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Les concerts de Patrick Bruel seront-ils annulés ?

Le 16 juin 2026, Patrick Bruel doit monter sur la scène du Cirque d’Hiver Bouglione à Paris pour lancer sa grande tournée des 35 ans d’Alors regarde. Il s’agit d’une grosse tournée puisque 57 dates ont été programmé par la production, dans 48 villes de France, de Suisse, de Belgique et du Canada. Mais depuis les révélations de Mediapart et du magazine Elle, plus de trente femmes ont porté contre lui des accusations de viols et d’agressions sexuelles qui ont tout changé. La question est désormais au coeur des débats : ces concerts auront-ils vraiment lieu ?

La présomption d’innocence, argument central des producteurs

Du côté des organisateurs, la réponse est, pour l’instant, unanime : la tournée est maintenue. L’argument avancé reste toujours le même, celui de la présomption d’innocence. Daniel Devoux, producteur du festival L’été au château à Salon-de-Provence, a été l’un des premiers à s’exprimer publiquement et sa position ne souffre d’aucune ambiguïté : « Il n’y a pas de déprogrammation du tout à l’ordre du jour. La présomption est le maître-mot. Aujourd’hui, les juges jugent et les producteurs produisent. »

Le directeur du festival Les Grandes Marées de Jullouville, Pierre Betton, partage ce point de vue, tout en insistant sur les contraintes contractuelles : « On n’annule pas un artiste comme ça sans son consentement, il y a un contrat. » Il rappelle par ailleurs que Patrick Bruel « n’a pas été jugé ». Une position qui résume bien l’état d’esprit général d’un milieu de la production musicale française que ces accusations coincent entre pression morale et obligations légales.

Du côté de l’entourage direct du chanteur, la ligne est en effet identique. Son avocate Céline Lasek a été claire auprès de franceinfo : « Je ne vois pas ce qui empêcherait cette tournée d’avoir lieu. Monsieur Bruel est présumé innocent. » Autant de déclarations qui rappellent un principe juridique fondamental en France, mais qui ne font pas taire pour autant les collectifs féministes, qui eux, réclament désormais l’application d’un principe de précaution.

Une impasse contractuelle, des fans qui ne savent plus quoi penser

Derrière ces prises de position publiques se cache cependant une réalité bien plus inconfortable. Plusieurs directeurs de festivals ont confié à RTL, hors micro, que la situation les place dans une impasse totale. Annuler les concerts représenterait des centaines de milliers d’euros de frais, entre remboursements de billets, défraiements contractuels et pertes commerciales colossales.

Or, si les producteurs eux-mêmes déclenchent l’annulation, c’est eux qui supportent l’intégralité de la facture, une perspective que personne ne veut envisager. « Tant qu’il n’annule pas lui-même, nous ne pouvons rien faire », confie ainsi l’un d’eux anonymement. Un autre résume la situation avec une franchise désarmante : « On en vient à espérer que ce soit lui qui prenne les devants et se retire. » En d’autres termes, tout le monde attend que Bruel fasse le premier pas, mais personne ne veut l’y contraindre.

Les fans, eux, se retrouvent dans une position tout aussi délicate. Le collectif Salon féministe a lancé une pétition qui a déjà recueilli plus de 16 500 signatures en quelques jours. Une militante du collectif affirme par ailleurs « qu’on a tous une responsabilité morale » quant au fait que les individus soient libres ou non de se rendre aux concerts. Certains spectateurs demandent des remboursements, que les théâtres et salles de concert refusent. Sur BFM, une auditrice prénommée Stéphanie a raconté, la voix brisée : « J’ai subi la Bruelmania. J’ai tous ses bouquins, j’ai vu tous ses films, j’ai vu plein de concerts. Là, je suis anéanti. » Une autre spectatrice, plus radicale, tranchait quant à elle : « Je vais brûler mes billets. » Deux réactions qui illustrent, en quelques mots, toute la fracture qui traverse désormais la communauté des fans du chanteur, et au-delà, celle du grand public français.

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