Connue pour ses premiers rôles plus solaires à ses débuts, Alexia Barlier s’impose aujourd’hui dans des registres plus sombres, intenses et authentiques. Dans Les Évaporés, elle incarne Esther, une commandante de police à fleur de peau, éprouvée par trois années d’enquêtes éprouvantes sur des disparitions.
Dévastée par la disparition soudaine et inexpliquée de son mari, Esther Bazin, capitaine de police, est au bord du précipice. Selon la loi, son mari, étant majeur et sain d’esprit, a le « droit fondamental » de disparaître, et aucune enquête de police ne peut être lancée. Face à cette impasse, mais grâce au destin, aidée par son supérieur et ami Dominique, Esther trouve sur sa route deux civils membres du Groupe de Recherche des Disparitions Volontaires (GRDV).
Avec eux, elle trouve son salut et monte une brigade au profil singulier. Leur mission ? Résoudre des affaires sur les « disparitions volontaires » qui leur semblent étranges, inquiétantes, malgré le vide juridique qui entoure ces cas-là, aux yeux de la loi. Esther rejoint Douma et Frankie, déjà lancés dans cette quête nécessaire : celle de retrouver ces « évaporés » sur lesquels la police ne peut, légalement, enquêter.
LA MÉTAMORPHOSE D’UNE ACTRICE
Au fil des années, on a l’impression que le regard de la profession sur vous a évolué. Vous êtes passé de la « jeune première » lumineuse à des personnages plus sombres, plus bruts, « dark ». Est-ce une évolution que vous avez ressentie toi-même ?
Alexia Barlier : Ça me fait vraiment plaisir d’entendre ça ! C’est vrai que lorsqu’on travaille un personnage, on a la tête dedans et comme nous avons terminé de tourner il y a seulement quatre mois et demi, je n’avais pas encore beaucoup de recul. Mais effectivement, ce personnage est plus dark, plus brut (raw), sans compromis et extrêmement authentique. Elle n’est pas polie, elle est prête à tout, et au fil de la série, on s’aperçoit qu’elle dépasse parfois la ligne jaune, même si elle est flic. C’était tellement intéressant à jouer ! Quand on est comédienne, c’est génial de ne pas faire toujours la même chose et je suis heureuse que les producteurs, le réalisateur et la chaîne m’aient fait confiance pour ce virage.
Avez vous eu peur à un moment de votre carrière d’être enfermée dans un certain type de personnage ?
Alexia Barlier : J’avais très peur de ça au tout début de ma carrière. Si tu te souviens, avant des projets comme Kali, je jouais systématiquement la maîtresse ou la jeune fiancée de tous les grands acteurs français : Jacques Villeret dans Vipère au poing, Pierre Arditi au théâtre avec un gros écart d’âge, Daniel Auteuil dans Dialogue avec mon jardinier… Je les ai enchaînés ! J’avais très peur de rester bloquée dans l’étiquette de « la jolie blonde », ce qui était un peu frustrant au début. J’ai été tellement heureuse quand les rôles d’action et de flics sont arrivés. Ça me correspond mieux, j’aime apporter de la profondeur et j’ai un côté garçon manqué. J’aime quand c’est brut et que ce n’est pas juste « joli et poli ».

Sur Les Évaporés, cette esthétique brute se ressent à tous les niveaux, de l’écriture au maquillage, jusqu’à la lumière…
Alexia Barlier : Absolument. Que ce soit la coupe de cheveux, le maquillage, les costumes ou la lumière, rien n’a été fait pour forcément flatter le visage. C’est un parti pris visuel brut qui sert directement le sujet qu’on raconte, et c’est une excellente chose.
L’INTENSITÉ DU PERSONNAGE D’ESTHER
Dès la scène d’ouverture, votre personnage est poussé à bout, à deux doigts de faire justice elle-même face à un prédateur. Comment appréhendez vous cette rage contenue ?
Alexia Barlier : Esther est habitée par des sentiments intenses de détresse, de désespoir et de colère. C’est une femme qui traque ce suspect depuis trois ans, qui a passé d’immenses moments avec la famille des victimes pour essayer de leur donner de l’espoir, avec à chaque fois l’échec tragique de retrouver les filles déjà mortes. Quand elle tient enfin le coupable entre ses mains et qu’on lui annonce que la victime est mortelle, la colère explose. C’est l’intervention physique de son collègue qui l’empêche d’aller plus loin. Dans de telles situations, la frontière avec l’impulsivité est très mince.
L’épisode 4 comporte un face-à-face monumental en prison entre vous et le personnage joué par Bastien Ughetto. Comment s’est passé ce tournage ?
Alexia Barlier : C’est mon épisode préféré, je le trouve tout simplement dingue ! Ce moment où elle a le déclic sur la route, puis cette joute psychologique lors de l’interrogatoire… C’était formidable de travailler avec Bastien Ughetto, qui est un acteur extrêmement intéressant et inspiré. Nous sommes très différents dans notre jeu, mais il y a eu une immense complicité et un grand respect mutuel. On a pris un plaisir fou à jouer ce chantage et cette confrontation. On avait vraiment l’impression de faire du grand cinéma.
UNE ALCHIMIE D’UN TRIO ET UN PROPOS HUMAIN
Comment un personnage aussi sombre qu’Esther parvient-il à trouver son équilibre avec le binôme formé par Douma et Francky (Foed et Faustine), qui semblent à l’opposé d’elle ?
Alexia Barlier : C’est exactement ce dont elle a besoin à ce moment de sa vie ! Esther a 20 ans de métier derrière elle et a sacrifié trois ans de sa vie personnelle pour cette enquête. Elle n’en peut plus de la mort. Rencontrer Douma et Francky lui apporte de la légèreté, de la joie de vivre et une vraie bouffée d’oxygène. Même si elle cherche toujours son mari, ce contact va l’adoucir et renforcer son empathie. L’ouverture envers eux s’installe très naturellement au fil des six épisodes. Faustine et Fouad sont des partenaires formidables : Faustine a un sens du rythme, de la comédie et de l’émotion d’une finesse incroyable.
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En quoi Les Évaporés se distingue-t-elle des séries policières traditionnelles ?
Alexia Barlier : C’est tout sauf une série policière classique ! Je ne sais même pas si le terme « policière » convient vraiment. Il n’y a pas de meurtre, pas de médecin légiste, pas de scènes de crime habituelles, et nous ne sommes pratiquement jamais au commissariat. Je montre très rarement ma carte de police, car se positionner comme flic auprès des gens qu’on interroge peut fermer le dialogue. La série s’appuie sur le GRDV (Groupement de Recherche des Disparus Volontaires) et sur une approche profondément humaine et psychologique. Il s’agit souvent de choix volontaires de personnes qui s’en vont parce qu’elles n’arrivent plus à communiquer avec leurs proches. L’association cherche à tendre la main, à rétablir le dialogue et à accompagner les familles autant que les disparus.
Un des défis du personnage est aussi sa relation avec son fils de 17 ans, ce qui enrichit encore son registre…
Alexia Barlier : Totalement ! En tant que comédienne, c’était un autre beau challenge. Au début de la série, la relation mère-fils est très froide, il ne veut pas entendre parler d’Esther. Il a fallu construire cette distance et faire évoluer progressivement le rapport physique et émotionnel entre nous. Tant que j’ai de superbes rôles à défendre, je ne suis pas du tout complexée par l’âge. Je suis très heureuse d’être là où je suis aujourd’hui, tant professionnellement que personnellement !