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On regarde ou pas … « Oradour » avec Matt Pokora ? Notre avis sans détour sur la mini série

Soirée spéciale le 24 septembre avec la diffusion de la mini série Oradour portée par Matt Pokora et Caroline Anglade, une mini série sur le martyre vécu en 1944 par un village tout entier.

Le 5 juin 1944, cinq jours avant le plus important massacre de civils français pendant la Seconde Guerre mondiale, Philippe Gerbier (Matt Pokora), officier des Forces Françaises Libres, est parachuté près d’Oradour-sur-Glane où il doit diriger une mission secrète et capitale pour la Résistance à quelques jours du Débarquement. Sur place, il retrouve Marie (Caroline Anglade), son amour de jeunesse, qui fuit avec sa fille un mari violent. Tandis que le passé refait surface, leurs destins se mêlent au drame historique d’Oradour-sur-Glane…

L’essentiel

Sur le papier, le projet Oradour est un peu risqué. Raconter le massacré du village d’Oradour-sur Glane victime de la barbarie des SS en 1944, en y insufflant ce qu’il faut de romanesque pour faire une bonne histoire, ça semble compliqué. Et pourtant, les talents ne manquent pas dans cette aventure : de l’écriture assurée par les très bons Sophie Lebarbier et Pierre Aknine jusqu’à la réalisation que ce dernier assure en passant par la production de talent de Making Prod et évidemment le casting où l’on retrouve notamment l’excellente Caroline Anglade. Tous les astres convergent vers une réussite du projet … et pourtant, malgré notre envie d’y croire, nous sommes malheureusement passés à côté de cette mini série. Et on a même un soucis avec le parti pris choisi pour raconter cette histoire.

On aime ?

Ecrire sur une telle série c’est comme traiter ce sujet c’est compliqué. D’abord parce qu’on ne peut que saluer l’ambition d’une grande chaîne de télévision de produire une fiction sur une page aussi douloureuse de notre Histoire pour assurer le devoir de mémoire. Mais tout en se penchant sur un sujet nécessaire, Oradour est avant une série comme une autre qu’on se doit de modestement « juger » comme une autre.

Il y a en réalité 3 histoires dans cette mini série. Trois histoires qui, prises de manière séparée peuvent être intéressantes. Mais qui regroupées le sont nettement moins. Il y a d’abord une grande histoire de la résistance au lendemain du Débarquement allié. Une histoire qui est plutôt bien racontée, bien réalisée avec de l’envergure qui en plus ne renonce pas à montrer les zones de gris, et la violence de ces combats. Il y a la reconstitution du massacre en lui même qui a dû être un casse-tête pour la réalisation dans ce que l’on peut et ce que l’on doit montrer. Là aussi, Pierre Aknine réussit assez bien un vrai défi sur une grande chaîne généraliste pour ne pas tomber dans l’horreur absolue sans pour autant « minimiser » un massacre. Et puis, il y a l’histoire qui lie ces deux événements. C’est sur cette envie de faire en gros « Titanic à Oradour » que l’on est gêné.

Dès que l’on a prit connaissance du projet, on a senti que l’idée de raconter une grande histoire d’amour sur fond de drame historique façon Titanic était dans l’ADN de la série. Et que sur ce sujet précisément, cela pouvait se révéler bancal. Et c’est le cas. D’abord car d’un simple point de vue narratif, l’histoire n’a que peu le temps de s’installer prise entre la grande Histoire des réseaux de Résistance et la grande Histoire du massacre en lui même. Et ensuite plus profondément, ce n’est pas ce qu’on attend dans la reconstitution d’un tel drame.

On attend sans doute plus de retenue, moins d’effets spectaculaires de narration et plus d’authenticité. Toute une partie du film bascule dans des rebondissements soapesques qui n’ont pas leur place ici jusqu’au final où le personnage campé par Caroline Anglade fait un choix des plus « improbables ». Mais même le choix du traitement historique entre présence de la Résistance et raison du massacre, pose question auprès des habitants : « La Résistance, il n’y en a jamais eu à Oradour. Or des révisionnistes, justement, utilisent l’argument d’une présence de la Résistance, pour expliquer ce massacre. Il faut donc faire très attention« , déclarent des habitants interrogés par Le Parisien. Et puis l’écriture de la télévision a changé, et des séries comme Un village français ont montré que la fidélité à une véracité historique n’empêche pas le souffle du romanesque pour faire une série. Mais sans parler de télévision qui change, le traitement du même drame par le réalisateur Robert Enrico dans un film comme Le vieux fusil montre que l’on peut traiter d’un sujet sensible en « créant » de toute pièce sans dénaturer la puissance narrative.

Mais voyons le bon côté des choses : si le film Oradour porté par Matt Pokora et sa très forte notoriété, couplée à l’excellente Caroline Anglade, permet grâce à ce visage romanesque de moins refroidir les spectateurs de s’intéresser à ce sujet primordial, nécessaire, que ne l’aurait fait une reconstitution plus « fidèle », alors c’est bien tout ce qui compte et notre avis ne restera que ce qu’il est : un avis !

Oradour
Le 24 septembre sur TF1 et TF1+

About author

Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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