Il était l’un des buteurs les plus prometteurs du rugby tricolore. Aujourd’hui, le nom de Melvyn Jaminet résonne autant dans les prétoires que dans les stades. Ce jeudi 7 mai 2026, la justice française a franchi un cap décisif dans une affaire qui dépasse largement le simple cadre sportif.
Le transfert truqué de Melvyn Jaminet
Tout commence en 2022. Le Stade Toulousain recrute Melvyn Jaminet depuis l’USA Perpignan, alors que le joueur honore encore son contrat avec le club catalan. Pour contourner le salary cap ce plafond salarial qui encadre les dépenses des clubs de Top 14 le club contraint le joueur à contracter lui-même un prêt de 450 000 euros, avec la promesse de le rembourser plus tard. Un montage discret, mais explosif.
L’affaire reste dans l’ombre pendant trois ans. C’est en janvier 2025 que tout éclate : le journal L’Équipe révèle que Melvyn Jaminet a été victime d’un montage illégal orchestré par le Stade Toulousain pour financer son transfert. La bombe fait l’effet d’un séisme dans le milieu du rugby professionnel français. Au moment du transfert, le Stade Toulousain a également passé un contrat de 500 000 euros avec une société basée en Polynésie nommée Pacific Heart et ce qu’il est advenu de ces fonds constitue l’un des principaux points d’ombre de toute l’affaire.

Des sanctions sportives insuffisantes face à l’ampleur des faits
Face aux révélations, les instances du rugby réagissent. En mars 2025, pour abandonner les poursuites disciplinaires, Toulouse accepte de verser 1,3 million d’euros à la Ligue nationale de rugby. Mais ce règlement financier n’éteint pas l’incendie. En décembre 2025, la commission de discipline sanctionne une nouvelle fois le Stade Toulousain : le club écope de deux points de retrait au classement du Top 14 2025-2026 et d’une amende de 45 000 euros.
Sur le plan pénal, une enquête s’ouvre en avril 2025 pour abus de biens sociaux et faux. Mais les investigations révèlent rapidement que l’affaire est bien plus grave qu’il n’y paraissait.
La justice monte d’un cran : blanchiment en bande organisée
C’est là que l’actualité frappe fort. Ce jeudi 7 mai 2026, le procureur de la République de Toulouse transfère le dossier à la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Bordeaux, une juridiction spécialement compétente pour traiter les affaires criminelles complexes. La raison ne laisse aucune place au doute : les enquêteurs examinent désormais les faits sous l’angle de l’escroquerie et du blanchiment en bande organisée.
En d’autres termes, ce qui ressemblait à un simple bricolage comptable pour contourner le salary cap révèle aujourd’hui les contours d’un réseau organisé, dont les flux financiers suspects traversent les frontières. Le président du Stade Toulousain, Didier Lacroix, a reconnu « un manque de vigilance » et a pointé du doigt des intervenants extérieurs. Le club, de son côté, affirme se féliciter qu’une enquête pénale puisse identifier les auteurs du détournement.
Quant à Melvyn Jaminet, il porte aujourd’hui le maillot du RC Toulon, club de sa région natale. Dans cette affaire, les observateurs le présentent avant tout comme une victime un joueur que des adultes ont instrumentalisé, des adultes qui connaissaient très bien les règles qu’ils bafouaient. La JIRS de Bordeaux doit maintenant démêler les fils de ce dossier tentaculaire. Le rugby français retient son souffle.