Surnommé le « Jack l’Éventreur du Sud-Est », Joseph Vacher est considéré comme l’un des premiers tueurs en série français. Auteur présumé d’une cinquantaine de meurtres tous plus violent les uns que les autres, Vacher constitue le point de départ possible d’un débat qui se trouve être toujours d’actualité. En effet, la question de la santé mentale liée à la responsabilité juridique est encore aujourd’hui discutée et étudiée. On vous propose 5 éléments pour comprendre cette affaire sanglante…
Du 26 au 28 octobre 1898 se tient le procès de Joseph Vacher. Soupçonné de plus de 50 meurtres, il est jugé et condamné à la peine de mort. Cette affaire provoque effroi et terreur sur les routes du Sud-Est de la France. Elle inspire même un film en 1976, Le Juge et l’Assassin, avec Michel Galadru dans le rôle de Joseph Bouvier (bouvier étant un synonyme de vacher).
1 – Jeunesse troublée et carrière à l’armée
Joseph Vacher naît le 16 novembre 1869 à Beaufort, en Isère. Fils d’une mère en proie à des hallucinations et avant-dernier d’une famille d’une quinzaine d’enfants, Joseph se montre rapidement cruel, envers les animaux par exemple. Il est également violent, atteint de crises de colère, brisant des objets et frappant ses frères et sœurs ainsi que ses camarades de classe. À 16 ans, il intègre les Frères Maristes, une congrégation dédiée à l’enseignement du droit pontificale : il y continue son instruction, et y enseigne même. Il en est renvoyé à ses 18 ans, entre autres pour attouchements sur ses camarades.
Après des mois à travailler dans les champs et une visite à sa sœur, devenue prostituée puis tenancière de maison close, Joseph est envoyé faire son service militaire. À l’armée, il est rapidement décrit comme psychiquement troublé et atteint de délire de persecution. Malgré son classement, il est d’abord recalé pour inaptitude au commandement. Après une tentative de suicide qui se voulait protestation, un entretien avec le colonel et une visite à l’infirmerie, il est finalement promut caporal, puis sergent.
Il est néanmoins réformé définitivement de l’armée après avoir passé plus de six mois à l’asile de Dole dans le Jura (d’où il tente de s’échapper par la suite) pour crises de paranoïa et hallucinations. Avant ça, il avait déjà fait preuve d’une violence inouïe lors d’une crise de colère. Après le refus de Louise Barrant, une jeune cantinière, de l’épouser, il lui dire dessus à trois reprises avant de se tirer deux balles dans la tête. Si les deux survivent, une balle vient se loger dans le rocher du cerveau de Joseph, lui provoquant une surdité ainsi qu’une paralysie partielle du visage et un œil rouge, injecté de sang.
2 – Vagabond, « tueur de bergers »
Dans les années qui suivent son départ forcé de l’armée et sa sortie de l’asile, Joseph devient un vagabond. Il arpente les routes du Sud-Est de la France, faisant parfois jusqu’à 60 kilomètres par jour. Ce circuit, comme l’apprendront plus tard les enquêteurs et le juge chargé de l’affaire, Émile Fourquet, correspond à plusieurs cas de meurtres non résolus survenus dans la région durant cette période.
Des cadavres mutilés et violés sont retrouvés dans plusieurs endroits de la région, et sont rapidement associés entre eux grâce au mode opératoire. Même si des témoins font la description d’un vagabond reconnaissable à une rougeur au niveau de l’œil. Malgré les témoignages, le suspect semble avoir disparu dans la nature et les affaires n’avancent pas.
En parallèle, Joseph est arrêté et emprisonné à plusieurs reprises, notamment en 1896 pour vagabondage et coups et blessures et en 1897 pour atteinte à la pudeur.
3 – Aveux, procès et « lettre aux Français »
Émile Fourquet, juge lors du procès de Vacher, ne confronte pas le suspect tout de suite. Pour savoir si tous les cas de meurtres similaires sont liés, il demande à Joseph se lui raconter ses déplacements. Ces informations, lui permettent de retracer assez précisément le parcours de l’homme, et ainsi de lier les différentes affaires entre elles, et à une figure commune : Joseph Vacher.
En échange d’une publication dans le journal Le Petit Parisien, Joseph avouera en tout douze crimes, dont onze meurtres et une tentative de viol. Pour sa publication, il écrit une « lettre aux Français » :

Malgré tous ces aveux, il ne sera jugé et condamné que pour un seul assassinat. Après trois jours de procès, du 26 au 28 octobre 1898, il sera finalement condamné à mort. Son histoire se termine sur le Champ-de-Mars de Bourg-en-Bresse, où il est guillotiné le 31 décembre 1898.
4 – Mode opératoire
L’affaire est étudiée par des psychologues et neurologues, et un « mode d’emploi » des actions de Vacher est dressé. Joseph s’attaque aux jeunes femmes et hommes isolées, d’où l’appellation « tueur de bergers ». Il tranche la gorge de ses victimes avant de les mutiler puis, dans la plupart des cas, de les violer.
5 – Santé mentale et responsabilité juridique
La question qui se pose lors du procès est la suivante : avons-nous affaire à un homme responsable ? À de nombreuses reprises, comme lors de ses multiples internements, la santé mentale de Joseph est questionnée. Néanmoins, lors de son procès, il est jugé coupable mais aussi responsable de ses actes.
Et justement, par la suite le déroulé du procès pousse à s’interroger sur l’état mental de l’accusé. Il aurait en effet porté autour du cou une pancarte affichant « j’ai une balle dans la tête », ou n’aurait cessé d’hurler « Vive Jésus ! Vive Jeanne d’Arc ! ».
Les comportements qui auraient pu laisser penser à une instabilité mentale divisent : sont-ils réels, ou supposés faire passer l’accusé pour fou, irresponsable, ne se contrôlant pas ? Si nous n’auront pas de réponse arrêtée, le verdict du procès déclare finalement Joseph responsable.