Diffusé par surprise avant la cinquième et dernière saison, l’épisode de The Bear intitulé Gary est centré sur la relation entre Mikey et Richie.
C’est quoi, The Bear : Gary ? Richie (Ebon Moss-Bachrach ) est heureux en ménage : sa compagne est même sur le point d’accoucher. Ce jour-là, par une froide journée d’hiver, il accompagne Mikey (Jon Bernthal) à Gary, une petite ville de l’Indiana, pour effectuer une livraison pour l’oncle Jimmy. Les cousins prennent la route pour s’acquitter de leur mission. Commence alors un road trip avec musique à fond dans la voiture, rigolade, discussions légères ou plus profondes… mais aussi tension, disputes et règlements de compte. Nous sommes quelques années avant The bear. Avant l’arrivée de Carmy à Chicago. Avant l’ouverture du restaurant. Avant le suicide de Mikey.
Un épisode surprise avant la fin
Sorti inopinément sur Disney+ le 6 Mai dernier, en dehors de la saison 4 et quelques semaines avant l’arrivée annoncée de la cinquième et dernière saison, Gary est un épisode apparemment anecdotique dans The Bear. : un prequel, centré sur Mikey et Richie. Mais derrière cette apparente parenthèse se cache en réalité un épisode essentiel, une pièce centrale qui éclaire rétrospectivement toute la tragédie émotionnelle de la série.
Le fait que l’épisode soit coécrit par Jon Bernthal et Ebon Moss-Bachrach, interprètes respectifs de Mikey et Richie, renforce encore cette impression. Gary donne le sentiment d’être conçu depuis l’intérieur même des personnages. Ce n’est ni un spin-off opportuniste ni un épisode “explicatif” destiné à combler artificiellement des trous narratifs. C’est plutôt une tentative de passer enfin du temps avec deux figures dont la relation hantait la série depuis ses débuts. Et surtout avec Mikey.
Retour avant le chaos
Chronologiquement, Gary se déroule plusieurs années avant les événements de la première saison, environ cinq ans avant le retour de Carmy à Chicago. Le restaurant n’existe pas encore sous la forme que l’on connaît, Richie est toujours marié et sur le point de devenir père, et Mikey est encore vivant.
Ce simple fait suffit à donner à l’épisode une tonalité particulière. Car depuis le début de The Bear, le suicide de Mikey constitue à la fois le point de départ du récit et son traumatisme fondateur. Toute la série semble structurée autour de cette absence.
Le script est volontairement minimaliste : Richie accompagne Mikey à Gary, dans l’Indiana, pour effectuer une livraison à la demande de l’oncle Jimmy. Le trajet prend alors la forme d’un road trip mélancolique : musique à fond dans la voiture, plaisanteries, arrêts dans des stations services ou des bars de banlieue, match de basket improvisé avec des adolescents, discussions absurdes ou plus intimes. Pendant une bonne partie de l’épisode, rien de spectaculaire ne se produit réellement.
Et pourtant, une tension sourde imprègne chaque scène. Parce que le spectateur connaît déjà l’issue de l’histoire.

Le fantôme de Mikey prend corps
C’est probablement la plus grande réussite de l’épisode : transformer Mikey en personnage pleinement incarné. Jusqu’ici, Michael Berzatto existait surtout comme une figure fantomatique. Les autres personnages parlaient constamment de lui, vivaient dans son ombre, tentaient de réparer ce qu’il avait laissé derrière lui. Mais lui-même apparaissait rarement, souvent dans des flash-back et presque toujours à travers le regard des autres. Gary change cette perspective. Pour la première fois, la série passe réellement du temps avec Mikey dans un contexte quotidien banal, et c’est cette banalité qui rend l’épisode bouleversant.
Jon Bernthal livre probablement ici sa performance la plus nuancée dans la série. Son Mikey est à la fois magnétique, drôle, chaleureux, profondément vivant… et déjà complètement détruit intérieurement. Il suffit parfois d’un changement de ton ou d’un silence un peu trop long pour voir apparaître autre chose : une colère rentrée, une fatigue morale immense, une haine de soi impossible à contenir durablement.
Ce mélange explosif, déjà visible dans des épisodes comme Fishes, atteint ici une dimension presque tragique. Progressivement, on comprend que Mikey ne parvient plus à imaginer de futur possible pour lui-même. Et qu’il se déteste. Ce désespoir et cette haine de soi finissent par contaminer toutes ses relations, notamment celle qu’il entretient avec Richie.

Un road trip comme huis clos émotionnel
Le choix du road trip est loin d’être anodin. Dans le cinéma américain, le voyage en voiture est souvent associé à l’idée de liberté ou de transformation personnelle. Christopher Storer détourne complètement cette tradition : le trajet ressemble moins à une échappée qu’à un enfermement progressif.
La voiture devient un huis-clos mobile où toutes les tensions affectives remontent à la surface. Comme souvent dans The Bear, il ne se passe pas énormément de choses en termes d’action pure. Tout se joue dans les échanges, les silences, les changements d’humeur brutaux, la manière dont les personnages se rapprochent puis se blessent presque instantanément.
L’épisode travaille aussi admirablement la question du temps suspendu. La journée semble s’étirer indéfiniment, comme si les personnages restaient bloqués dans une parenthèse fragile avant le retour inévitable du réel.
Cette logique est poussée jusqu’au bout. Chaque moment joyeux est traversé par une forme de fatalité. Chaque éclat de rire semble déjà contaminé par la tragédie à venir. Et c’est probablement ce qui rend la fin aussi bouleversante. Sans révéler précisément son contenu, disons simplement que Gary se termine sur une image qui résume parfaitement toute la série : celle d’un personnage incapable de se libérer complètement du fantôme de quelqu’un qu’il a aimé autant qu’il en a souffert.
Certains spectateurs ont considéré Gary comme un épisode accessoire, voire dispensable. C’est sans doute passer à côté de ce qui fait la singularité de The Bear. Si cet épisode n’apporte pas de révélations majeures, son ambition est plus discrète — et finalement plus importante : donner une densité humaine supplémentaire à une relation qui structurait déjà toute la série en creux. Et avant son ultime saison, la série rappelle que ses plus grandes tensions ne viennent pas de la cuisine, mais des blessures que ses personnages transportent avec eux.