd), elle est formée à devenir une épouse parfaite : discrète, pieuse et obéissante. Dans cet univers où chaque geste est codifié, où les femmes sont réduites à leur fonction sociale, elle évolue sans jamais remettre en question l’ordre établi. Tout bascule lorsqu’on lui confie la mission d’aider Daisy (Lucy Halliday) à s’intégrer. Venue de Toronto, celle-ci est une “Perle” – une nouvelle convertie. Mais derrière cette apparente volonté d’intégration se cache une réalité plus complexe. Au contact de cette jeune femme venue de l’extérieur, et au moment où ses premières règles la rendent “mariable”, Agnes commence à percevoir les failles de ce monde qu’elle pensait immuable.

Environ un an après la fin de The Handmaid’s Tale, le showrunner Bruce Miller nous ramène à Gilead. Avec The Testaments, dont la première saison est diffusée sur Disney+, il propose de découvrir cet environnement dystopique sous un angle différent, cette fois à travers le regard de celles qui y ont grandi.

Une série pensée pour exister par elle-même

Adaptée du roman publié en 2019 par Margaret Atwood, la série opère un changement majeur : elle resserre la temporalité et se déroule seulement quelques années après les événements de la série originale, contre 15 ans dans le livre. Ce choix permet notamment de réintégrer le personnage de June, incarnée par Elisabeth Moss.

L’ambition affichée est double. D’un côté, fidéliser les spectateurs de la série originale en conservant ses codes visuels et ses thématiques. De l’autre, rendre The Testaments accessible à un nouveau public. Comme l’explique le producteur Warren Littlefield, la série a été « pensée comme un univers autonome, ne nécessitant pas de connaissance préalable. »

Les couleurs changent, l’horreur de Gilead reste la même

Visuellement, on retrouve les codes de The Handmaid’s Tale : cadrages très composés, personnages figés dans des décors presque picturaux, et une direction artistique où chaque couleur a une signification (notamment dans les « uniformes » des femmes selon la fonction qui leur est attribuée).  Cette esthétique familière s’accompagne d’une mise en scène légèrement moins oppressante en apparence, bien que toujours profondément claustrophobe. Même dans les espaces ouverts ou lumineux, une sensation d’enfermement persiste. La bande-son, souvent en décalage avec la violence des situations, renforce ce malaise diffus et participe pleinement à l’identité de la série.

Une dystopie de l’intérieur

Le principal déplacement opéré par The Testaments tient à son point de vue. Là où The Handmaid’s Tale reposait sur le regard d’une femme ayant connu “l’avant”, la nouvelle série adopte celui de jeunes filles n’ayant jamais vécu en dehors du régime. 

Au cœur du récit, deux adolescentes : Agnes et Daisy. Née et ayant grandi dans cet environnement où la violence systémique envers les femmes est intégrée comme norme, Agnes ne perçoit pas Gilead comme une aberration, mais comme une évidence. Elle en accepte les règles, les intériorise, les reproduit. Daisy agit comme contrepoint : elle incarne le regard extérieur. Mais plutôt que d’opposer frontalement deux visions, la série joue sur leur interaction progressive. 

La prise de conscience d’Agnes ne passe pas par une révélation brutale, mais par une accumulation de micro-dissonances ; le désir de Daisy d’intégrer Gilead cache autre chose qui se dévoile plus tard. Les regards changent, les attentes se resserrent, et le monde de Gilead révèle son caractère profondément coercitif. 

Si The Testaments reprend les thèmes de son aînée, elle en modifie sensiblement le traitement.La violence, toujours omniprésente, se fait plus insidieuse. Elle passe moins par des scènes de brutalité physique (même s’il y en a) que par des mécanismes d’humiliation, de contrôle et de pressions psychologiques. Les moments les plus marquants ne sont pas nécessairement les plus spectaculaires, mais ceux où la pression sociale s’exerce de manière diffuse : une présentation aux Commandeurs, un regard déplacé, une norme intériorisée. Cette approche renforce le malaise en ancrant la fiction dans une forme de réalisme psychologique.

Agnès et Daisy face à Tante Lydia

Une violence aux allures prophétiques 

    Moins frontale mais tout aussi inquiétante, The testaments aborde une question troublante : celle de l’endoctrinement. Comment un système oppressif parvient-il à se perpétuer non seulement par la contrainte, mais par l’adhésion ? Dans ces conditions, comment une génération peut-elle remettre en question l’ordre établi ?

    Si ceux qui ont vu The Handmaid’s Tale connaissent les codes de Gilead, ils n’en apparaissent pas moins terrifiants. D’autant plus que la série résonne fortement avec l’actualité. Contrôle du corps des femmes, maternité forcée, culpabilisation des victimes, mécanismes d’endoctrinement… autant de thématiques qui dépassent largement la fiction. Aujourd’hui encore, dans de nombreux pays, l’accès à l’avortement est restreint, voire interdit, et la liberté reproductive reste fragile. Et ce, malgré des formes de résistance :  aux États-Unis, certains se sont organisés pour aider les femmes à accéder à des pilules abortives en contournant les lois, et on retrouve exactement cette idée de résistance souterraine avec le réseau Mayday dans la série. 

    Dans The Testaments, les jeunes filles grandissent en pensant que ce système oppressif est normal. Une idée qui fait écho à des réalités bien concrètes, où normes sociales, politiques et religieuses peuvent façonner les corps et les esprits. La série agit alors comme un miroir grossissant : elle exagère certains mécanismes, mais met en lumière des dynamiques déjà à l’œuvre. Et c’est précisément ce qui la rend aussi dérangeante  : on ne se demande pas “et si ça arrivait ?”, mais “jusqu’où ça pourrait aller ?” »

    Avec The Testaments, Gilead n’a pas disparu. Il a simplement changé de visage. Moins frontal, plus introspectif, ce nouveau chapitre explore le système dystopique misogyne de l’intérieur, à travers une nouvelle génération qui, pour avoir intégré les normes, n’en garde pas moins une lueur d’espoir. Extension cohérente et stimulante de The handmaid’s tale, The testaments semble, plus que jamais, dialoguer avec notre présent.

    The testaments
    10 X 45′ environ
    Sur Disney+

    About author

    Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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