Certaines histoires frappent comme un coup de poing. L’affaire Pistorius en est une. D’un côté, l’athlète paralympique, admiré partout. De l’autre, la jeune femme de vingt‑neuf ans, retrouvée morte derrière la porte de la salle de bains le soir de la Saint‑Valentin. Entre l’athlète paralympique et la jeune femme, quatre coups de feu et une interrogation qui n’a jamais reçu de réponse. Voici ce qu’il faut savoir sur l’affaire Pistorius.
1 – Oscar Pistorius est une icône avant tout
Avant de parler du crie, il faut parler de l’homme. Sans parler de l’homme, les gens ne comprennent pas pourquoi l’affaire a fait tant de bruit.
Oscar Pistorius est né en 1986 à Johannesburg. À onze mois, on amputait les deux jambes d’Oscar Pistorius sous le genou à cause d’une malformation. Cette épreuve aurait pu briser n’importe qui. Il a transformé cette douleur en moteur. Oscar Pistorius a commencé à courir avec des prothèses en lame de carbone et Oscar Pistorius court très vite. Le monde entier le surnomme « Blade Runner ».
Le parcours de l’athlète devient fou parce que l’athlète ne se contente pas de dominer le circuit paralympique. L’athlète veut courir avec les valides. Les instances sportives s’opposent pendant des années. L’athlète se bat, gagne le droit de participer, et en 2012, s’aligne sur le 400 mètres aux Jeux Olympiques de Londres. Cette réalisation est une première dans l’histoire du sport. Le monde entier est debout pour l’athlète.
Dix‑huit mois après, le même monde verra la personne comparaitre devant le tribunal pour meurtre.
2 – La nuit du 14 février 2013
La nuit était comme d’habitude dans le quartier résidentiel de Silver Woods, à Pretoria. Le quartier était fermé et sécurisé, et les habitants aisés vivaient dans le quartier pour fuir la violence qui touche le pays. Vers trois heures du matin, des voisins ont entendu quatre détonations. Les voisins ont immédiatement appelé les secours.
Les policiers arrivent sur les lieux et découvrent le corps de Reeva Steenkamp dans les toilettes de la chambre principale. Reeva Steenkamp a 29 ans. Reeva Steenkamp est une personnalité connue en Afrique du Sud, mannequin et ancienne étudiante en droit, souvent présente dans les magazines. Reeva Steenkamp sort avec Oscar Pistorius depuis à peine trois mois.
Le tireur a tiré quatre coups de feu à travers la porte fermée des toilettes, sans ouvrir la porte. Trois balles ont touché la femme. La femme ne a pas eu le temps de comprendre ce qui se passait.
3 – Sa version des faits, les zones d’ombre
Pistorius ne nie pas le tir. Il nie seulement l’intention de tuer Reeva. Pistorius affirme ne pas dormir et a bien entendu un bruit dans les toilettes. Il a paniqué en pensant à la présence d’un cambrioleur. Oscar a tiré sans allumer la lumière et sans vérifier si Reeva était à côté de Pistorius dans le lit.
Je trouve que l’Afrique du Sud est parmi les pays les plus violents du monde. Les cambriolages se produisent même dans les quartiers fermés. Sa défense s’appuie fortement sur les cambriolages.
Le parquet soulève des questions simples. Un homme ne remarque pas que sa compagne a quitté le lit avant de tirer sur une silhouette. Pourquoi Reeva est allée aux toilettes au milieu de la nuit sans faire de bruit, sans que le mari entende Reeva se lever ? Des voisins disent avoir entendu des cris avant les coups de feu. Les messages trouvés sur le téléphone de Reeva montrent une relation plus compliquée que ce que Pistorius laissait entendre.
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4 – Un procès que tout le monde a vu
Le procès de l’affaire Pistorius commence le 3 mars 2014 à la Haute Cour de Pretoria. Pour la première fois en Afrique du Sud, les caméras filment les audiences. Ainsi, des millions de personnes regardent le procès en direct depuis leur canapé, comme une série.
Pistorius pleure à la barre. Le procureur Gerrie Nel pose des questions à l’ancien coureur pendant des heures, ce qui le pousse dans ses retranchements, relève chaque contradiction. L’atmosphère est tendue, l’atmosphère est glaçante.
En mai 2014, le procès s’arrête pour permettre une évaluation psychiatrique. En juin, les experts déclarent que Pistorius porte l’entière responsabilité de ses actes de cette nuit. Le 12 septembre 2014, la juge Thokozile Masipa prononce le verdict : coupable, mais pas meurtre, homicide involontaire. La peine est de cinq ans de prison. De nombreux juristes présents dans la salle jugent que le verdict constitue une grave erreur juridique et que la juge a mal appliqué la loi.
5 – Une condamnation qui change, une liberté qui dérange
L’affaire Pistorius ne s’arrête pas au premier verdict. L’affaire Pistorius continue à évoluer. La Cour d’appel requalifie les faits en meurtre. La peine passe à six ans. La Cour suprême porte la peine à treize ans et cinq mois en 2017. Le parquet avait jugé les premières sentences bien trop légères.
Le 5 janvier 2024, Oscar Pistorius quitte la prison après avoir purgé un peu plus de la moitié de sa peine. Oscar Pistoriusbénéficie d’une liberté conditionnelle et doit suivre une thérapie contre les violences faites aux femmes ainsi qu’un programme de gestion de la colère. Il sort de prison dans la discrétion totale ; aucune heure de sortie n’a été communiquée par les autorités. Oscar Pistorius ne peut pas s’exprimer dans les médias.
La mère de Reeva, June Steenkamp, a déclaré ne plus avoir la force de lutter. Cette dernière a créé une fondation au nom de Reeva afin de protéger d’autres femmes. Oscar Pistorius reste sous conditions jusqu’en décembre 2029.
Ce qui rend l’affaire Pistorius si particulière, c’est que l’affaire Pistorius ne laisse vraiment personne indifférent. Au fond, la vraie question n’est pas juridique, la vraie question est humaine. Faut‑il croire cet homme, oui ou non ? Intimement convaincue que Pistorius a sciemment tué Reeva sous l’effet de la colère, la famille Steenkamp avait refusé un dédommagement financier de sa part en 2014. Elle espérait des remords ; le meurtrier s’en est tenu à sa version accidentelle des faits. « Seul Oscar détient la vérité », a regretté Barry. Mais les Steenkamp ne renoncent pas à la connaître. À la télévision britannique, la mère de Reeva, June, a ainsi décrit l’interminable deuil de leur fille : « Une part de notre vie s’en est allée, mais on la reverra un jour et c’est ce qu’on attend avec impatience. »