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On a vu pour vous… « Obsession », le film d’horreur événement

Premier film de Curry Barker, 26 ans, Obsession est l’un des plus grands phénomènes cinématographiques de 2026. 300 millions de dollars au box-office mondial pour moins d’1 million de budget mais le film est-il aussi bon qu’il est rentable ?

À l’approche de la fête du cinéma et des réductions des prix de séances à 5 euros, Obsession est un des films à ne pas manquer. Produit avec un budget estimé à 750 000 dollars, Obsession en a rapporté plus de 300 millions dans le monde. Un ratio qui en fait l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma. En France, le succès est tout aussi impressionnant, plus d’un million de spectateurs sont allés découvrir le film en salle. Il s’agit du deuxième film d’horreur de l’année à dépasser ce cap symbolique, après Scream 7 mais derrière les chiffres, qu’est-ce que le film vaut vraiment ?

Obsession, le premier film d’un petit génie de Youtube

Obsession est un film d’horreur psychologique américain écrit et réalisé par Curry Barker. Il est présenté pour la première fois dans la section Midnight Madness du Festival de Toronto 2025 le 5 septembre 2025. Une semaine plus tard, la guerre des enchères commence. Focus Features l’emporte face à A24 et NEON après une bataille acharnée. Le film est racheté pour plus de 15 millions de dollars.

Curry Barker, le réalisateur s’est d’abord fait connaître grâce à un tandem comique formé avec Cooper Tomlinson, l’acteur de Ian dans le film. Sous le nom That’s a Bad Idea, le duo séduit un public fidèle avec des sketchs sur YouTube. Son court métrage The Chair cumule plus de 9 millions de vues sur la plateforme. Venu de la comédie, il réalise pourtant un film d’horreur à la tension impeccable. Au casting, Michael Johnston incarne Baron « Bear » Bailey, jeune romantique introverti amoureux de son amie d’enfance Nikki Freeman, jouée par Inde Navarrette. Les deux travaillent ensemble dans un magasin de musique. Le tournage se déroule en octobre 2024. La cheffe décoratrice Vivian Gray transforme une maison de Burbank, en Californie, pour servir de résidence au personnage de Bear.

Le scénario tient en une ligne, Bear achète dans une boutique ésotérique un One Wish Willow, un objet fantaisiste censé exaucer l’unique vœu de la personne qui le brise. Frustré de ne pas parvenir à déclarer sa flamme à Nikki, il brise l’objet en souhaitant qu’elle l’aime « plus que tout au monde. » Il n’avait pas anticipé qu’aimer quelqu’un à ce point implique une transformation radicale de la personnalité.

Obsession et sa tension indiscociable

Obsession est avant tout un film de performance, Inde Navarrette livre une prestation incroyable qui reste en mémoire longtemps. Ce type de rôle radical, qui pourrait vite tourner au ridicule, demande du courage. La comédienne s’en acquitte avec un aplomb indéniable, passant d’une émotion à l’autre avec une aisance déconcertante. Elle est terrifiante, jamais caricaturale. Après une courte lune de miel, l’amour sans limite de Nikki révèle son envers. Une haine absolue envers tout ce qui pourrait l’entraver. Incapable de résister aux torrents émotionnels que lui impose son envoûtement, Nikki se mue peu à peu en une présence inquiétante et en une entité vidée de sa substance. En jouant habilement de ruptures rythmiques et de ton, Barker accouche de quelques visions marquantes, tel ce long plan glaçant qui figure Nikki immobile dans l’appartement, tandis qu’elle attend toute la journée le retour de Bear.

Curry Barker sait filmer un désir possessif sans le rendre noble. Il regarde Bear assez longtemps pour le comprendre, puis refuse de le sauver. Ce refus fait du bien car c’est là la vraie force du film. Il est aussi pertinent dans son propos sur les relations homme-femme post #MeToo que dans sa forme, où le malaise se mue peu à peu en pur effroi. Michael Johnston joue Bear avec un mélange utile de douceur molle, de panique et de mauvaise foi. Sa fragilité n’a rien de noble, elle devient pénible dès qu’elle réclame réparation. Les choix visuels très marqués et stylisés du film lui confèrent un côté presque intemporel. Le malaise se distille par petites touches, crescendo, pour ne plus nous lâcher. Obsession regorge de moments provoquant des rires grinçants, mais aussi et surtout de deux très bonnes scènes de flip qui devraient renvoyer pas mal de concurrents au placard.

Ce qui fonctionne moins

Le principal angle mort du film est d’ordre politique autant que cinématographique. En collant si souvent à Bear, le récit laisse Nikki devenir l’espace où se vérifie sa défaillance. Le film le sait, du moins en partie. Il essaie de faire sentir que son corps, sa parole et sa mémoire sont attaqués. Malgré cela, le point de vue masculin garde trop souvent la main. Quand un film dénonce la possession mais organise beaucoup de scènes à travers celui qui possède, il doit redoubler de précision. Barker y arrive par moments, surtout quand Nikki résiste par de petits écarts. À d’autres instants, le scénario donne trop de place à Bear et à son effondrement.

L’écriture est parfois trop explicative, certains dialogues soulignent ce que la mise en scène montrait déjà ce qui est dommage. L’intrigue est minimaliste et le scénario ne va pas chercher beaucoup plus loin que son idée de départ. Les personnages secondaires manquent d’épaisseur et ressemblent à des fonctions narratives plus qu’à des êtres humains et la résolution finale, si elle satisfait sur le plan du spectacle, laisse quelques questions en suspens qui auraient mérité d’être creusées.

En finalité ce premier long métrage de Curry Barker est une vraie réussite. Plus qu’un simple film d’horreur mêlant angoisse et psychologie. Le film transmet un message intéressant à propos des relations toxiques à notre époque. Malgré la limite des 750 000 euros de budget qui se fait parfois ressentir, le film laisse percevoir un avenir radieux pour Curry Barker le réalisateur, Michael Johnston l’acteur principal et Inde Navarette l’actrice de Nikki.

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