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On a vu pour vous… Gomorra : les origines – la jeunesse de Don Pietro

Gomorra : le origini nous plonge dans le Naples de 1977 pour raconter l’ascension du jeune Pietro Savastano, futur parrain impitoyable de la Camorra. 

C’est quoi, Gomorra : le origini ? Dans les années 1970, Pietro Savastano (Luca Lubrano) a seize ans et il vit à Secondigliano, zone périphérique et misérable de Naples. Il admire profondément Angelo A’ Sirena (Francesco Pellegrino), un jeune lieutenant mafieux qui contrôle le quartier pour le compte des chefs de la Camorra. Avec ses amis, Pietro tente d’attirer son attention par de petits délits, pour prouver sa valeur. Angelo remarque vite ce jeune garçon ambitieux et le prend sous son aile. A ses côtés, Pietro va gravir les échelons de la mafia locale, en affrontant notamment le vieux capo Antonio Villa et surtout son fils Santo, qui souhaite étendre les activités criminelles au trafic d’héroïne…

Depuis la publication du roman de Roberto Saviano en 2006, l’univers de Gomorra n’a cessé de s’étendre. Après le film de Matteo Garrone, la série culte puis le long-métrage L’Immortale, voici le préquel. Présentée au festival de Monte-Carlo, Gomorra : Le origini remonte à la source du mal, à la fin des années 70, dans un Naples ravagé par la pauvreté, la spéculation immobilière, la criminalité et l’abandon politique.

La série suit Pietro Savastano, alors âgé de seize ans. Orphelin de père, élevé dans la misère à Secondigliano, il rêve d’un avenir meilleur. Fasciné par Angelo « A’ Sirena », un jeune lieutenant de la Camorra charismatique et ambitieux, Pietro cherche à se faire une place dans ce monde de violence et de pouvoir tandis que les tensions entre différents clans s’intensifient autour du trafic de cigarettes, puis de l’arrivée de l’héroïne. En parallèle, la série raconte la rencontre entre Pietro et Imma, son épouse dans la série originale.

Une reconstitution historique impressionnante

Le premier choc vient de l’esthétique. Visuellement, la série évoque parfois Romanzo Criminale par son grain chaud, ses couleurs sépia et sa manière de mêler romantisme criminel et réalisme social. Marco D’Amore, co-créateur de la série et interprète de Ciro dans Gomorra, transforme Naples en gigantesque fresque sociale. Le Secondigliano de 1977 n’est pas qu’un décor : c’est un personnage à part entière. Les rues poussiéreuses, les terrains vagues, les immeubles en construction et les bars enfumés composent une ville à l’abandon où la Camorra profite du vide laissé par l’État pour devenir une structure parallèle.

Le travail sur les costumes, les accessoires et la bande-son mérite également d’être salué. Entre chansons populaires italiennes, rock américain et références culturelles de l’époque, la série recrée avec précision une jeunesse napolitaine fascinée par les symboles venus d’ailleurs : vêtements américains, télévision, cinéma, rêve d’Amérique.

Cette dimension historique nourrit constamment le récit. La Camorra n’est pas encore l’organisation ultramoderne et mondialisée de la série originale. Ici, le crime organisé ressemble davantage à une économie de survie née de la faim, du chômage et de l’absence totale de perspectives.

Le récit initiatique d’une jeunesse perdue

Pietro Savastano, fabrication d’un anti-héros

Mais le vrai sujet de la série est ailleurs. Pietro Savastano n’est pas encore Don Pietro. Il n’est qu’un adolescent silencieux, perdu et maladroit qui rêve simplement d’une vie digne. La série cherche justement à comprendre comment un garçon pauvre de Secondigliano peut progressivement accepter la violence comme unique moyen d’ascension sociale. Pietro ne veut pas devenir un criminel par fascination romantique. Il veut sortir de la misère.

Cette approche transforme le préquel en véritable récit initiatique. Pietro découvre peu à peu les règles de la Camorra : le respect, la peur, la loyauté provisoire, les compromis permanents. Angelo « A’ Sirena » devient alors une figure centrale.

Luca Lubrano peine parfois à transmettre les émotions du jeune Pietro, en raison d’un jeu un peu figé et minimaliste. Mais face à lui, Francesco Pellegrino crève l’écran. Il fait d’Angelo le personnage le plus captivant de la série : un homme charismatique et ambigu, qui représente à la fois la promesse d’une vie meilleure et le piège définitif du crime organisé. Son surnom de « Sirène » fonctionne comme une métaphore évidente : Pietro est attiré par une voix séduisante qui le mène lentement vers sa destruction.

Angelo A Sirena, mentor du futur Don Pietro

Un préquel qui ose changer de ton

Sans surprise, l’univers de Gomorra reste fidèle à lui-même : trahisons, règlements de comptes, alliances fragiles et brutalité quotidienne rythment les six épisodes. Et bien sûr, les amateurs de Gomorra reconnaîtront certains lieux ou les prémices de futurs événements. Mais le récit fonctionne également comme une œuvre indépendante, a fortiori car il porte un regard différent, plus contemplatif, presque romanesque par moments. 

Là où la série originale plongeait immédiatement dans une guerre mafieuse ultra violente, ce préquel prend le temps d’observer les rêves, les frustrations et les illusions d’adolescents qui cherchent simplement à exister. C’est donc un récit moins brutal, moins nihiliste et parfois même plus lumineux et émouvant . Le résultat ressemble parfois davantage à un drame social qu’à une série mafieuse classique.

Cette orientation fonctionne particulièrement bien dans les scènes entre Pietro et Imma, relation d’autant plus tragique qu’on en connaît le dénouement. La série insiste également sur l’idée qu’ils auraient pu échapper à ce destin, rendant leur basculement vers le crime encore plus amer. Comme l’univers criminel napolitain, les personnages sont encore en construction – mais, que l’on ait suivi ou non Gomorra, on sait bien que le pire reste à venir.

Gomorra : le origini réussit un exercice délicat : enrichir la mythologie et infléchir subtilement le ton sans trahir son identité. En racontant comment un adolescent pauvre devient Don Pietro Savastano, la série rappelle une chose essentielle : dans l’univers de Gomorra, le véritable monstre n’est pas seulement la Camorra, mais aussi un système social qui pervertit les rêves d’enfants. Plus mélancolique que la série originale, ce préquel transforme la chronique mafieuse en récit d’une jeunesse perdue. Car Marco D’Amore comprend parfaitement ce qui fait la force de Gomorra : derrière les armes et les règlements de comptes, il y a toujours une tragédie humaine.

Gomorra : le origini
8 X 50 ‘ environ
Dès le 24 août sur Canal+

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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